Isérables

21 août 2013

Le lundi fut tranquille entre un dîner chez Grand-Maman Alice, suivi de quelques récits tirés de ma vie en Alaska, une partie de scrabble, un apéro chez mas sœur et un souper chez ma marraine, il est temps de reprendre un peu d’exercice.

En milieu de matinée, chaussé de mes souliers de montagnes, je me mets en route pour Isérables. Au Pied du Mont, je retrouve le séculaire sentier muletier qui s’élève sinueusement le long de la montagne. Au début du siècle passé, et même avant, l’aube à peine levé, les bédjuis, ainsi se nomme les habitants du village, descendait en plaine via ce chemin pour aller travailler les vignes situées de l’autre côté de la vallée du Rhône, sur les terres letronaintse. Le soir venu, après une dure et longue journée de travail, ils remontaient dans leur village. Pour ma part, ce sentier long d’à peine 5 kilomètres, reliant Riddes, où j’ai vécu jusqu’à mon départ à l’université, jusqu’au petit village pentu, accroché à la montagne, 600 mètres plus haut, fait partie de ma vie. Mes parents m’y promenèrent dans un cacolet, avant de m’y amener pour mes premières ballades. Depuis, je ne cesser chaque année de grimper ce court et tortueux, mais raide sentier. A chaque fois, au moment où mes pas quittent le gravier pour arpenter le bitume du chemin menant jusqu’au village, la silhouette d’Isérables s’agrippe telle une feuille d’érable au milieu des prés. Les cinq branches s’éparpillant entre raccards, érables, murs de pierres sèchent donnent naissance à de petite route qui menant à Nendaz, qui grimpant aux Crétaux, qui reliant le village à Riddes ou à la Tsoumaz par la Forêt Verte; tant de noms dont la sonorité a aiguillé mon enfance.

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Bref, me voici au Pied du Mont, je m’engage sur le sentier. Mis à part les quelques panneaux indicatifs en marquant l’entrée, rien n’a changé, il s’agit toujours du même sentier de couleur gris claire remontant à flanc de coteau, bordés de quelques herbes sèches cédant rapidement la place à des prés verdoyant ou au sous-bois feuillu. Rapidement, les zigzags me font gagner en hauteur, me voilà déjà arrivé en bas des Champs Saint-Dent, où sur un faux-plat quelques abricotiers profitent du soleil arrosant le coteau. Des deux cahutes construites au bord de la pente s’échappent deux fil métalliques plonge vers la plaine. En été, les plateaux remplis de fruits mordorés sont empilés les uns après les autres sur un chariot. Une fois plein, une simple glissade l’amène jusqu’en plaine, où, délicatement réceptionné, ils sont prêts à être emmené au marché.

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Grimpant à travers une forêt où les conifères remplacent peu à peu les chaînes et noisetiers, j’arrive sur un deuxième replats, où, à ma grande surprise, les arbres croulent encore sous les abricots. Personne, aucun cageot, pourtant les fruits semblent plus que mûres. Un coup d’œil à gauche, un coup d’œil à droite, aucun garde-champêtre à l’horizon. Ne pouvant résister à la tentation, tel un crouille botti [note]en patois, se dit d’un gamin mal éduqué, synonyme : sale gamin, gamin de talus [/foot], j’en chaparde un ou deux. Plus que juteux, presque trop, le goût du Luizet 1vieille variété d’abricot reconnue pour son goût[/note] inonde mes papilles. Un vrai délice.

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Et voilà un dernier contour et me voici de retour sur le bitume. Il ne faut pas imaginer une large chaussée, mais une étroite route, dont l’antique revêtement de terre battue a été remplacée par du goudron par commodité, il y a de cela des dizaines d’année en arrière. Glissant entre les champs, montant en diagonale en direction d’Isérables, j’apprécie ce paysage rurale. Ici aucun tracteur, le travail se fait à la maison, ou éventuellement aidé d’équipement mécanique léger. D’ailleurs, le bourdonnement d’une vieille faucheuse se fait entendre. Les pieds fermement posés dans l’herbe un bédjut pousse lentement l’engin à flanc de coteau. L’époque de foins à la faux est révolue depuis longtemps, mais les techniques les plus modernes n’auront jamais pieds dans un environnement si pentu.

