Pinnel Trail

 8 août 2013, 113 Roxie Road

Peu après 7h00, mon sac à dos chargé dans la voiture de Christina nous roulons en direction du Nord sur la Steese Highway, à destination de Pinnel Trail. Le ciel est couvert, une légère bise souffle depuis le Sud. Arrivé à Twelve Mile Summit, le vent balaie le relief collinéen, soulevant entraînant quelques volutes de poussières sur la route. Les températures sont fraîches, j’hésite presque à enfiler un t-shirt à manche longue.

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Quelques minutes plus tard Nunatac, le magnifique labrador de Chirstina, ouvre la marche, marquée par un succession de plante grimpant jusqu’à la crête. A peine en route, nous voilà déjà à l’arrêt, grappillant les myrtilles de part et d’autre du chemin. Rapidement les arbrisseaux cèdent le pas à un paysage plus alpin où seules prairies rases, touffes herbeuses et mousses poussent sur un sol rocailleux. Pinnel trail, rapidement, se révèle digne de l’intérieur de l’Alaska : montagnes collinéenes formées de bedrock, agglomérat de terre et de cailloux, surmontés de quelques amoncellement rocheux : pierriers, talus, icestream, … cette topologie douce et arrondie s’étend à perte de vue. De temps un autre l’une des collines arrondies se dresse un peu plus, sans toutefois prodiguer un véritable repère dans ce paysage quelques peu monotone.

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D’aucun qualifierai notre rythme de rapide, si ce n’est pas de soutenu. 10 miles parcourus en un peu moins de quatre heures sur un chemin aussi bien défini que Kesugi Ridge. Aucun fourré ni marais à traverser, un sentier bien tracé, exempt de pierre ou de racine traîtresse, Christina et moi avalons les miles les uns après les autres. De temps à autre, un court arrêt pour abreuver Nuna avant que de se remettre en route. L’itinéraire suit la crête des collines, tantôt grimpant jusqu’à un fait, tantôt descendant à mi-pente, tantôt longeant la courbe de niveau. Après une courte hésitation, hier nous avions décidé de parcourir le chemin à l’envers, dans l’espoir que plus de voiture descendrait dimanche en direction de Fairbanks. Aujourd’hui, nous en sommes bien aise, car nous n’avons pas à lutter contre le vent qui souffle entre plein-cul et de travers.

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Au détour d’une monticule, la hutte de North Fork Shelter apparaît en plein soleil. Ce cabanon en rondin, d’allure solide, marque la moitié de la journée, peut avant le dixième mile. Presque aveugle, avec une porte à double battant donnant sur le sud et une fenêtre au volet fermé, quatre personnes dorment à l’aise, six à huit pourraient même s’y coucher en cas de mauvais temps. Nous sommes heureux de trouver un réservoir d’eau à moitié rempli par l’eau de pluie, récupérer à l’aide de deux chenaux. Avec un peu de chance celui du prochain abris, éloigné d’une dizaine de miles ne sera pas non plus asséché. L’eau est un facteur cruciale lors d’une randonnée dans l’Alaska Interior où il n’est pas rare que la température franchisse allègrement le cap des trente degrés dans une toundra exempte d’arbre et d’ombre. Le climat sec et le vent pouvant souffler sans discontinuer comme aujourd’hui ne sont que des facteurs aggravant de déshydratation. Par ailleurs, à partir de mi-juillet, les névés ayant disparus et les ruisseaux s’asséchant, la présence d’eau n’est jamais assurée. Bref, depuis ce matin, chacun d’entre nous transporte entre 7 à 8 litres d’eau pour être sûr de ne pas en manquer.

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Assis sur le porche de la cabane, nous prenons un bain de soleil et étanchons notre soif avec une joie non-feinte. Entre deux gorgées, baguette tartinée d’humus pour restaurer nos forces. Tandis que nous paressons allongés sur les rondins, une marmotte fait une sieste sur l’un des rochers. Elle ne profitera pas longtemps de la chaleur estivale, Nuna, pleine d’énergie, a le grand plaisir de la déloger.

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Poursuivant notre route par nous gagnons l’autre crête collinéenne en traversant Swamp Saddle. Le lieu semble mériter son nom, sous nos pieds, l’herbe s’affaisse et le murmure de l’eau remontant à la surface à travers le sol marécageux se fait entendre. Suivant la douce pente, une succession de planche marque le chemin jusqu’au col. Elle se poursuit de l’autre côté, en escalier inhumain. Une planche de 3 mètres, une marche de 20 centimètres, une planche, une marche… et ainsi de suite. Je crois que je préfères encore la randonnée du Red Tarn en Nouvelle-Zélande et son escalier presque ininterrompu plutôt que ce rythme tabard. Au tiers de la montée, Nuna tire la langue et réclame un arrêt. Me rappelant avec oublié ma cuillère à la maison et ayant récupéré quelques centaines de mètres auparavant un morceau de bois mort, je commence à tailler une cuillère. Avant de repartir, la forme arrondie est présente, même s’il manque encore le creux pour lui donner une véritable utilité.

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De retour sur les crêtes ventées, venant du sud, un immense nuage se propage en direction du Nord. Caché derrière l’épaisse fumée, le soleil se pare d’une robe orangée. Les bords claires semblent s’effilocher dans les cieux, comme des fumerolles sortant des naseaux d’un dragon. En moins d’une heure la large bande déchire le ciel. Le spectacle est impressionnant. Je pourrais presque le qualifié de magnifique si je n’avais pas conscience qu’en même temps des dizaines d’acres de forêts boréales partent en fumée.

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Arrivant en vue de la deuxième cabane, Himmel, Asch und Zwirr, la voilà déjà occupée par un couple. A notre vue, ils s’enfermeront dans leur cabine, l’homme sort tout juste pour nous dire bonjour. Une fois qu’il s’est enquis de notre but, il disparaît sans un mot. Devant l’accueil peu chaleureux et sur la règle du “premier arrivé, premier servi”, nous décidons de poursuivre notre chemin, non sans filtrer quelques litres d’eau pour reconstituer la moitié de nos réserves.

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Alors qu’une légère odeur de fumée flotte dans l’air, et que nous sommes tout deux fatigués, nous poursuivons notre route en quête d’un endroit suffisamment abrité pour monter notre tente. Grimpant Pinnel Mountain, Christina poursuit la route sans un mot, tandis que je m’arrête cinq minutes, non seulement pour trouver le point de référence, mais aussi pour oublier de le photographier. Si la force du vent est quelques peu cassées sur le versant abrité de la montagne, aucun endroit n’est assez grand pour y planter une tente. Dans le lointain, la crête se poursuit jusqu’à Porcupine Dome sans roc ou abris.

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Nous décidons finalement de monter la tente au pied de la colline. L’endroit n’est pas idéal, quelques turbulences agitent les parois de la tente, mais elles sont bien trop faibles pour nous empêcher de dormir. Au menu du soir, tikka masala au porc et patates douces, suivi d’un thé pour admirer le soleil descendre sur l’horizon. Fatigué par la marche et éreinté par le vent, avant même qu’il soit caché derrière les collines, nous gagnons notre tente pour une bonne nuit de sommeil.

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