Arbon

La Tsoumaz, lundi 2 janvier 2012, 16h00

Le 14 novembre dernier, je quittais le Valais et Lausanne pour les 4 prochaines semaines. Comme chaque année, il est l’heure d’aller servir dans la joie, la bonne humeur et la fidélité mon pays. En bref, je devais remplir mes obligations militaires en accomplissant mon cours de répétition annuelle. Après Pfäffikon en 2009 et le Bouverêt en 2010, cette année la marine militaire suisse s’entraîne sur le Lac de Constance de l’autre côté de la Suisse, avec une incursion de quelques jours sur le Lac des Quatre-Canton.

A la fin de la semaine, mon nom apparaissait sur la liste des préposés à la garde sous le commandement du sergent Delz, l’un de mes sous-officiers préférés. De manière réciproque, il m’a aussi à la bonne et, depuis mon premier cours de répétition, je me retrouve toujours à servir sous ses ordres à bord du Canot-Patrouilleur Saturn. Non seulement comme soldat, mais aussi comme cuisinier de bord, responsable des apéros et de la bonne gestion de l’avitaillement, tant solide que liquide. Bref, vendredi soir, lors de la préparation des tours de garde, il ne me fut pas difficile de lui demander les deux après-midis libres pour partir visiter la région.

Stationner depuis cinq jours dans Arbon, au bord du Lac de Constance, je ne connaissais pour ainsi dire que le supermarché Coop, la Poste et la pizzeria Alpenblick où nous sortions boire notre verre en début de soirée. J’avais entendu dire que la vieille ville était des plus jolies avec un centre médiéval préservé. Quittant l’abri de la protection-civile où nous logeons, je suis une petite rivière jusqu’au bord du Lac, où je découvre une immense baie en demi-lune, bordée par un sentier de promenade dominicale. De l’autre côté, un clocher est surmonté d’un dôme arrondi à la manière de celui de Bramois, en Valais. En passant mon permis de navigation, j’avais appris que le Lac de Constance est l’un des plus naturels, dans le sens où le niveau d’eau n’est pas réglé artificiellement par un barrage. Au cours de l’année, il peut varier sur plus de trois mètres, avec un niveau maximal atteint durant l’été. En novembre, il était déjà en dessous de la marque du niveau moyen. La grève s’étend loin dans la baie, recouverte d’algues séchant au soleil et de petites moules fermées attendant le retour des eaux. Les rives sentent comme la mer à marée basse, cette odeur rappelant la sardine et les algues déshydratées.

Face au port, où patiente les P80 – Patrouilleboot –, nos canots à moteur, s’élève le château d’Arbon sur la butte dominant l’église en contrebas. Les deux possèdent l’allure altière des bâtiments du bas Moyen-Âge. Construit pour durer et résister tant aux attaques qu’au temps, leur allure est massive. Si l’extérieur de l’édifice religieux est impressionnant, l’intérieur n’est pas dénué de charme, mais est dénudé, comme toute église protestante. Si le donjon du château est imposant avec sa construction en grosses pierres mal dégrossies, surmontée d’un dernier étage en petit palet rond, les dépendances sont plus dignes d’un manoir avec de nombreuses fenêtres, un toit ouvragé et des murs se terminant en chevrons.

Quittant les abords des nobles bâtiments, je m’enfonce dans la vieille ville. Les anciennes murailles de la ville fortifiée servent aujourd’hui de soubassement et de cave aux maisons qui s’y sont construites après la fin des grandes guerres. Le très commun à toutes les bâtisses est sans contexte l’utilisation des colombages dans la construction, me rappelant les villages alsaciens. L’ancienne place du village, un quadrilatère ne possédant aucun angle droit, conserve un caractère pittoresque avec d’un côté des maisons dont le rez de chaussée est une galerie continue, soutenant les étages supérieurs avec de grosses poutres peintes de couleur rouges, de l’autre des maisons s’élevant avec de petit encorbellement. Enfin au centre de la place, la plus ancienne maison du bourg s’est construite petite à petite au fils des années. Les propriétaires successifs ont rajoutés qui une galerie, qui un nouvel étage, qui une pièce supplémentaire. Il en résulte une maison toute de guingois avec de nombreuses excroissances. Un magnifique chef d’œuvre.

En cette fin du mois de novembre, en fin d’après-midi, le soleil a déjà presque disparu derrière le Säntis. L’ombre s’étend peu à peu sur la Thurgovie. Avant de rentrer à l’abri, je déambule encore dans quelques petite rues situées de l’autre côté de la butte. Je sors du bourg par l’une des anciennes portes. A son côté se dresse, la vieille tour de garde, contre laquelle est accotée une maison qui date de la même époque. Afin de laisser le passage dans le village, la bâtisse est dénuée de rez-de-chaussée.  Aujourd’hui, l’ensemble est des plus pittoresques, murailles et maisons qui bordaient la rue n’existe plus et seul s’élève cette construction au milieu des jardins, sous laquelle passe la route.

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