Dixence

16 septembre 2013, 113 Roxie Road

Et oui, je suis toujours bien trop occupé entre la chasse à l’élan, une visite au Denali, m’occuper de mon jardin avant l’arrivée de l’hiver, pour réussir à trouver suffisamment de temps pour mes chroniques. Mais j’avance petit à petit. A propos d’hiver qui arrive, cette nuit, nous avons eu droit à la première chute de neige à Fairbanks : quelques petits centimètres recouvrait ma terrasse, la voiture, les bouleaux aux feuilles encore jaune. Même cela ne m’a guère empêché de rejoindre le campus à vélo.

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De bon matin, me voilà déjà à Riddes. Lorsque j’ai su que les bretons avaient répondus présent à l’invitation au mariage de ma sœur, je ne pouvais faire autrement que d’emmener la famille Faure pour une petite promenade dans les Alpes valaisannes. Mes parents ont connu Jocelyne, alors qu’elle était infirmière à Martigny. Après avoir marié un militaire français, ils sont partis à Tahiti où ils ont eu trois enfant. Je me rappelle encore de leurs premiers contacts avec la neige. Lors de ces vacances de février, les chutes de neige avaient été abondantes et une épaisse couche de poudreuse recouvrait le paysage lorsqu’après plus de douze heures de route depuis la lointaine Bretagne, les enfants ont jailli de la voiture. Ni une, ni deux, sans gants, ni même de veste, ils ont sautés dans la poudreuse. Ayant grandi sous les tropiques, la neige avait tout l’air de sable blanc. “Froid” s’est écrié Émilie la petite dernière, les yeux remplis de larme. Les deux autres garçons n’en menaient pas plus large non plu1s. Sitôt arrivé dans la confortable chaleur du chalet, ils n’eurent envie que de ressortir pour goûter à cette nouveauté. Bien équipé, il fut presque difficile de les faire rentrer, après que la nuit fut tombée. Mais le mot magique du souper les a fait craqué. Dans les années qui suivirent, ils revinrent de nombreuses fois pour skier, tandis que j’invitais quelques fois pour profiter de la Bretagne, cette contrée merveilleuse.

Trêve de digressions, mon sac à dos est prêt, rempli de quelques victuailles afin de satisfaire les gamins, que je devines déjà complètement affamé à l’heure du dîner. Peu après le milieu de matinée, nous arrivons à destination, au pied du barrage de la Grande-Dixence. Parqué au pied de l’imposant mur qui barre la vallée, ils sont impressionnés par la taille et l’aspect massif. 285 mètres de haut, 15 millions de tonnes de bétons forment le plus haut barrage-poids au monde. Un véritable monstre bâti au milieu du siècle passé.

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Une fois équipé, nous partons pour le sentier des bouquetins, un petit tour faisant le tour du Mont Blava remontant la petite vallée menant au glacier de Prafleuri, avant de monter jusqu’au Col des Roux, d’où la vue sur le lac de retenue est imprenable, avant de redescendre jusqu’à la rive du barrage et la longé jusqu’au faite du mur. Un peu plus haut que le parking, sur un replat, s’élève un immense bâtiment ayant abrité ingénieurs et ouvriers pendant leur jour de congé. Si l’immeuble, constitué d’éléments préfabriqués, ne respire par le luxe, en raison des commodités et du confort qu’il offrait par rapport aux logements de terrain, les ouvriers lui ont donnés le surnom affectueux du Ritz.

17 septembre 2013, 113 Roxie Road

Arrivé à peine au premier tiers de la montée jusqu’au faite du barrage, nous nous arrêtons à la hauteur de la chapelle dédiée à Saint Jean-Baptiste, érigée lors de la construction du barrage dans les années trente. Lors de ma dernière visite en Bretagne l’été passé, j’avais emmené les petits bretons à la découvertes du pays des Abers entre nature, autres monuments historiques. Nous nous étions alors arrêtés dans un certain nombre de vieille chapelle. A la fin de la journée, il était presque impossible de passer devant une sans s’arrêter. Leurs visages furent éclairés d’un grand sourire lorsque j’ai poussé la porte du sanctuaire. Il est claire qu’entre une chapelle bretonne du XIIe siècle et une chapelle valaisanne des années trente, l’aspect n’est pas le même. Pour leur expliqué l’importance du lieu, il m’a fallut remonter dans le temps et leur expliqué la piété des valaisans, sans compter celle des italiens formant la majorité des travailleurs.

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A nouveau en route, nous prenons la mesure du barrage en montant le long du sentier sinueux. A mi-hauteur, un redan casse la face angulée à presque 45° du barrage, un peu plus haut, la paroi s’élève plus dru, après une deuxième cassure, le mur s’élève verticalement sur les dernières dizaines de mètres. Arrivé à la hauteur du faite, les petits bretons tirent la langue. Habitués aux hauts et bas des côtes bretonnes entre falaises et petites criques, ils n’ont guère eu l’occasion de grimper plusieurs centaines de mètres d’affilée. Et pourtant cela ne fait que commencer pour aujourd’hui.

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Arrivé sur un petit promontoire, sur lequel se dresse un ancien bâtiment de bois, nous bifurquons sur le vallon de Prafleuri. Un panneau didactique, nous apprends que le val des Dix tire son nom des Dix Larrons, qui vivant des produits de la chasse dans le val des Dix, descendaient de temps à autre jusqu’aux villages situés en contrebas pour se servir de tomme et fromage. Ferrant leur monture à l’envers, ils laissaient des traces de descente lors de leur retraite. Exaspérés, les villageois se révoltèrent, chassant les Dix Brigands dans le haut de la vallée. De la forêt, incendiée par les brigands en guise de vengeance, il reste aujourd’hui quelques troncs calcinés enfouis dans le lit de la Dixence.

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Tout en remontant la vallée latérale, nous tombons sur de magnifiques gentianes alpines, d’un bleu roi, tranchant dans l’univers rocailleux. Mi-chemin, le sentier est surplombé par une immense digue. Cette monstruosité, loin d’être sublime, fut érigée afin de protéger le touriste des chutes de pierre, suite à un éboulement qui a enfoui le sentier. Devant une pareille atteinte au paysage, je ne peux que me demander qui a bien pu prendre pareil décision. Il faut dire que pour moi, randonner en montagne, est accepté le risque d’une chute de pierre, comme le risque d’un accident en montant dans une voiture. Bref, aucune raison n’existe pour justifier pareil aménagement. Laissant ma colère dans mon sillage, nous poursuivons notre route.

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La cabane de Prafleuri se dresse à mi-chemin du Col des Roux. Construite sur un replat surplombant le fond du vallon ayant servi de gravière lors de la construction de la Grande Dixence, elle apparaît tel un hôtel de luxe dans cet environnement alpin. Une bonne demi-heure plus tard, nous avons grimper le pierrier menant jusqu’au col. Le panorama est splendide, mais bien mieux qu’un trophée à la ligne d’arrivée, au-dessus de la crête  menant au Mont Blava deux immenses cornes d’un bouquetin se détache sur fond céruléen. Alors que nous redescendons dans le val des Dix aucun de nous ne détache longtemps les yeux du bouquetins. Un vrai spectacle.

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Sur une crête à l’abri du vent, un long rocher aplani au milieu d’une petite prairie me semble l’endroit idéal pour déballer le pique-nique : fromage, saucisse, pains, tomates, … Caramba, j’avais un doute depuis le début de la ballade, mais c’est à ce moment précis que je me rends compte que j’ai effectivement oublié d’emporter un bouteille avec moi. Catastrophe, me voilà bien piètre valaisan. Mais il semblerait que devant la diversité des fromages, cela n’ait pas prêté à conséquence.

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Après s’être restauré, nous poursuivons notre descente dans la vallée. Mes yeux ne cessent de parcourir les montagnes enneigées, les glaciers à moitié disparu, le torrent sinuant sur l’alpage verdoyant. Loin d’une randonnée alaskienne lorsque je me trouvais seul au milieu de kilomètres carrés, j’ai déjà croisé plusieurs dizaines de personnes. Mais bien au delà de ce nombre, l’aspect le plus effrayant est le passage régulier d’avion de chasse au milieu de la vallée. Dans un bruissement assourdissant ce dernier s’en va tourner dans le fond avant de ressortir en vrombissant. Un seul passage m’aurait déjà convaincu de l’inutilité de l’armée de l’air en Suisse, plusieurs ne cessent de me conforter dans cette idée.

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De retour au barrage, nous parcourons la moitié du mur pour prendre conscience du gigantisme de l’ouvrage, avant de redescendre avec le petit téléphérique jusqu’au Ritz. Une petite exposition retrace l’histoire de la construction, des conditions des ouvriers, de la difficulté de cette ouvrage titanesque et surtout de l’ingéniosité des constructeurs.

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Peu après 18h00, me voici de nouveau à Riddes. Il est temps de mettre la main à la pâte pour finir de préparer la salle pour le mariage de ma sœur le lendemain. Quelques heures sont nécessaire pour peaufiner l’aménagement, le décors, … planifier la bonne marche des coulisses. Mais tout est prêt, il ne reste plus qu’à faire place aux mariés.

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