Installation de la MBS (fin)

18 janvier 2013, 11h00
Alaska Airlines, AS52, Barrow to Fairbanks
Nuageux, -21°F, vent NW 20knots, jour-blanc

 Hier soir, après avoir réglé les divers problèmes, nous avons pris le temps de préparer nos affaires afin d’être un peu moins stressé ce matin. Toutefois, à peine lever au environ de 8h30, les nouvelles météorologiques ne sont pas des meilleures. Des avis de prudence sont émis par NOAA sur tout le territoire nord de l’Alaska et, les nouvelles nautiques, qui nous intéresse puisque nous travaillons sur la glace de mer, annonce de forts coups de vent, ainsi qu’un possible blizzard qui pourrait arriver dans la journée. Bref, le travail s’annonce rude, et il devra s’effectuer de manière la plus efficiente possible.

Weather warning (crédit NOAA)
Weather warning (crédit NOAA)

Pour le moment, nous prenons le temps d’avaler un solide petit déjeuner. Sur le coup de 10h00, nous gagnons le Theatre pour finir l’emballage de nos luges et se préparer à annoncer le froid glaciale. D’aucun pourront penser que nous ne nous sommes pas tellement stressés entre les mauvaises prévisions météorologiques et le début du travail. Toutefois, en raison de l’obscurité nocturne, cela ne sert à rien de se hâter, car avant 10h30, il est presque impossible de travailler. 10H30, Mike, notre bear guard, nous rejoint, alors que nous venons tout juste de sortir motoneige et luge à l’extérieur. Une petite vingtaine de minute plus tard nous sommes sur le site de la MBS.

Installation des chaînes d'électrode et extraction d'une carotte
Installation des chaînes d’électrode et extraction d’une carotte

Ce matin, Megan, aidée de Josh, prélève une carotte et installe la dernière chaîne d’électrode, tandis que je m’occupe de remonter le boîtier sur le mat de l’éolienne. Le thermomètre indique -36°C, un léger vent souffle à demi-douzaine de nœuds. Je peste contre la petitesse des vises, je grogne envers l’inflexibilité des câbles électriques rigidifiés par le froid. Par quatre fois je dois recommencer le travail à zéro, l’une des connexions ayant lâcher alors que je suis prêt à fermer la boîte. En dernier recours, j’utilise le générateur et la chaleur des gaz d’échappement pour rendre la flexibilité aux câbles et pouvoir travaillé sans gant. Megan plaisante : il semble que je ne supporte pas l’air pur de l’arctique et que je suis obligé de respirer quelques gaz d’échappement pour survivre. Pour ma part, je me serais bien passé de baigner dans les fumées, ma veste pue ! Finalement, au bout d’une bonne heure et demi de combat, je branche la batterie. Victoire, la lumière s’allume.

Carotte de glace
Carotte de glace

Je laisse Josh finir d’installer les snow-pingers et l’enregistreur et aide Megan a extraire un dernier corps. Travailler dans un tel froid n’est guère aisé : tout devient cassant, le moindre geste prends du temps, la saumure gèle instantanément dans le ice corer ou sur la planche de découpe, les batteries perdent leur efficacité. Notre bear guard est des plus utiles avec son immense poche ventrale, où il stocke à tour de rôle thermomètre, caméra, stylo, radio… Pour ma part, peu après 14h20, ma caméra est définitivement gelée, même après avoir essayé de la réchauffé au plus près de mon corps, impossible de la réanimer. Le magnésium de son châssis reste glaciale. Cela faisait quelque temps que je lorgnais sur un châssis un peu plus bas de gamme, afin qu’il soit produit en plastique en lieu et place du métal. Ce field work en signe définitivement le passage à l’acte.

Rien de tel que les gaz d'échappement pour rendre la flexibilité aux câbles électriques
Rien de tel que les gaz d’échappement pour rendre la flexibilité aux câbles électriques

La fin d’après-midi approche, le vent gagne quelques nœuds sans pour autant souffler trop fort. Je sens peu à peu mes pieds refroidir, heureusement que la journée de travail touche à sa fin. Bien que j’adore le café pour son goût, il se pourrait bien que je prenne la décision durant le prochain field work hivernal d’en réduire un peu ma consommation. Je suis sûr que l’élimination partielle d’un vasoconstricteur ne pourrait qu’être bénéfique à la circulation dans les extrémités de mon corps. Le paysage est magnifique, au large nous pouvons admirer une cellule de convection qui s’est formée au-dessus d’une ouverture dans la glace de mer. Ce nuage flottant à quelques dizaines de mètres du sol est caractérisé par une teinte anthracite, car il reflète la couleur sombre de l’océan.

La MBS est complètement montée, dix minutes plus tard un coup de téléphone avec Andy, resté à Fairbanks, nous indique qu’il a accès aux données délivrées sur l’internet, via les communications radio. Notre tâche est presque achevée. Seule l’éolienne nous fait soucis, car même libérée, l’interrupteur sur marche et le vent, elle ne tourne toujours pas et les batteries se déchargent lentement. Alors que Josh contrôle une dernière fois l’installation, Megan et moi installons la bear fence, une clôture électrifiée – du même type que celle des enclos à bestiaux – destinée à tenir les ours polaire à l’écart de notre station.

Peu avant 16h00, nous sommes de retour au Theatre. Le blizzard ne s’est pas encore mis à soufflé. Alors que Megan file au BARQ pour faire fondre les échantillons de glace, et mesurer la salinité sur ceux récoltés hier, et depuis fondus, Josh et moi commençons à ranger la place. 18H00, nous récupérons Megan et filons à notre cabane, où les biologistes nous rejoingnerons plus tard. Toast au saumon en guise d’apéro, suivi d’un curry à la japonaise et gâteau en désert. Un vrai régal pour fêter la fin du field work. Dans les bonnes nouvelles de la soirée, un courriel de Rolf Gradinger nous indique que le proposé CMI a été marqué comme recommandé pour le financement et finalement l’éolienne s’est mis au travail recherchant rapidement les batteries. Josh et moi sommes maintenant en soucis, car le voltage est maintenu à une 15 plutôt qu’à 13. Peut-être que le modèle choisi est trop performant et qu’en raison des conditions venteuses de Barrow, nous produisons trop d’énergie ? A voir, tant que les batteries ne grillent pas, nous sommes contents en l’état : mieux vaut trop que pas assez d’énergie.

Peu après minuit, nous avons définitivement accompli notre field work avec succès. Les salinités sont mesurées, même si elles présentent un comportement inhabituel pour la saison. La MBS fonctionne sans aucun soucis. Nous venons tout juste de terminer les bouteilles de Talisker et Jameson (tout alcool mené dans le septentrion ne doit sous aucun prétexte se rapprocher de l’équateur). La seule ombre au tableau fut l’impossibilité de récupérer un échantillon d’eau pour en mesurer les isotopes. Allez, au lit, demain nous allons à la rencontre du soleil. Dehors, le vent souffle avec force, d’épais nuage cache la lune.

Series Navigation<< Installation de la MBS (suite)Vol pour Fairbanks >>

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *