Mt Prindle (J1)

2 juillet 2013, UAF, Fairbanks

Finalement après une longue discussion avec Andy, le Suisse des glaciers, je me décide à quitter Fairbanks pour le weekend du solstice. Il y a bien quelques festivité comme le Midnight Run, une course où des milliers de participants s’élance déguiser peu après 22h00, ou le Midnight Sun Festival qui s’empare du centre ville de midi à minuit. Vendredi soir, le barbecue s’avère même tellement sympathique que j’en oublie l’existence du Midnight Sun Game, le seul match de Baseball qui se commence à 22h30 et se termine peu avant 2h00 du matin. L’année prochaine peut-être que j’assisterai à ce match qui fait partie de l’histoire depuis 1906.

Samedi, après avoir eu le temps de vaguer à quelques tâches de jardinage autour de la maison, Nick, Andy et moi partons pour les White Mountains, un massif montagneux situé au nord-est de Fairbanks. Arrivé au milepost 57 de la Stesse Highway, le vieux conduit rouillé, de l’aquifère amenant l’eau aux mines de Chatanika, annonce l’embranchement menant sur la route en terre battue, dénommée US Creek Road, menant au départ de la randonnée jusqu’à Mt Prindle, dominant de ses 5286 pieds (1611m) les montagnes environnantes.

Nous avons à peine le temps d’enfiler nos chaussures que les moustiques sont déjà sur nous. Depuis quelques semaines j’ai fait leur connaissance. A Fairbanks, je préfère même jardiner en pleine journée lorsqu’il fait près de 25 à 30°C, sous un soleil de plomb, plutôt que le matin ou tard le soir, lorsque la fraicheur ambiante (plus ou moins 20°C) les tire de leur torpeur. Une nuée de moustiques fond sur vous et virevolte dans un sourd vrombissement. Bref, shorts et t-shirts sont avantageusement remplacés par pantalons et bugnet, un filet qui vous couvre la partie supérieur du corps, y compris la tête. Le système est efficace, mais tient plutôt chaud.

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Rapidement nous nous mettons en route pour ce qui sera ma première véritable excursion dans la nature alaskienne. Bien qu’il s’agisse d’une excursion relativement commune, le chemin est à peine tracé le long des berges et disparait rapidement ds ans l’épais bush constitué de noisetiers et autres plantes ligneuses dont l’entrelacement des branches forment un rideau semi-perméable aux humains. Quelques dizaines de mètres plus loin, il est nécessaire de se déchausser pour franchir les eaux de Nome Creek. De l’autre côté, nous disparaissons à nouveau dans les arbustes. Toutefois, le tracé est suffisamment marqué pour nous permettre une progression facile. Après avoir parcouru quelques centaines de mètres sous le couvert, avec une certaine joie, nous émergeons de l’autre côté dans une landes composées d’un tapis d’arbrisseaux, qui l’automne venu se chargeront de délicieuses petites baies. Notre bonheur est des plus complets lorsque nous sentons une légère brise nous caresser les avant-bras, suffisamment puissante pour empêcher les moustiques de voler.

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“Seul au monde” est le sentiment qui ne me quittera pas pendant cette fin de semaine. A perte de vue, la nature s’étend sans présence humaine : lande, montagne, neige, pierrier, conifères, … Si l’hiver m’avait donné un petit aperçu des étendues sauvages, l’été la dévoile dans son intégrité. A mesure que nous progressons, malgré un faible gain d’altitude, la taille des arbrisseaux diminuent de façon drastique, jusqu’à disparaître complètement, remplacée par de la prairie alpine.

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Après deux bonnes heures de marche, nous gagnons le petit col qui se découpe sur notre droite pour y planter le camp. Le temps de dresser nos tentes, de prendre un peu de repos et nous continuons notre route. Il est quatre heures trente de l’après-midi, le soleil est encore haut dans le ciel et la nuit est encore devant nous. Nous gravissons les flancs de Nome Creek jusqu’à arriver sur la crête terminale de la vallée. La vue est déjà imprenable: la crête, hérissée de tours granitiques, menant à Mount Prindle, domine une large vallée. La vue porte au loin, sur un paysage mi-collinéen, mi-montagneux, où ne poussent nul arbre.

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Alors que nous apprenions le panorama, deux petits tâches blanches mouvantes attirent notre attention. Un couple de dall sheeps, le mouflon de Dall, s’approche peu à peu de nous. Les quelques centaines de mètres se réduisent à quelques dizaines, puis seulement à quelques mètres. Il s’agit d’un jeune mâle, ses cornes ne formant qu’à peine l’ébauche d’une spirale. Vision fantastique et moment magique que de voir ce majestueux animal avancer sur la crête, son profile immaculé se détachant sur un fond céruléen. Cooper, le chien de Nick, qui s’était resté coît jusqu’à présent, malgré son excitation, échappe des mains de son maître. Les deux dall sheeps s’égaille rapidement dans la nature, semant aisément le canidé.

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Nous poursuivons notre route en aval de la crête, marchant à flanc de montage dans un véritable pierrier. Rejoignant la crête de l’autre côté, les deux mouflons, nullement effarouché, nous attendent patiemment au pied d’une proéminence rocheuse. Avançant précautionneusement, je m’approcherais à moins de 3 mètres de la femelle. Cette dernière baissant peu à peu la tête, me regarde d’un air interrogateur, avant de s’éloigner d’une centaine de yards. Impressionnant.

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A la vue des munificentes tours granitiques qui s’élève le long de la crête courbe, je comprends mieux pourquoi Andy m’a affirmé que Mt Prindle est de loin l’une de ses deux balades favorites. Nous commençons un long slalom, laissant les éminences rocheuses tantôt à gauche, tantôt à droite, appréciant leur forme les plus diverses. Peu avant que la crête ne gagne en altitude, l’une des tours granitiques apparait dans sa splendeur photogénique. Parmi les plus petites, elle s’élève en petites tourelles placées côte à côte, à quelques centimètres les unes des autres. Entre deux sommets, la pointe triangulaire de Mt Prindle apparait.

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Après une dernière traversée de pierrier à flanc de coteau, nous grimpons le long de l’arrête sommitale. A l’endroit où nous avions rencontré les dall sheeps j’avais été surpris de rencontrer un gigantesque pierrier, composé de rochers de petites à moyennes tailles, s’étendant de la crête jusqu’à mi-pente, sans substrat rocher apparent. Je m’attendais à ce que ce passage ne soit particulier, un peu comme la montée à la Haute-Cime dans les Dents du Midi en Valais, composée de véritable piles d’assiettes, tant les plats rochers, de forme allongée, sont empilés les uns sur les autres. La montagne retrouvait une allure plus conventionnelle à proximité des tours granites, érigée dans un milieu alpin. Mais de l’autre côté j’ai retrouvé un pierrier, et maintenant devant moi le chemin menant à Mt Prindle est à nouveau un gigantesque pierrier.

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Une bonne demi-heure plus tard nous arrivons au sommet marqué par l’emplacement d’une cheville de l’USGS marquant “Mt Prindle – ……. feet -1952 “, nom, unité et année du relevé sont indiqués, l’altitude est la grande absente. Alors que nous admirons le panorama qui s’étend autour de nous, des moustiques font leur apparition. Leur nombre est tel que Nick et moi enfilons bugnet et t-shirt à manche longue, tandis qu’Andy préfère la lutte chimique en s’aspergeant de DEET. Avant de redescendre, j’érige un petit cairn au sommet.

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20h00, nous pourrions rester encore un long moment à paresser à ce sommet, sans être presser par la nuit qui arrive. Mais nous abandonnons le terrain face aux moustiques. Cette année ces derniers sont particulièrement agressifs et surgissent en des endroits inattendus comme au sommet de la montagne. Le retour est facile, il nous suffit de glisser le long de la pente; seules deux petites montées se dressent sur le chemin. Le paysage se pare de teintes chaleureuses à mesure que le soleil descend peu à peu. Les couleurs sont moins dures, les volumes ne sont plus aplatis par l’astre flamboyant.

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Arrêt forcé lorsque la semelle de la chaussure gauche de Nick décide de se désolidariser du reste du soulier sur la partie avant. L’usage de Duct Tape permet de remédier facilement au problème. La réparation tiendra le reste du weekend. L’adage veut que si cela ne tient pas, trop peu de scotch a été utilisé et il suffit d’en rajouter un peu, beaucoup,… jusqu’à ce que cela tienne. Toutefois, un changement de souliers est à prévoir pour le reste de l’été.

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Juste avant de repartir les dall sheeps font leur réapparition. Andy qui essayait de s’approcher en douceur du mâle voit ses efforts réduit à néant lorsque Cooper, plus prompt que son maître, s’élance à leur poursuite. Sans rancune le mâle nous offre un magnifique spectacle, il grimpe au sommet d’un roc, sa robe blanche s’illumine dans le soleil. Toutefois, il tient sa vengeance, malgré nos objectifs, il est bien trop loin pour être photographié. Andy et moi tentons de nous approcher. Alors que nous ne sommes qu’à une cinquantaine de mètre, il abandonne sa pause majestueuse et descends au fond de la vallée.
Sur ces magnifiques images, nous nous remettons en route. Une petite heure plus tard, nous somme de retour au campement. A peine arrivé, une nuée de moustiques nous entourent, comme s’ils n’attendaient que nous. Le soleil disparu derrière la montagne, les montagnes se parent de nuances ocres, le ciel de mauve et d’orange. Instant magique qui nous feraient presque oublier les insectes.
[singlepic id=355 h=450 float=center]Encore une fois j’ai été surpris tout au long de la journée par les paysages variés que j’ai découvert, tant par les myrtilliers que les pierriers qui s’épanouissent avec joie dans la nature. Mais plus encore, en une journée de marche, je n’ai pas vu la trace d’un seul autre être humain en dehors de notre groupe, malgré la vue imprenable dont nous avons joui. En pleine nature, nous étions seules à des kilomètres à la ronde, dans un rayon d’une demi-douzaine de miles. Magnifique solitude.[nggallery id=32 template=galleryview images=0]

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