Kahlabok Mountain

22 juillet 2013, 113 Roxie Road,

 Sitôt les tentes pliées, nous regagnons Coldfoot avec l’espoir que le garagiste du Tire Shop, l’atelier de réparation de pneu, ait quelques connaissances en mécaniques. Nada, choux blanc sur toute la ligne, après une brève discussion, nous décidons de reprendre la route en direction du nord. Notre but n’est plus Prudhoe Bay, mais au mois d’atteindre Atigun Pass (mile 244) et de gravir Sukakpak Mountain (mile 204). Une dizaine de miles plus loin, nous nous garons sur le bas côté de la route pour prendre notre petit déjeuner, au menu oeufs brouillés, bacon, fromage et pain. Un véritable délice qui n’a d’égale que ma profonde déception lorsque sous ma voiture j’aperçois une petite tâche d’huile de la taille d’une pièce de cent sous. Plutôt important après avoir roulé seulement une petite dizaine de kilomètres. Adieu veaux, vaches, cochons couvés, ainsi que Sukakpak Mountain, Atigun Pass, Chandalar Shelf, Galbraith Lake, … Dans l’éventualité où je tomberais en panne, chaque mile supplémentaire parcouru en direction du Nord, aurait pu me rapprocher de Fairbanks si je prends la décision de rebrousser chemin.

Peu avant de partir, ma voisine apprenant que je montais en direction de Prudhoe Bay, m’avait conseiller de m’arrêter à Wiseman pour le samedi suivant le 4 juillet, ajoutant qu’un sympathique barbecue s’y déroulait. Alors qu’aucune halte de ce type n’était prévu dans nos plans initiaux, Wiseman, encore éloignés de 6 petits miles, me semble maintenant une destination de choix. C’est ainsi qu’une dizaine de minutes plus tard nous pénétrons dans cette bourgade : 18 habitants, une quinzaine de cabine en rondins, une office postale fermée depuis quinze ans, d’anciens engins miniers, rouillés, alignés sur la pelouse principale. Sitôt parqué, nous faisons la connaissance d’un local qui nous raconte brièvement l’histoire du lieu, nous fait visiter le musée locale. Dans une petite cabine métallique, deux vitrines où sont exposés divers minéraux, boutons en bois de caribous, … Au dessus, recueil d’articles, album souvenirs, journaux citant Wiseman et l’un ou l’autre habitant, dont le fameux Clutch, le wiseman de Wiseman, l’homme sage, la mémoire du village, quelques artefacts et autres outils rémanants de la ruée vers l’or, ou encore un ancien coffre-fort à l’histoire rocambolesque. Au dire de notre hôte, et si j’ai réussi à décrypter tant bien que mal son anglais, Une des plus grosses pépites découverte en Alaska à Wiseman y fut stocké, avant que le coffre ne soit volé et emporté à Dawson au Canada. Oublié dans un coin, la pépite fut redécouverte avec stupéfaction et est exposée actuellement à Dawson comme la plus grosse pépite trouvée dans les environs. Le coffre-fort quand a lui est retourné à Wiseman.

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Au détour des cabanes, des bosquets, les anciens artefacts de l’époque minière parsèment le village : caterpillar, buckets, sluices boxes, … L’ancienne échoppe porte encore l’inscription Wiseman Trading Compagny, establshed in 1910. La porte ouverte invite le visiteur à pénétrer à l’intérieur. Comptoir empoussiérés par les âges, étagères encore achalandée de boîtes de l’époque, vieux outils et autres marchandises suspendus au plafond. Quelques inscriptions portant la mention d’un prix sur les articles les plus récents, un panneaux arborant fièrement : “Si c’est vieux, c’est que ce n’est pas à vendre”. Magnifique voyage dans les temps. Je vous en laisse juger par les photographies.

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De retour au soleil, je rencontre Lee, ma voisine, accompagnée d’amis et de quelques descendants de locaux. Les questionnant à propos d’une randonnée, il me dise d’aller simplement trouver leur parents dans l’une des habitations. C’est ainsi que je suis invité à entrer dans une cabine, construite à Coldfoot dans au début du XXème siècle puis déplacé à Wiseman lorsque le premier village fut sur son déclin. Séparée en deux par une mince paroi de bois, l’arrière a servi d’atelier comme en témoigne la large porte à double battants s’ouvrant sur la façade. Le vieux couple est des plus sympathique, après avoir pris connaissance de mon origine, il me raconte avoir traverser la Suisse dans les années 1950, puis m’expliquer comme grimper jusqu’au sommet de la montagne qui porte le nom de Kahlabok. Au moment de les quitter, il ajoute que si je reste dans les parages, ce soir je peux simplement planter ma tente dans le jardin et profiter des lieux.

