Barbecue à Wiseman

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J’ai définitivement que sitôt que la variation de luminosité est moindre durant une journée, et que la nuit est à peine marquée, l’être humain a tendance à perdre la notion du temps. C’est ainsi que hier, c’est bien après deux heures du matin, alors que le soleil rosissait déjà les crêtes des montagnes que je me suis endormi. De même, le temps n’étant que relatif, se lever à plus de 10h00 ne pose aucun problème, après tout il ne s’agit même pas d’une grâce matinée, mais d’une nuit de sommeil normal. Au déjeuner, pancake, sirop d’érable directement importé du Canada par Caroline, et les dernières tranches de bacon. Un véritable régal.

À l’heure de l’apéro, nous nous aventurons à nouveau dans Wiseman, gagnant ce qui sert de place centrale, où sont alignés les anciens équipements miniers. Clutch, et les autres sont déjà là, à s’occuper du barbecue, Lee et quelques personnes, à l’abri d’une moustiquaire entonnent quelques mesures de bluegrass. Toutefois, il n’est pas encore l’heure pour nous de nous arrêter, une petite balade matinale et digestive nous amène jusqu’aux vieux cimetières de Wiseman. Sur le chemin, nous découvrons le totem de l’homme moderne, un enclos circulaire de 4 à 5 mètres de diamètres et 3 mètres de haut, est aux deux tiers plein de canettes de bière vides.

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Tout à mon aise de visiter ce premier cimetière en Alaska, je découvre une cinquantaine de tombes, pour la plupart désaffectées, dispersées au milieu des trembles et des sapins. Les plus anciennes remontent au début du XXème siècle, la plus récente à peine quelques années. Parfois seul les restes d’une croix de bois, à moitié pourrie, marquent encore l’emplacement, parfois un enclos de bois, dont la barrière en partie brisée, entoure les tombes d’un couple ou d’une famille. Des chemins sinueux, dont seul un vestige à peine visible, marquent les allées. J’adore ces endroits, ils sont le reflet d’une communauté, enregistrent l’apogée et le déclin d’un village. Ce cimetière est l’un des plus beaux.

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De retour au village, nous passerons le reste de la journée à discuter avec les locaux, les autres invités, et les gens de passage convié à participer. L’après-midi est mémorable, je rencontre mon premier véritable chercheur d’or qui me décrit son exploitation et les divers équipements modernes. Clutch nous raconte sa jeunesse, lorsqu’il était joueur de hockey, ainsi que de la patinoire qu’il a construit à Deadhorse, avec une peinture iridescente, payée plus de 5000$ il y a des dizaines d’années de cela. Un jeune garçon, treize ans, me montre le résultat d’une semaine de labeur de gold panning [footnote] NDR chercher l’or avec la soucoupe[/footnote], 5 pépites, valant plusieurs milliers de franc.

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Je m’essaie au gold panning, suivant les conseils d’un ancien. Si le résultat est infructueux, même pas la moindre poussière d’or, j’apprends enfin comment prospecter dans une rivière. Point n’est besoin d’y aller avec délicatesse, l’or à la densité plus élevée que le sable et les cailloux, coulent rapidement dans la panière, malgré les mouvements de l’eau. Il ne faut pas espérer trouver du premier coup des pépites, au mieux avec la baccara, l’une ou l’autre poussière d’or brillera au fond de la panière.

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Un inconnu débarque d’un van WV, rapidement il s’avère être un montagnard qui pas plus tard que la semaine auparavant, a vaincu le Denali. Caroline et moi ne cessons de lui poser des questions et restons suspendus à ses lèvres alors qu’il nous raconte son escapade. Chanceux, au sommet, les températures étaient des plus clémentes et ils se sont reposés deux bonnes heures avant de poursuivre la descente. En règle général, les alpinistes ne restent qu’à peine une dizaine de minute, car même en pleine été, la température descend à près de -20°C sans compter un fort vent.

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En milieu d’après-midi, Clutch me pousse à amener la voiture à proximité de la fête afin que lui et ses mis puissent l’examiner. Chacun aura un petit mot particulier, la plupart pense que je devrais sans problème rejoindre Fairbanks, en emportant suffisamment d’huile. Clutch me proposera même de remplacer le joint manquant par un bouchon en époxy. Sa veille Subaru, datant des années 80, roule avec pareil colmatage depuis plus de vingt ans, et rien n’a bougé. J’ai dû affiché une mine pas des plus convaincues, car plus pragmatique, il téléphone aiu café-bar de Deadhorse et demande de mettre une petite affichette, si l’un ou l’autre des truckers redescendant sur Fairbanks pourrait charger ma voiture sur la remorque. Si un chauffeur indépendant roule à vide, il est de coutume qu’il accepte de transporter du frais pour un prix moindre ; la contrepartie se montant à une centaine de dollars. Toujours bien moins chères que 10$ par miles si je tombe en panne.

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En fin d’après-midi (au alentour de 21h00), je me décide à quitter Wiseman pour rejoindre Deadhorse. Peut-être me sera-t-il plus facile de demander directement à un chauffeur plutôt que ce dernier ait à appeler Wiseman. Ne sachant pas encore si nous pourrons profiter d’un lift, et surtout si le camionneur aura de la place pour trois, le montagnard propose de donner un lift à Caroline jusqu’à Fairbanks, car elle doit être sans faute au GI le lundi matin pour travailler sur son projet.

Après une mémorable après-midi passé avec de véritable alaskien, me voici en compagnie d’Aïno au Café-Bar de Deadhorse. La suite des rencontres impromptues ne finit pas. Sur la terrasse, deux hommes, l’un grand et sec aux cheveux noirs coupés en brosse, l’autre plus âgé et enrobé, le crane dégarni avec quelques cheveux gris, s’expriment en Suisse-Allemand. A peine attablé, j’apprends qu’ils ont tous deux pris congé pour venir prospecter dans les Brooks Range. A leur grande déception, la majorité des rivières sont déjà exploitées, ils m’expliquent que les propriétaires ne sont pas des plus sympathiques ayant été accueilli plusieurs fois avec le fusil à la main. A passé onze heures, un homme à la mine patibulaire débarque, me propose une bière en canette et nous commencer à discuter, de sa vie, de ma vie. J’apprends peu à peu que l’hiver il s’occupe d’une société frigorifique pour l’armée, et que l’état il exploite une mine avec son père. Bon an, mal an, le chiffre d’affaire varie entre quelques centaines de milliers de francs à quelques millions. Un soir sur deux, il quitte la mine, descend à Deadhorse pour boire une bière, découvrir les têtes de passage.

Je rencontre à nouveau les bikers, qui ont atteint Prudhoe Bay sans problème. A voir l’état de leur moto, ils ont aussi dû affronter des hordes de moustiques. Et bien sûr, j’observe les camions : la majorité a des remorques fermées, certains tirent une remorque déjà complète. Aucun indépendant, un seul camionneur pourrait me dépanner, mais je dois appeler la compagnie demain matin pour savoir à combien s’élève la facture. Peu après minuit, nous dressons la tente sur l’herbe en face du café-bar. Rapidement Morphée m’accueille à bras ouvert.

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