À travers les Delta Ranges

20 février 2014, 7h30
Fairbanks, 113 Roxie Road
bleu ciel, -20°C

 Avant que Marc se décide de descendre pour Homer, nous avions émis deux possibilités pour la fin de son séjour. En quête d’aventure, un soir nous avions décidé que si le temps se mettait au beau sur North Slope, id est, peu de vent et un anticyclone nous garantissant le beau temps, nous aurions loué un véhicule tout terrain, doté de son équipement hivernal, un téléphone satellite, embarqué des sacs de couchages hivernaux et serons partis jusqu’à Deadhorse. Toutefois, les caprices météorologiques nous ont décidé à choisir la deuxième option: descendre au Sud, jusqu’à Valdez.

Nous avions décidé de partir jeudi matin, en milieu de matinée, alors que l’aube est déjà levé. Toutefois, du travail de dernière minute ne m’autorisera à quitter mon bureau que peu avant midi. Rapide passage par le supermarché pour faire le plein d’essence, acheter un peu de nourriture pour le soir et en cas de problème mécaniques avant de la traditionnelle halte chez Lulu’s pour embarqué un café et deux bagels pour le casse-croûte. 13H00, nous passons devant la base miliaire d’Eielson à North Pole; le temps est un peu nuageux, mais le haut plafond nous permet d’apprécier la silhouette embrumée des montagnes de l’Alaska Range.

Pour la première fois depuis mon arrivée en Alaska, je m’arrête à Big Delta, une bourgade située une demi-douzaine de miles avant Delta Junction. De la construction de la Richardson à Delta, en 1907, jusqu’à l’avènement de l’Alcan – la route reliant l’Alaska au Lower 48 en passant par le canada – en 1947, il n’existait que ce poste doté d’une roadhouse et des facilités d’un gîte étape. Aujourd’hui, les bâtiments qui ont connu leur heur de gloire sont préservés grâce à la création d’un parc récréationnelle historique. Sous la neige, pas âme qui vive, l’éolienne se dresse silencieuse, les cabanes sont recouvertes d’un manteau neigeux. De-ci, de-là, des vestiges du passé encombrent la lisière de la forêt : coffre-fort rouillé à la porte ouverte, ancienne automobile à moitié désagrégée, vieille toilettes, dont l’écriteau lady semble avoir été repeint, …

 [singlepic id=983 h=450 float=center]

A Delta Junction, nous poursuivons sur la Richardson Highway, qui coupe à travers les Delta Range. J’explique à Marc que cette région montagneuse, extension est de l’Alaska Range, est notre terrain de jeu hivernal, où la majorité de mes randonnées ont eu lieu. Avant de les rejoindre, nous devons traversé la morne plaine de Delta, dominé par l’hémisphère du Donelly Dome. Comme à l’accoutumée sur ces 5 miles de ligne droite, les caribous hantent la toundra de part et d’autre de la route. Leur sombre silhouette se détache sur ce paysage évanescent. Arrêté au milieu de la route, nous apprécions la ramure des mâles, excroissance des plus merveilleuses, à l’architecture gothique. Sans un regard, élégant, presque hautain, ils traversent la route à une vingtaine de mètre d’un pas léger.

[singlepic id=981 h=450 float=center]

Arrivé au cœur des Delta Range, au loin le soleil illumine le flanc de Rainbow Mountain. Sur notre gauche, les montagnes se découpent sur le bleu du ciel; tandis qu’à droite les sommets se perdent encore dans la brume. Je m’arrête à Michael Creek pour rendre visite à la petite cabane que je connais. Les buissons ont été taillé autour, le grand sapin a été coupé, mais la petite masure se dresse fidèle à elle-même. L’intérieur est fidèle à lui-même, aussi sobre que l’année dernière, seules une ou deux poêles supplémentaires sont accrochées au mur.