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La chaleur est telle qu’après avoir déplacer la voiture jusqu’à l’extrémité de la piste d’atterrissage – une longue portion herbeuse sans arbre – nous nous offrons une petite sieste dans la voiture, à l’abri des moustiques. Elle devait durer un petit quart d’heure, finalement nous nous réveillerons une bonne heure et demie plus tard. Je suis complètement requinqué des heures de conduite de la veille et prêt à partir à l’assaut de la montagne. Après avoir gagné l’autre extrémité de la piste, il est temps de s’enfoncer dans le bush. Il s’agit de ma première véritable expérience, sol un peu marécageux, noisetiers et autres vernes s’emberlificotant dans tous les sens, des nuées de moustiques, encore plus que lors de la descente de Chatanika River ou de l’excursion à Mount Prindle. Afin de signaler notre présence aux possibles ours, nous avons déjà croiser par deux fois des excréments, nous chantons ou jouons à quelques jeux issus de notre enfance : l’un raconte le début d’une histoire, l’autre ajoute quelques phrases, et ainsi de suite ou encore le mot secret qu’il faut découvrir en posant des questions de plus en plus précises. Une véritable plaie. Abordant le coteau, nous quittons les sous-bois pour nous enfoncer dans une forêt de conifère. De temps à autre à travers une trouée nous nous apercevons que nous gagnons peu à peu en altitude. Enfin, devant nous la forêt se fait plus clairsemée, les sapins cèdent à nouveau leur place au bush. Plus dense, affronté à la montée, la progression est lente. Je comprends rapidement pourquoi il est préférable de suivre les lignes de crêtes et éviter de devoir traverser des vallées.

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Notre vue est libérée de toute entrave, nous apercevons la vallée en contrebas, avec la rivière mineuse traçant un sillon turquoise dans un large lit gris, de part et d’autre le vert clair des feuillus puis les sapins remontant le long des flancs des montagnes. Au loin les Brooks range sont parées de nuances grises. Les sommets, pourtant peu élevés, se perdent dans les nuages. Au milieu des gneiss fracassés, je découvre un magnifique caillou de forme tétraédrique, composé exclusivement de gros cristaux de quartz. Malgré son poids quelques kilogrammes et sa taille, je ne résiste pas à l’envie de l’empaqueter dans mon pull et de l’emporter avec moi. De toute manière, moins de 300 mètres de dénivelée sont à parcourir jusqu’au sommet et le retour ne devrait pas prendre plus de 2 heures. Du sommet de Kahlabok Mountain, le panorama est magnifique, les crêtes se succèdent au crêtes. Que ce soit dans les Alpes Suisses ou dans l’Alaska Range, j’ai toujours eu la sensation que derrière se trouvait une plaine, ou des montagnes de moindre élévation. Ici, j’ai l’impression que ce panorama se prolonge bien au delà de l’horizon. Loin des mes habitudes, je me plie aux caprices féminins pour la traditionnelle Summit Picture La géométrie de l’un des rocs se prête à merveille pour servir de plongeoir, mais sa solidité ne semblant pas à toute épreuve compromet l’idéal photographie.

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Une demi-heure plus tard, nous affrontons à nouveau le bush. A la descente, il suffit de se frayer un chemin dans les branches poussant dans le sens de la pente. Trois quart d’heure pour traverser la forêt, quinze minutes pour traverser les maraitsons et nous sommes de retour à Wiseman un peu plus de cinq heures et demie après être parti. Aino a inscrit le record de la journée en écrasant d’une seule main 35 moustiques. Nos estomacs loin d’être affamés après avoir cassé la croûte de midi en début de soirée (aux environs de 18h00), nous décidons de monter les tentes. Le couple absent, j’aurais osé planter nos tentes dans leur jardin, mais les filles, plus sur leur réserve, m’en dissuadent et le camp est planté en bout de la piste. Au dire des habitants, cette dernière n’est guère utilisée, et seule la présence d’un supercub, l’avion brousse d’Alaska pourrait affirmé le contraire, si l’herbe n’étais pas aussi haute autour des trains atterrissage.

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Lors de notre petit tour du village pour nous ouvrir l’appétit, une femme aux cheveux blancs et aux visage ridé surgit d’une porte telle un diablotin, nous interpellant : “venez vous joindre à nous, à l’intérieur il y a de la musique et de bières. Nous faisons la découverte de Clutch, ancien joueur de hockey, de quelques locaux, qui au violon, à la guitare, à la basse ou au chant répète pour le barbecue de demain. Soirée mémorable, nous apprenons peu à peu les origines du Barbecue de Wiseman. Le samedi du 4 juillet se tient l’assemblée de la American Legion Farthest North de Wiseman, regroupant presque les anciens du villages, y résidant encore comme Clutch, ou ayant déménagé sous des cieux plus cléments, tels Fairbanks. Au moment de prendre congé, Clutch nous invite à cordialement à y faire un tour, et rajoute, ayant eu vent de nos déboires, qu’il peut jeter un coup d’œil à la voiture.

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De retour au campement, malgré l’heure avancée, ou conformément à la luminosité ambiante, nous préparons un bon plat de pâtes. Sitôt le réchaud allumé, comme lors de mes précédentes expériences, les moustiques arrivent à tire d’aile. Ma suce tomate-thon-oignon est rehaussée de quelques moustiques, certains déjà nourris. En même temps, le retour de manivelle est juste : manger ou être manger, tel est la loi de la jungle.

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