Sandspit Point

12 janvier 2013, 20h09
113 Roxie Rd, Fairbanks
Claire, -32°F (-36°C)

Alors que je m’étire doucement, ma première observation est, faisant fit des ronflements d’Eyal, le silence qui m’entoure, aucun bruit de pluie ce matin. Alors qu’il doit être à peu de chose prêt la même heure que hier, l’intérieur de la cabane semble plus claire. Serait-il possible que finalement qu’un petit vent du Nord ait chassé les nuages durant la nuit. En deux temps, trois mouvements me habillé, sur le pas de porte. La vue n’est pas imprenable, mais au delà de la lisière, je distingue la rive de l’autre côté de Thumb Cove, et même celle plus lointaine de la rive opposée de Resurrection Bay. Je saisis mon appareil photo, bien décidé à gagner la grève léchée par la marée montante. Ce qui parait comme un léger verni brillant depuis la cabine, que j’ai pris pour de la condensation sur les pierres et les lichens, n’est autre qu’une fine couche de glace. J’ai bien senti ce matin que la température est plus fraîche, mais je n’aurais pas pensé qu’elle soit passé en dessous du point de congélation. Bref, le sous-bois est transformé en une véritable patinoire, toutes aspérités présentes sur les pierres, les branches et autres souches sont lissées par cette mince couche glacée.

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D’aucun pourrait considérer l’exercice comme périlleux pour l’appareil photo passée en bandoulière, au vu du faible coefficient de friction existant entre mes bottes et le sol. Depuis la grève, la vue est magnifique, sur les sommets enneigés dominés par Callisto Peak de l’autre côté de la baie, drapée de leur robe matinale orangée, alors que les rives sont encore plongées dans la pénombre. Au dessus-de moi, seule la cîme acérée de quelques becquets se parent de rose, les montagnes sont encore nimbées de ce blanc bleuté. L’eau est calme, seule de légères ondulations et quelques risées troublent le reflet des montagnes. Profitant que mes compagnons sont encore endormis, je pars pour une petite balade matinale, jusqu’à l’autre extrémité de la grève. Je laisse vagabonder mes pensées dans ce décor majestueux, rêvant d’un voilier ancré au milieu de fjord, se balançant doucement d’un bord sur l’autre à chaque longue ondulation de la houle. Devant l’autre cabine, je découvre, à moitié avalé par la marée montante, d’étranges structures de bois : entre ferme d’ostréiculture ou ancien quai, je me pose toujours la question.

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De retour à Porcupin Cabin, Simon et Eyal sont à l’écoute des prévisions météorologiques. Si le ciel est dégagé par un vent du Nord qui souffle entre 10 et 15 nœuds, il devrait disparaitre dès demain pour laisser le retour aux nuages et à une pluie intermittente. De même, si les creux atteignent 5 mètres dans Prince William Sound, les vagues ne s’élèveront que de 2 à 3 pieds maximum dans la baie. Bref, d’un commun accord, nous décidons de prolonger nos aventures d’une journée, ce soir nous camperons sur Sandspit.

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Petit déjeuner, paquetage des affaires, préparation des kayaks et nous voilà sur l’eau en début d’après-midi. Rapidement nous glissons sur la surface calme de Thumb Cove, et soudain nous voici au soleil. Après deux jours de pluie, nous profitons un moment de cet instant intemporel, nous laissant bercer au gré des vagues, baigner par les chauds rayons. Puis nous mettons le cap au sud, a quelques miles s’élève la silhouette massive de Fox Island, sur sa gauche quelques arbres pointent au-dessus de l’horizon. Longeant la côte, le passage de la tête marquant l’entrée dans Humpy Cove est marqué par une mer formée, la houle du large, la marée montante s’opposant au vent du Nord lève la mer. Le sourd bruit du ressac résonne à mes oreilles, alors que je glisse sous le feu d’un bunker, faisant partie du système de défense de la baie durant la Deuxième Guerre Mondiale. Je suis surpris comme ma fragile esquif tient la mer, chevauchant les crêtes des vagues, avant de s’élancer dans les creux.

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Quittant la rive, nous nous élançons sur les deux miles qui nous sépare de Sandspit, une excroissance d’un bon demi-miles, s’élevant aux ras des flots, sur le côté de gauche de Fox Island. Recouverte de forêt, cela explique la présence impromptue des silhouettes sylvestres s’élevant au milieu des flots que j’avais aperçu dans le lointain. Ensoleillée, la navigation est des plus plaisantes. A mesure que nous approchons, je distingue de mieux en mieux la topographie surprenant de Fox Island avec Sandspit. A se demander comment une telle avancée a pu survivre aux tempêtes hivernales sans disparaitre. A quelques encablures de la rive nord, nous observons les vagues levés par le vent du Nord venir se fracasser sur la grève. Simon et moi, encore novice dans l’atterrissage, exprimons quelques doutes quant à la réussite d’une telle opération, suggérons à Eyal de jeter un coup d’œil de l’autre côté de Sandspit. La rive sud n’est guère prisée pour le débarquement, car en général la houle du large vient se briser à intervalle régulier sur la plage. Effectivement, de l’autre côté, les ondulations sont plus importantes, mais le rythme est plus lent. Après une longue réflexion, Eyal se décide à aborder sur la rive sud, côté large. Profitant de intervalle plus long entre deux reflux, nous abordons les uns après les autres, tirant nos kayaks à l’abri de la lisière de la forêt. Bien avant de monter la tente ou de récupérer des bois flottés pour un feu de camp, il est temps de prendre quelques photographies et de jouir de cet endroit enchanteur. Porcupin Cabin était magnifique, mais Sandspit est juste splendide. Loin au sud, jusqu’à l’horizon s’étend l’océan. Les vagues roule sur la grève, la houle noie les galets dans une écume qui se retire doucement après le ressac. De part et d’autres, les montagnes se terminent en rive abrupte, dramatique, … sur la gauche, les cimes enneigées s’illuminent dans les dernières lueurs du jour, alors que leur silhouette se détache à contre jour baigné dans une nuée mordorée.

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Imaginez un deux janvier en Alaska, au-delà de 60°N, se préparer à une nuit de camping, alors que les températures sont des plus douces. D’après les annonces météorologiques, il fait 40°F à Seward (3°C). Au menu du soir, pâtes aux anchois/olives, accompagner d’une salade concombre/tomate/oignon, un vrai régal. La soirée se poursuivra bien après le coucher du soleil, autour d’un feu de camp, dont les étincelles s’élèvent au firmament étoilé. Les températures sont tellement douces que je ne ne porte que trois couches, deux t-shirts thermiques et une polaire. Si je ne suis pas le meilleur point de référence lorsqu’il s’agit de parler du froid, je ne portais que trois couches, Simon et Eyal ne sont guère plus habillés. D’ailleurs, les conditions sont presque estivales. Eyal affirme qu’il a connu des soirées bien plus fraîches l’été passé. Bref, cette soirée est un véritable rêve

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Comments

  1. […] poster la suite du récit de mes vacances hivernales en kayak de mer avec une nuit de camping à Sandspit Point. Par ailleurs, je vous laisse admirer le long travail de la journée, un véritable huis-clos […]

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