Whittier

5 janvier 2013, 9h50
113 Roxie Rd, Fairbanks
Claire, 12°F

Je vous avais parlé de l’architecture, ou plutôt de la maçonnerie particulière du chalet où nous résidions à Sankt-Moritz Road. Toutefois, entre les départs à ski, juste après le déjeuner et les rentrées à la nuit tombée, il m’avait était impossible de prendre quelques photographies. Ce matin, j’ai comblé cette lacune et vous laisse donc admirer ces magnifiques murs.

[singlepic id=785 h=450 float=center]

Après avoir discuté avec nos hôtes, encore présent sur les lieux – Mick est déjà à son travail, Mark a filé sur Seward hier matin pour son travail –, et pris le temps d’empaqueter à nouveau nos affaires, nous voici en route pour Seward. Le chemin des écoliers nous amène à remonter Portage Valley. Le macadam de la Highway 1 laisse la place à un revêtement constitué de glace ramollie et de neige détrempée par les douces températures. Un panneau indicateur interdisant tout arrêt sur les 3 prochains miles en raison des risques d’avalanche nous fait sourire. Ce n’est pas en plein milieu de cet hiver que nous devrions craindre pareil danger tant la neige est rare. Après avoir longé Portage Lake, recouvert par une glace devenue blanche en raison de la fonte, nous arrivons presque au fond de la vallée, là où est percé le tunnel menant à Whittier, dénommé Anton Anderson Memorial Tunnel. Emprunté tant par les trains que par les véhicules, le passage routier n’est autorisé que durant les 10 premières minutes de chaque heure dans un sens, et les 10 suivantes dans l’autre. Après avoir été ponctionné d’un droit de passage, notre voiture s’ajoute à la courte file de véhicules patientant. En pleine hiver, seule la ligne numéro 1 est à moitié occupée, alors que la zone d’attente comprends pas moins d’une douzaine de colonne. En pleine été, Whittier est un port des plus occupés, donnant directement accès sur Prince William Sound, il est le lieu d’embarquement des Ferry à direction de Valdey, Cordova, Homer, … ou encore de simple tour dans le sound. L’origine de Whittier est des plus étranges, devant la menace grimpante du Japon durant la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis d’Amérique se mirent à la recherche d’une base maritime plus ou moins secrète; les conditions: sans port, donnant sur le Nord du Pacifique, caché par une épaisse couverture nuageuse, difficile d’accès. Toutes les conditions sont réunies dans ce lieu étrange où vécurent presque en autarcie quelques centaines de personnes.

[singlepic id=784 h=450 float=center]

Un petit quart d’heure d’attente, 5 minutes plus tard et nous voici de l’autre côté. Le climat est complètement différent, nous avons laissé l’épiasse couverture nuageuse dans l’autre vallée, ici le ciel se revêt d’une teinte bleuâtre. A propos de Whittier, beaucoup d’alaskiens pensent que cela rime avec shittier (NdR merdique). Il faut dire que la cité, si je peux la nommer ainsi, n’est guère constitué que d’un long dock, avec un hôtel, d’un port empli de bateaux de pêche, quelques gros hangars, un immense building, dans lequel tous les habitants logent. L’ensemble est dominé par la silhouette grise et sombre de l’ancien immeuble de logement, qui pourrait faire penser à l’architecture soviet. Les quais sont déserts, les parkings sont recouverts par la neige, nous sommes presque seuls. En tout cas, nous sommes les seuls touristes qui visitions les parages.

[singlepic id=782 h=450 float=center]

Les yeux perdu dans le paysage, admirant le magnifique fiord, qui rappel par bien des aspects la Norvège, j’apprécie ces endroits des plus déserts, comme perdu hors du temps. Il parait que l’hôtel possède un bar des plus cosy, toutefois je ne pourrais en admirer que l’architecture extérieure. Cette bâtisse de bois s’élevant sur quatre étages, à même l’enrochement, est couronnée par un octogone vitré dont la silhouette se découpe sur la montagne en arrière plan. Quelques choses de particulier émanent de cette bâtisse, serait-ce ce style qui me rappel les docks comptés par Hemingway dans le Vieil Homme et la Mer, serait-ce cet aspect hivernal qui frise l’abandon, … La tête d’une loutre surgit de l’océan, nous regardant d’un air interrogateur, avant de se glisser sur le ventre et nager, ou devrais-je dire paresser.

[singlepic id=780 h=450 float=center]

Continuant notre chemin, nous poursuivons sur l’unique route de Whittier qui nous amène à longer l’ancien bâtiment de logement, nommé Buckner Building; dénué de vitre ou de porte, enchâssé dans des barrières, arborant escaliers rouillés et graffitis, il a un côté d’après-guerre, de construction rapide, d’abandon forcé, … Il me rappel que je me suis fait un jour la promesse de visiter la ville de Tchernobyl pour y admirer la nature reprendre ses endroits, pour découvrir cette ville fantôme. Depuis longtemps, j’ai toujours aimé découvrir ces reliques du passés, ces vestiges de construction humaines devenus obsolète et qui pourtant se dressent encore des années après.

[singlepic id=774 h=450 float=center]

Un dernier détour nous amène à la fin de la route, enfin là où le déneigement s’est arrêté les semaines précédentes. Nous découvrons une petite échancrure baignée par la mer. Nous ne résistons pas à nous dégourdir les jambes. Encore plus que depuis les quais, je suis saisi entre le contraste de la mer, couleur bleue pétrole, sur laquelle miroite le ciel, l’estran arborant cailloux et rocher couleurs anthracites, la bande blanche immaculée de la neige surmontée par les verdoyant sapins. Un paysage de rêve. Je me prends à rêver de naviguer dans ces paysages magnifiques. Peut-être cela deviendra réalité d’ici quelques jours. Il est temps de se mettre en route, si nous ne voulons pas passer une heure de plus à Whittier.

[singlepic id=776 h=450 float=center]

De retour dans le Turnagain Arm, les nuages reprennent leur droit. Lors d’un petit arrêt sur les bords de Portage Lake, Eyal m’apprends qu’il y a un peu moins de trente ans Portage Glacier rampé jusqu’à la route et que le lac est apparu soudainement à mesure de son rapide retrait. Aujourd’hui, le glacier a disparu dans le coude de la vallée, hors de vu d’un touriste ne s’aventurant pas sur le lac.

[singlepic id=772 h=450 float=center]

Sur la Highway 1, un autre détour nous ramène sur nos pas. Il faut dire qu’Eyal m’a aiguisé l’appétit en me parlant d’un petit armateur possédant quelques navires à Whittier, Seward, … et surtout une petite ferme pas trop éloignée où il se trouve actuellement. Une route de second zone, dont le début ressemble plus à des montagnes russes, car après avoir grimpé légèrement l’accotement, elle plonge presque au niveau du bras de mer pour passer sous le pont ferroviaire enjambant Portage Creek. Au bout d’un petit mile, quelques cabanes rouges apparaissent de part et d’autre du chemin, et soudain nous trouvons Henry Tomingas, le capitaine. L’extérieur de sa demeure est décoré d’une ornementation équestre, rehaussant la présence des grands parcs à chevaux l’entourant. L’intérieur est paré de titres équestres, gagnés par sa fille en saut et parade. Il s’ensuit une grande conversation s’engage entre Simon, le cavalier de notre groupe, et le capitaine. Puis le sujet change et nous parlons marine, de ces bateaux, de la position du brion sur l’une de ses barges qui tient bien la mer, … Puis il nous compte quelques histoires glanées au cours de sa vie mouvementée, avant de nous montrer deux objets. L’un est un prisme de verre servant puis de lumière sur les anciens navires, l’autre est l’oreille interne d’une baleine, dont le cartilage est à moitié fossilisé.

[singlepic id=771 h=450 float=center]

Il est temps de reprendre la route en direction de Seward. Deux petites heures de conduites, un peu moins d’une centaine de miles et nous arrivons à la fin de notre périple chez Rick, le patron de Adventure 60 North, que j’avais déjà rencontré au mois de mars dernier. L’ambiance chaleureuse n’a point changée, tout comme sa générosité, d’un simple geste, il nous invite à prendre nos quartiers à l’étage et à faire comme chez nous. Ensemble nous regardons les prévisions météorologiques, il faut dire qu’Eyal nous avais fait miroiter une excursion hivernale en kayak pour le Nouvel An. Je n’avais pu que souscrire à ce plan qui ne me paraissait pour le moins du monde audacieux. Ce soir, la météo semble toutefois doucher nos espoirs, car les prévisions annoncent un vent du nord soufflant à point d’une quinzaine de nœuds et des vagues de 6 pieds dans Resurrection Bay. Les mêmes conditions qu’en mars dernier qui nous avait fait renoncer à notre excursion. Les mêmes conditions qui nous font renoncer à notre plan initial. Bref, au lieu de pagayer jusqu’à la cabine de Thumb Cove, nous marcherons sur la rive opposée jusqu’à Callisto Cabin pour y passer le Nouvel An. En attendant le lendemain, il est temps de faire un saut en ville pour déguster une petite bière. A l’instar de nombreux villes et villages alaskiens, Seward est désertée par ses habitants entre Noël et Nouvel-An. Seuls quelques rares habitués trainent au bar. Après quelques parties de billard, durant lesquelles Simon me bat à plat de couture, quelques parties de fléchettes sur lesquelles je prends ma revanche, nous regagnons notre cabine pour y passer la nuit.

[nggallery id=20131227 template=player  images=0]

Series Navigation<< Alyeska J2Kayak de mer >>

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *