Callisto peak

20 mars 2012, Rosie Creek Road

Hier soir, après avoir discuté de la route à suivre pour la randonnée de demain, je me glisse dans mon sac de couchage. Il est déjà presque minuit, mais ce n’est que deux heures plus tard que mon coéquiper ira se coucher. 7h00 je suis prêt à me lever pour partir comme prévu à 8h00, alors qu’Eyal, pas des plus alertes, ne réussit à s’extirper de son cocon que quelques minutes avant l’heure prévue. Quittant l’échoppe avec presque une heure de retard, le temps de se rendre au point de départ, de s’équiper et il est déjà presque 9h30 quand nous abordons la première partie de la randonnée : une longue approche suivant un chemin à flanc de côteau. Malgré les protestations d’Eyal qui préfèrerait presque les porter, nous continuons notre chemin les skis au pieds. Au bout de deux kilomètres, nous les troquons contre les crampons pour descendre d’une centaine de mètre jusqu’à l’estuaire de Tonsina Creek. Une véritable merveille de la nature, la rivière s’écoule tranquillement jusque dans le fjord, dont la surface agitée est recouverte de blancs moutons. Sur la rive gauche, l’eau vient léger la lisière de la forêt, tandis qu’une plage s’étends sur sa droite, hérissée de fûts de sapins, blanchis par les ans. Ces derniers sont sans doute les vestiges des sapins ébranchés lors du Tsunami de 1964 qui rasa à moitié la ville de Seward, et élagua la forêt sur les rivages.

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Tonsina Creek est complètement gelée. Une bonne nouvelle, à la place de remonter la rivière à pied dans des bottes en caoutchouc, nous pouvons suivre le ruban neigeux. Arrivé en vu d’une étroite vallée s’élevant sur la gauche, nous obliquons dans sa direction : à travers un tailli fourni, nous traçons tant bien que mal notre chemin. J’avais entendu parlé du bush alaskien, qui pousse les randonneurs à suivre les crêtes pour éviter les vernes, mais c’est la première fois que je dois y tracer mon chemin. Entre le skis qui s’enfisique sous une branche, le bâteau qui se coince entre deux racines, les zigs-zags entre les endains de neige recouvrant les subresauts d’une petite rivère, la tâche est dure. Une bonne centaine de mètres de dénivellée, et surtout une bonne heure plus tard, nous arrivons enfin au sommet du petit val, parmis les conifères.

Peu à peu, la forêt se fait plus clairsemée, jusqu’à atteindre l’orée située sur un plateau. Poursuivant en tête, je trace le chemin, chôlant entre dix à trente centimètres de neige. C’est la première fois que je prends la tête pour une randonnée, je veille à éviter les pentes dangeureuses, ainsi que d’avancer trop rapidement. Eyal, pourtant sportif, traîne un peu en arrière, n’arrive pas à trouver un rythme régulier, si ce n’est celui d’une pause toutes les cinq minutes. L’avance s’en ressent, en continuant ainsi, je ne pense pas que nous puissions atteindre le pic. Invariablement à la question de comment ça va, il me réponds que tout est en ordre. Comme cela est régulièrement le cas en Alaska, nous avons déjà dépasser l’endroit indiqué sur la carte où débute le glacier, sans pourtant marcher dessus. Entre la réalité des cartes, établies dans les années soixantes et celle d’aujourd’hui, de grands changements ont eu lieu. Comme nous visons Callisto Peak, et que la route nous oblige de toute manière à traverser le glacier, je décide qu’il est temps de nous équiper de nos baudriers et de nous encorder. La progression s’en retrouve quelques peu ralenties.
Les heures passent, l’après-midi est déjà bien avancé, quand nous faisons un point sur la situation. Je propose sagement de rebrousser chemin, car une fois au fond de la vallée, nous devrons à nouveau parcourir le même chemin horizontal. Mais mon coéquiper aimerait bien continuer, arguant qu’il y a quelques années en arrière, il ne leur avait fallut qu’une dizaine d’heures pour faire l’aller retour en raquette. C’est à ce momentt que j’apprends, qu’Eyal sous le nom de Callisto Peak, ne visait pas le sommet, mais le col situé à son pieds. Si j’avais su cela avant de partir, j’aurais changé quelques peu l’itinéraire afin d’éviter tout glacier, et surtout ne pas devoir trimballer tout l’équipment d’alpinisme afin de nous alléger. Finalement nous continuerons. Pour atteindre le col, il nous faudrait redescendre en direction du glacier, puis remonter une pente qui me semble bien raide. Une brève sondage du manteau neigeux avec mon bâton ne m’inspire pas confiance. Ne voulant pas jouer avec le diable, j’annonce à Eyal que nous faisons demi-tour. Avant de descendre, nous grimpons d’une petite cinquantaine de mètre pour rejoindre l’arrête faîtière de la vallée. Eyal m’assure tandis que je m’approche du bord de la corniche pour profiter de la vue : splendide et vertigineuse à l’instar de la montagne qui plonge en direction de l’océan. Malgré les difficultés de la journée, ma fatigue, je suis heureux d’être monté jusqu’ici.[singlepic id=150 h=450 float=center]Il est temps de redescendre. Nous profitons des derniers rayons du soleil pour quitter les hauteurs. Si je m’en sors sans trop de peine dans cette neige croûte, Eyal lutte pour tourner, ses contours marqués par deux traces, largement écartées. Arrivé à l’orée de la forêt, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer notre route à la lueur de nos lampes frontales. Si j’apprécie le ski nocutrne dans de la neige fraîche, dans des pentes sans arbres, je ne goutte guère à cette fin de descente entre les sapins, puis entre les vernes. 22h00, nous sommes de retour à la rivière gelée. Il ne nous reste plus qu’à regagner la voiture. A court de petits trucs à grignoter depuis le début de l’après-midi, je peux compter sur les restes de mon petit-déjeuner et sur mes réserves pour continuer sans problème, tandis qu’Eyal de plus faible stature souffre plus. Lentement mais surement nous progressons : voilà le deuxième pont  franchi ce matin, puis celui enjambant Tonsina Creek, la montée en crampon, les deux petits rus que nous avons traverser les skis au pieds.
23h55, nous sommes enfin à la voiture. Arrivé au magasin, nous profitons des provisions que Ricks à stocké dans le frigo pour restaurer nos forces. Tout en mangeant, nous profitons de débriefer la journée, sur ce qui a été, et surtout sur ce qui n’a pas fonctionné. Je retire beaucoup d’expérience de cette excursion, notamment sur la randonnée en Alaska et sur la gestion des itinéraires.

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