Et de 4!

10 juin 2013, Buildin 254A, UIC-NARL, Barrow

Cinquième jour à Barrow, dernier jour sur la glace de mer non seulement pour ce field trip, mais aussi de l’année, pendant que Megan retourne au BARC mesuré la salinité de nos échantillons de glaces fondues, avec Josh, nous retournons une dernière fois sur site pour enlever le réflecteur radard, dernière pièce d’équipement appartenant au laboratoire. Le trajet aller est rapide, malgré le redoux, peu d’eau de fontes à la surface et des melt ponds peu profonde. Alors que le mois de mai en Alaska fut globalement plus froid de 2°C, sur la côte nordique la moyenne est supérieur de 3°C. Ceci est expliqué par cela. Physiquement parlant, cela se traduit par une porosité plus importante et aussi plus interconnectée et donc un drainage d’eau de surface plus important.

D'ici la fin du mois de juillet, la débacle aura emporté toutes traces de notre passage
D’ici la fin du mois de juillet, la débacle aura emporté toutes traces de notre passage

Le démontage ne nous prends guère plus d’une quinzaine de minutes, même si deux dernières vis, encore prise dans la glace, se révèle récalcitrante. Sur le chemin du retour, je prends la liberté de m’amuser un petit peu avec ma snowmobile, faisant monter les tours du moteur, j’attends facilement 60mph, presque 100km/h, avant de glisser délicatement avec une plus faible vélocité sur les melt ponds, suivant Mike tandis que Josh tracte profesionnellement la luge.

Mike, notre bear guard, s'amusant dans les melt ponds
Mike, notre bear guard, s’amusant dans les melt ponds

De retour sur la terre ferme, comme Arnie, un autre bear guard, vient récupérer nos machines, je lui demande si je peux prendre quelques clichés de son umiaq, reposant sur deux bidons au sommet de la plage. De ses yeux sombres, me dominant de plus d’une tête, il me regarde avec bienvaillance, attendant quelques instants, me sourit à la mesure du tonitruant “oui” qu’il prononce. Déliant les langues, il me raconte l’histoire de l’umiaq, construit par son père, non à partir de bois flotté, mais en bois dure, ramené depuis l’intérieur des terres, loin dans l’intérieur des terres. Il m’explique que le cuire provient uniquement de phoques femelles, car la peau est plus claire, presque blanche, se confondant avec la couleur de la neige recouvrant la glace, la manière dont les poiles sont retirés de la peau, en laissant fermenter et rancir la graisse jusqu’à ce que la racine soit lâche. Lui et Mike viennent ensuite à leur récit de chasseur de baleine, notamment à l’année dernière lorsqu’Arnie, chanceux, captura une baleine au printemps et une en automne, fait extrêmement rarissime. Je ne cesse de les écouter, attentif à leur moindre propos. Le moment fut magique, tout aussi magique que l’umiaq, bateau en cuire cousu, sur un squellette de bois mi-cloué, mi-attaché par des noeuds.

Mike (à gauche) et Arvie, ce dernier fier de me présenter son umiaq, construit par son père
Mike (à gauche) et Arvie, ce dernier fier de me présenter son umiaq, construit par son père

Le début d’après-midi est occupé pour remisé le Theatre, ranger les dernières affaires dans le container, mettre à réfrigérer nos coffres isothermes dans la chambre froide.

Je suis sûr que le titre de ce billet a intrigué plus d’une personne. Et de 4! 3 sont relativement accessibles, et nombreuses sont les personnes s’y étant baigné : Atlantique, Pacifique et Indien. Les trois étaient accrochés à mon palmarès depuis mon retour de Nouvelle-Zélande. Dès ma première visite à Barrow au mois de janvier de cette année, l’idée a commencé à germer dans mon esprit de me baigner dans l’océan arctique si la chance se présenter. Deux jours en arrière, avec Josh, lors de notre excursion près du Gravel Pit, j’avais repéré de l’eau libre baignant la plage nordique. Ce soir j’étais prêt. Mégan a hésité quelques instants avant de dire non. Mais tout juste avant de prendre le bus, elle a changé d’avis. Après cinq longs jours de travail, il est temps de se relaxer, quoi de mieux qu’un bon bain dans l’eau salée. Tels des gamins, nous nous sommes élancés depuis la grève.

Megan et moi, s'élançant comme des gamins
Megan et moi, s’élançant comme des gamins

A peine une dizaine de mètre plus loin, le gravier est remplacé par une surface lisse, glacée, vestige sous-marin de la glace hivernale non encore fondue. Je m’élance dans l’eau. Fraîche, voire froide. Je nage rapidement en direction de la glace de mer, éloignée d’une soixantaine de mètres, bien déterminé à aller la toucher. De l’autre côté le sol remonte, me forçant à me lever. Après trois pas, je disparais dans un trou, une melt pond sous-marine m’engloutit complètement. Le temps d’effleurer la glace et me voilà sur le chemin du retour.

Après avoir touché la glace, sur le chemin du retour
Après avoir touché la glace, sur le chemin du retour

Je nage vigoureusement, mais pas aussi rapidement qu’à l’allée. Je ressens le glaciale froid s’insinuer lentement en moi. Il faut dire que la température de l’eau est celle de la fusion de la glace de mer, c’est à dire un peu moins d’un degré en dessous de zéro. Au trois quarts du chemin, mes avants-bras sont suffisament gourres pour me forcer à me lever et courire la dernière dizaine de mètre. Mon corps luttant pour conserver sa température a concentré le chaud sang dans mes organes, mes mains et mes jambes ont quelques peu bleuie. Megan, étant ressorti bien plus rapidement, me dira par après que c’est bien la première fois qu’elle ne me voyait pas sourire. Bien qu’aucun sourire n’illuminait ma face, je suis plus qu’heureux de l’avoir fait. Sur le moment, je n’aurais pas dit que j’y retournerais – il m’a fallut une bonne demi-heure pour me réchauffer -, mais maintenant sans aucune hésitation, je réponds “oui”.

Mike, notre bear guard, s'amusant dans les melt ponds
Mike, notre bear guard, s’amusant dans les melt ponds

Dernière soirée à Barrow, souper mexicain chez Pépé’s. Retour à la cabane, et finalement peu avant minuit, mon assistant écossais, nommé Glenlivet, tourne de l’oeil, complètement asseché. Avec Josh, nous profitions que les nuages aient disparu pour une petite balade nocturne, profitant du soleil de minuit, en regardant lentement la glace de mer fondre au large de la plage.

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