 [singlepic id=979 h=450 float=center]

En direction du sud, nous passons devant la large vallée où s’écoule lentement le Castner Glacier. Je reconnais les sommets d’Item, Institute Peak. Alors que nous virons dans la vallée où s’écoule Phelan Creek avant de se jeter dans la Delta, sur notre gauche des dizaines de ptarmigans se reposent sur les branches sommitales des buissons. Ils apparaissent tels de gros fruits bien mûr, tant leurs plumages est gonflé d’air.

[singlepic id=977 h=450 float=center]

Peu avant 17h00 nous sommes de l’autre côté, Gakona Glacier apparaît sur le rétroviseur de droite. Le temps d’expliquer à Marc qu’ici a lieu l’Arctic Man, cette rencontre annuelle de motoneige qui transforme ce paisible coin de nature en la troisième ville d’Alaska le temps d’une semaine. Entre course, démonstration, adrénaline, bières, … Ici a lieu l’une des courses de descentes réputée comme la plus dure au monde : d’une altitude de départ à 1800 m, le skieur se laisse tomber de 500 mètre sur 2 miles, puis attrape à la volée une corde attaché à la motoneige de son partenaire pour être tracté sur 2.5 miles à une vitesse de plus de 130 (km/h), avant de s’élancer pour une dernière descente de 300 mètre qui le mène à la ligne d’arrivée. Go Fast or Go Home (Va vite ou retourne à la maison), tel est la devise de l’Arctic Man.

[singlepic id=976 h=450 float=center]

De l’autre côté des montagnes, le paysage de l’intérieur est définitivement blanc. Aucun buisson ne dépasse du manteau neigeux. La vaste étendue blanche s’étend à perte de vue. A l’est, je devine les contreforts de l’Amphitheatre Mountains, à moitié cachée derrière les collines de l’autre côté de la surface plane de Summit Lake. Les heures passent, les nuages sont restés dans notre sillage, nous roulons au soleil couchant, le paysage prends des teintes mordorées. Après Paxson, nous rejoignons la forêt, de part et d’autre de la route, quelques élans errent entre les sapins. Dans le sud lointain, les montagnes du Wrangell National Park sont perdues dans les nuages. Impossible de voir les trois silhouettes des géants que sont Mt Drum, Sanfort et Wrangell.

[singlepic id=975 h=450 float=center]

Il est temps de chercher une place pour passer la nuit. Aucun accès de camping ou route de travers n’est déblayé en ce milieu d’hiver et nous avons guère l’envie de nous arrêter sur l’une des ces petites aires d’arrêt juste à côté de la route. Arrivé à Gakona Junction, où nous rejoignons la Glenn Highway (Hwy 1), nous continuons en direction du sud, passons à côté de l’aéroport. Alors que la nuit tombe, nous faisons le plein d’essence au Hub of Alaska, la station d’essence se trouvant à la jonction entre la Richardson Highway qui descend sur Valdez, et la Glen Highway reliant Anchorage à l’Alcan. Rien de bien folichons, nous poursuivons notre route vers le sud. Un peu plus de deux miles plus tard, un panneau indique un point de vue. L’accès au parking est dégagé, nous n’hésitons pas. Une petit chemin s’avance parallèlement à la route principale, séparé de cette dernière par un rideau d’arbre. Il se termine en un large parking circulaire, situé au sommet d’une moraine dominant la plaine. De l’autre côté, se trouve les Wrangell Mountains, toujours englouties par les nuages.

[singlepic id=974 h=450 float=center]

Alors qu’une portion de soupe aux lentilles, selon la recette luxembourgeoise de Sam, est mise à réchauffer dans la casserole, Marc et moi bâtissons un petit feu de camp, entouré de deux Action Packer en guise de siège. La voiture est préparée pour la nuitée, les matelas installés dans le coffre, les sacs de couchage de plume déballés pour qu’ils reprennent de l’ampleur. Sympathique soirée, je m’essaie à prendre quelques photos de nous deux, mais il semblerait qu’il soit bien difficile de capter la constante agitation de l’un des Marcs.

[nggallery id=20131259 template=player  images=0]

Series NavigationArrivée à Valdez >>

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *