Dalton Highway

20 juillet 2013, 113 Roxie Road,

Cela fait longtemps que je n’ai pas repris la plume. Enfin, j’ai écrit un article il y a deux semaines en arrière, j’ai préparé les photographies pour le blog. Quelques soucis de connexion internet du côté suisse m’a empêché de mettre à jour le blog et surtout, personne ne pouvant me lire, je n’avais pas la pression pour écrire de nouveau billet. Je pensais profiter de ce premier week-end tranquille à Fairbanks pour rédiger quelques notes sur mes dernières sorties, toutefois ce samedi fut bien rempli entre un lever à 10h00, une parade célébrant la découverte de la première pépite d’or par Félix Pedro, une course de canard plastique, un peu de travail dans mon jardin et une représentation d’une pièces shakespearienne.

Quelques semaines en arrière, Caroline, Aïnou et moi avons décidé que pendant le long week-end de la Fête de l’Indépendance des États-Unis d’Amérique, nous partirons pour Deadhorse, dernier village au Nord de l’Alaska encore connecté au réseau routier. Pour l’atteindre, un seul chemin, remonter les 414 miles de Dalton Highway considérés comme les plus durs et les plus mal pavés de tout le pays. Avant de continuer le récit de mes aventures, voici un bref résumé des événements historiques qui a mené à la construction de cette fantastique route, connue sous le surnom de Haul Road.

Lorsqu’en 1968 du pétrole a été découvert à Prudhoe Bay, situé sur la côte de l’Océan Arctique, il s’est vite avéré que pour une exploitation annuelle, il serait impossible de recourir au super-pétrolier en raison de la glace de mer occupant l’océan de décembre à juillet. Pour rapatrier le pétrole, un pipeline était le plan le plus raisonnable : le Trans-Alaska Pipeline. Trois ans furent nécessaire pour achever sa construction, de 1974 à 1977 les 800 miles du pipeline furent construit à travers l’Alaska. En même temps, la construction d’une route nécessaire au transport du matériel jusqu’à Prudhoe Bay fut commencé. Cinq mois plus tard, la Haul Route [NDR : route de transport] était achevée, reliant Fairbanks à Deadhorse. En 1981, elle fut renommée James B. Dalton Highway et le numéro 11 lui fut attribuée. En 1981, la route fut ouverte au trafic jusqu’au mile 211 à Disaster Creek, puis jusqu’à Deadhorse à partir de 1994. Originellement route en terre battue, aujourd’hui partiellement goudronnée, elle est considérée comme la route la plus difficile d’Alaska, en raison des nombreux nids-de-poule, du trafic routier impressionnant. Chaque jour des dizaines de camions surdimensionnés, équipés de longues remorques l’empruntent, soulevant des nuages de poussières, projetant des jets de graviers, … Rouler Dalton Highway est une véritable aventure, un road trip d’anthologie dans un environnement des plus merveilleux, diverses et inhospitaliers.

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Mercredi en fin d’après-midi, je quittes mon bureau avec un petit peu d’avance : premier arrêt chez Napa, l’équipementier automobile pour compléter mon kit de survie routier, absolument indispensable pour un road trip sur la Haul Road : un kit de réparation pour pneus ainsi qu’une petite pompe alimentée sur le circuit 12V pour regonfler un pneu après l’avoir réparer; deuxième arrêt chez FredMeyer pour compléter l’avitaillement gastronomique; dernier arrêt à la pompe à essence, mon plus gros plein depuis mon arrivée en Alaska, 13 litres pour la voiture, et 8 litres supplémentaires dans deux jerricans en cas de besoin. De retour peu avant minuit, nous sommes fin prêt à partir, un seul détour demain matin pour emprunter un deuxième bear spray à un ami.

7h30 debout, 8h00 les demoiselles émergent enfin, 9h00 la voiture est chargée, 9h10 dernier arrêt au GI pour avoir un dernier aperçu de la météo et de l’état de la route, ainsi que prendre une bonne douche. 9H30, nous quittons Fairbanks. Un peu plus d’une heure et demi pour avaler les 84 miles de l’Elliot Highway, au revêtement bitumeux impeccables, mais à la géométrie devenant de plus en plus bosselée à mesure que l’on monte vers le nord. Nous y sommes, un grand panneau indique le début de la Dalton Highway, suivi d’autres : 50mph next 414 miles, puis un encore un autre : Service : 240 miles, indiquant l’absence de tout pompe à essence et garage durant les 380 prochains kilomètres. Le bitume cède soudainement la place à une route de gravier, la largeur diminue d’un bon quart. Devant moi, les deux trucks soulevant des nuages de poussières, je les laissent prendre un peu d’avance.

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Mile 1, nous nous arrêtons auprès du gigantesque panneau nous souhaitant la bienvenue sur la Dalton Highway, la porte ouvrant sur l’Arctique. Dernier contrôle de ma voiture, ce n’est pas les deux gouttes d’huiles sous le moteur qui enlèveront le sourire de notre lèvre. Ma Suburu a toujours brûlé de l’huile et laissé échappé une ou deux gouttes de temps à autre. En voiture compagnon, nous cédons la place à une équipe de bikers qui effectue aussi un pèlerinage à Deadhorse. Paysage magnifique, la route suit la crête zigzagante des collines, parfois plongeant dans un petit val pour remonter le flanc de la suivante. Autour de nous, forêt boréale mixant quelques conifères avec bouleaux, trembles et de nombreuses épilobes fleuries…

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Une bonne heure plus tard, du sommet d’une colline, un large méandre du Yukon se dévoile à nos yeux, quelques minutes plus tard, nous descendons le long pont de bois traversant le fleuve : 2290 pieds de long. Ces 780 mètres pavés de bois représentent l’unique moyen de traverser le Yukon sur le territoire des États-Unis. De l’autre côté, petit arrêt auprès de l’unique café d’ici à Coldfoot, 120 miles plus au Nord. Nous profitons pour nous dégourdir les jambes, trempés nos pieds dans le Yukon. Aïno et moi sommes abasourdis par la largeur du Yukon, tandis que Caroline semble un petit peu blasée. Peut-être paraît-il petit en comparaison du fleuve Saint-Laurent aussi large que plusieurs lacs coulant dans le beau pays du Québec. Sitôt après être sorti de la voiture, un premier doute s’empare de mon être lorsque je sens une légère odeur d’huile. Je contrôle le niveau, qui semble un peu plus bas que précédemment. Par mesure de sécurité, je rajoute un peu d’huile, achète un litre de réserve et nous nous remettons en route.

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D’ici au passage du cercle arctique, nous abordons les Rollercoaster [NDR – traduction anglaise des montagnes russes]–, surnom affectueux donnés à une suite de collines prisent d’assaut par la route. La pente grimpe, grimpe, continue de grimper. Le moteur rugit alors que la boîte à vitesse rétrograde, au deux-tiers de la montée notre célérité a diminué d’un bon tiers. Sitôt arrivé au sommet, les fenêtres ouvertes, la vitesse nous emporte pour une descente ébouriffante. La vue s’arrête à la colline suivante, et au long ruban rectiligne qui la gravit. Ainsi de suite, nous passons Sand Hill (Mile 763), Roller Coaster (Mile 75), Mackey Hill (Mile 87), Beaver Slide (Mile 110) et Gobblers Knob (Mile 132). Jusqu’à présent la route est bien meilleure que ce que j’avais espéré, près de la moitié est presque goudronnée, quelques nids de poules. Mais rien de plus terrifiant que ce que j’avais rencontré en Nouvelle-Zélande.

Peu à peu, les landes s’emparent des éminences, les forêts se restreignent à occupé le fond des vallons. Au milieu de ce qui semble être l’après-midi, 14h30, nous arrivons en vue de Fingermountain, un doigt rocheux pointant en dehors de la toundra, l’occasion d’une petite balade pour se dégourdir les jambes et d’un varappe facile pour se détendre les bras. Autour de nous, le panorama est digne des landes écossaises avec quelques rochers granitiques affleurant la surface des courts arbrisseaux, le violet des épilobes remplaçant le jaune des genets.

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Mile 115, nous y voici enfin, notre première véritable limite. Le point où la majorité des touristes font demi-tour et redescendent sur Fairbanks. L’artificiel, le théorique tout autant qu’invisible cercle arctique est à nos pieds. Si je l’ai déjà franchi à plus de six reprises ces derniers mois, c’est aujourd’hui qu’il compte véritablement pour moi. Lors d’un vol de Fairbanks à Barrow, il est bien là, l’avion le franchit à un certain moment et le passage n’est sûr de l’avoir franchi qu’en observant les Brooks Range à ses pieds par temps claire ou à son arrivée à Barrow si le ciel est nuageux, Un couple de personne âgée, travaillant bénévolement pour le BLM, Bureau of Land Management, proposent leur service pour photographier les touristes, ainsi que délivrer un certificat de passage du cercle arctique. Il passe ainsi leur journée, à discuter avec les gens de passage, à l’abri dans une tente anti-moustique. Oui, j’avais oublié de vous en parler, à mesure que nous nous approchons du pôle nord, les moustiques se font de plus en plus nombreux et virulents. Avant de repartir, j’observe le dessous de ma voiture, quelques gouttes se sont accumulés. Aïno et Caroline me sentent un peu inquiet, mais étant plus proche de Coldfoot que de Fairbanks, nous continuons.

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Au loin les Jack White Range, une série de collines forment les contreforts des Brooks Range cachés dans la grisaille à l’horizon. Pour les atteindre, nous traversons une longue plaine, recouverte par quelques émanations de fumée d’un feu de forêt situé à un peu plus d’un miles de la route. Grayling Lake nous souhaite la bienvenue à peine arrivé dans les collines. Au milieu d’une ancienne vallée en U, sculptée par les glaciers, ce lac à la surface miroitante est bordé d’herbe d’un vert électrique qui tranche singulièrement avec la robe sombre des conifères. Le paysage est absolument photogénique, nous profitions d’un bas-côté pour nous arrêter et prendre quelques photos. A peine sorti de la voiture, les moustiques nous assaillent, j’avais été surpris lors de notre descente de Chatanika River et de ma randonnée à Prindle. Des amis m’avaient prévenu que les Brooks Range sont le paradis de ces insectes. Sarah a même enregistré un nouveau record la semaine dernière lors d’une excursion en canoë un peu plus au nord : 53 moustiques écrasés d’une seule main. Nous ne sommes pas encore à ce point, mais un certain nombre de photographies sont empoussiérés par la présence d’un moustiques.

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En fin d’après-midi ou en début de soirée nous arrivons à Coldfoot. Difficile de connaître l’heure, maintenant que nous sommes passés dans le royaume des journées qui ne finissent plus. Notre premier arrêt est pour le Visitor Center où une petite exposition présente les principaux animaux qui hantent les Brooks Range, l’histoire géologique et culturel de la région, ainsi que les découvertes à faire de l’autre côté des montagnes : pingos, ice-wedge polygons, aufeis, thermokarst … tant de noms qui respirent l’aventure. De l’autre côté de la route, Coldfoot Camp est le café routier, faisant office de restaurant, motel et aussi de station d’essence.

13 gallons d’essence plus tard, nous roulons 5 miles jusqu’à Marion Creek Campground. A peine arrêter, un peu de fumée blanche s’échappe de dessous de la voiture. Enfin, cette fois-ci un peu plus que la petite fumerolle habituelle de ces dernières semaines, phénomènes observés sur de nombreuses vieille Subarus en Alaska. Capot ouvert, aucune pièce ne semble plus sales ou huileuses que les autres. Couché sous la voiture, la même observation me laisse quelques peu dubitatif, seuls deux gros boulons sont recouverts d’huiles. Peut-être que la poussière soulevée sur les portions de routes en graviers sont suffisante pour absorber la fuite. Profitant de la position allongée, je décide de nettoyer grossièrement le dessous du moteur, j’observerais à nouveau après notre balade.

Après avoir revêtu pantalon, bugnet, t-shirt à manche longue, nous nous mettons en route dans un forêt boréale humidifiée par une averse soudaine. Le sol est à moitié détrempé par la fonte des neiges, le chemin est boueux, et rapidement nous sommes mouillés jusqu’à la culotte. Une bonne heure plus tard, nous longeons une route minière sur 200 mètres avant de descendre en aval en direction du bruit de cascade que nous entendons. Depuis 2009, année à laquelle Interior Alaska, un recueil de marche aux alentours de Fairbanks, la rivière a fait son travail et le magnifique point de vue sur la cascade n’existe plus, sans doute rongé par les flots, emporté à tout jamais.

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De retour à la voiture, je me couche à nouveau et cette fois-ci mon observation m’inquiète quelques peu, de l’huile suinte à travers le joints situé entre une pièce de plastique, servant de protection frontale, et le bloc moteur. Nous avions prévu de dormir 100 miles plus au Nord, mais j’ai quelques doutes sur l’état de ma voiture. Officiellement il n’existe pas de véritable garage entre Fairbanks (éloigné de 300 miles) et de Deadhorse, 250 miles au nord. De retour à Coldfoot Camp, nous cherchons quelqu’un qui connaît un peu en mécanique. Personne. Mais les bikers rencontrés au mile 1 nous indique qu’un des leurs, peut éventuellement nous aider et qu’il se trouve actuellement à Marion Creek Campground.

5 miles plus tard, nous trouvons le dénommé Brad, un allemand un peu bourrin, roulant en Harley-Davidson coiffé d’un ancien casque militaire. Après avoir écouté la description des symptômes, jeté un coup d’œil, il dit que moteur devrait tenir à condition que l’on continue de l’alimenter en huile. Il pourrait tourner encore des centaines de miles, nous mener jusqu’à Prudhoe Bay et retour. Caroline, des plus positives est prêts à continuer, pour une fois je suis un peu plus réfléchis et émets quelques doutes. D’un côté je prendrais assez le risque de poursuivre la route, tomber en panne au milieu de nulle part ne me fait pas de soucis. Il y a assez de trafic sur la route pour être dépanner, par contre tomber en panne au milieu de nulle part et de devoir patienter assaillis par des nuées de moustiques ne me tentent guerre. La nuit portant conseil, nous décidons de planter la tente sur un des emplacements. Être en Alaska et planter sa tente en pareil endroit, presque une honte. En même temps, 3h00 de marches, 7h00 de conduites, quelques soucis mécaniques sont presque de bonnes excuses pour agir pareillement.

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