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Me voici arrivé au trois raccards marquant l’arrivée dans le faubourg. Au lieu de continuer d’une droite ligne jusqu’au centre du village, j’emprunte le chemin sur la gauche qui m’amènera sur l’une des crêtes à l’Ouest du village. A contre-jour, les toits d’ardoises et de bardeaux étincellent sous le soleil, les câbles du téléphérique reliant Isérables à Riddes scintillent, les montagnes sont drapées dans une robe bleutée.

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Une dizaine de minute plus tard, me voici sur la terrasse de l’Auberge du Mont-Gelé, sis à ou de la gare du téléphérique. Bientôt rejoint par Fabienne Desfayes, nous prenons l’apéro. Discutons d’Alaska, de la Cave du Rython d’Or, d’ethnologie – sa spécialité -. Il s’avère qu’elle connaît un certain Patrick Pallet, le mari de Maïté. Si ces noms ne vous dissent rien, c’est que je n’ai pas raconté la soirée où le consul suisse de San Francisco est venu visiter Fairbanks. Un souper canadien avait été alors organisé par le couple, rassemblant une quarantaine de Suisse habitants Fairbanks. J’avais alors rencontré cette lausannoise, travaillant au Museum of the North, et son mari, professeur à l’institut d’anthropologie. Fairbanks étant petit, Patrick connaissait ma colocataire de Rosie Creek Road et voici que de retour en Suisse, Fabienne m’apprends avoir longuement discuté avec lui lors d’une de ses visites à Lausanne. Accompagné de Fabienne, me voici de retour à la maison pour le dîner. Au menu du jour un magnifique plateau de fromages : une dizaine d’alpage et de tommes différentes, un sérac, deux fromage à l’ail des ours. Un vrai régal.

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Peu après trois heures je monte dans le train direction Lausanne. A Aigle, Lucie, la fille que j’avais surnommé Estomac-sur-Pattes en raison de son appétit lorsque l’on mangeaient ensemble à la cantine du Collège de Saint-Maurice me rejoins. Pour la deuxième fois depuis l’année dernière elle arrive à me rencontre in extremis suite à un message publié sur facebook. Cela me fait plaisir de la revoir, malgré son demi-échec lors sa dernière année de médecine elle arrive à garder le sourire. Débarqué à Lausanne, sur la terrasse où nous pensions boire tranquillement un verre, je retrouve deux autres étudiants de Saint-Maurice, dont Jean. Cet énergumène avec qui j’ai partagé durant quatre ans de collège un esprit anti-conformiste et une passion pour le jeux d’échecs n’a cessé de vagué entre différents cursus universitaire. La dernière fois, je l’avais laissé en Biologie à Neuchâtel, aujourd’hui je le retrouve dans une HES à Lausanne. Il semblerait toutefois qu’il tienne le bon bout et termine d’ici quelques mois. Si tout va bien, et si nous continuons à nous retrouver de manière impromptu, notre prochaine rencontre devrait avoir lieu en Alaska.

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En fin d’après-midi, je rejoins le bureau du Festival Balélec, le plus grand festival estudiantin d’Europe, organisé par des étudiants. Durant mes septs durant lesquelles j’ai travaillé comme comité, j’y ai lié de nombreuses amitiés, et il est bon de retrouvé mes collègues : Eric, ancien structure, devenue administrateur ; Marie-Noelle, ancienne déco, ex-présidente, aujourd’hui vice-présidente logistique; Fabian et Tutu, ce couple conjugue vice-présidence promotion, présidence, décoration, loges, éclairage, …; Pascal, un valaisan s’occupant de structure ; Vincent, ancien paralogue et environnement ; … la liste est longue, tout comme le barbecue. Entre bière, pastis et suze, la soirée s’allonge. Je ne sais guère à quelle heure nous avons ramener le barbecue au bureau, et encore moins mon arrivée dans un matelas au pied d’un canapé. Mais bien que la nuit ne fut pas des plus longues, le sommeil fut réparateur.

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Notes:
1.

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