Valdez : glacier et vieille ville

Fairbanks, 113 Roxie Road
25 février 2014, 17h15
ciel découvert, -12°C

Ayant oublié d’acheter du pain hier soir, le petit déjeuner est porridge-café. Autant il y a une année en arrière, pareil premier repas quotidien m’aurait arraché une moue, autant aujourd’hui cela ne me dérange plus ; je dois presque avouer que je trouve cela pas mauvais, à condition que ce soit moi qui le prépare avec presque un tiers de fruits frais/secs/confits et de nombreuses pépites de chocolats, un mélange bien supérieur à celui du commerce. En compagnie d’Eric, nous regardons l’équipe masculine de Hockey battre la Tchéquie et remporter son ticket pour les finales.

 Dans le fond nous n’avons que peu à faire des jeux olympiques et il est temps pour nous de partir à la découverte des environs. Eric nous amène au lac terminal de Valdez Glacier sur lequel flottent quelques icebergs, détachés du manteau glacé. Survivant à plusieurs étés, peu à peu le soleil a sculpté des formes arrondies ; déséquilibrés ils se sont renversés, offrant de nouvelles perspectives artistiques. Un petit mile nous amène au bord du lac, où nous les découvrons emprisonnés par les glaces hivernales. Une mince couche de neige croûtée par le vent recouvre la surface gelée du lac, laissant apparaître par endroit la glace bleutée, sur laquelle nous glissons allégrement. Le vent souffle en rafales, emportant les flocons à l’horizontal, les becquets qui nous entourent sont ceinturés à mi-hauteur par les nuages.

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 Au détour d’un des nombreux icebergs, le chef d’œuvre apparaît, comme si une cuillère géante avait emporté un morceau de glace, laissant une cavité ovoïde s’ouvrant vers le ciel et luisant d’une nuance aigue-marine dans le paysage immaculé. Le vent, emportant une pléthore de cristaux de neige, tourbillonne au fond du bol. Eric et KT, son chien, disparaisse à moitié dans les nuées givrées. Bleutée, translucide, la glace présente une surface similaire à celle d’une balle de golfe, constituée d’une multitude de facettes, aux bords arrondis. Nous ne resterons guère longtemps dans cette cavité, rendue quelque peu déplaisante par le froid s’insinuant à travers la fermeture éclaire, s’introduisant dans l’espace laissé entre le col de la veste et l’écharpe, … A l’abri d’un autre iceberg, dont la glace, se teintant d’une nuance ardoise dans les profondeurs, est parsemée d’une myriade de bulles, nous observons une dernière la sculpture solaire.

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 A l’approche de midi, Eric nous propose d’aller se restaurer au Wheelhouse de Valdez, son bar à burger préféré. Sur le chemin, un petit détour nous amène jusqu’à Old Valdez, l’endroit où s’élever la ville avant que le tremblement de terre du Good Friday (27 mars 1964) ne la raie de la carte par l’action conjointe d’un glissement de terrain et du tsunami résultant dans le fjord. Aujourd’hui, seule la fondation en béton de l’ancienne office de poste subsiste, ainsi que les pieux verticaux du quai de maritime. Le tracé rectiligne de l’ancienne rue principale se distingue, bordé d’un côté par des arbres dénués de toutes feuilles et de l’autre par une série de poteau électrique. La marée est haute, à côté d’une barge échouée, seules les pointes de quelques pilotis émergent des flots. Une nuée d’oiseau s’envole alors que je m’approche de la berge.

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 De retour en ville, nous voici rapidement assis sur l’un fauteuil rembourré du Steep & Deep Bar and Wheelhouse Grill, le nom complet du bar/restaurant. Dominant le small boat harbour, j’adore la vue depuis la baie vitrée sur les bateaux amarrés . Je n’ose pas imaginer sa splendeur quand par beau temps, le panorama s’étend jusqu’aux montagnes environnantes. L’intérieur lui-même est des plus cosy, chaleureux. Aux murs sont suspendus souvenirs sportifs, objets maritime ou encore articles de journaux liés à l’histoire de la ville. Je me sens comme à la maison, je pourrais y rester des heures. Il me semble avoir trouvé l’endroit idéal pour rédiger ma thèse d’ici quelques années. Par ailleurs, tant les bières, issues des brasseries locales, que les burgers sont excellents. La discussion va bon train, bondissant de l’histoire de Valdez aux occupations estivales. Eric n’en revient pas lorsque je lui raconte avoir travaillé avec des plans datant des années 1890-1900, antérieurs à la création de Valdez, lorsque, étudiant, je travaillais comme aide géomètre et que nous réexaminons le périmètre forestier sur les communes alpestres. Nous évoquons la pêche au saumon, que ce soit celle de Chitina ou celle à la mouche. Discutant de voile, j’apprends que l’un de ses amis possèdent un petit voilier dans le port et que peut être cet été il y aurait moyen d’en profiter. Il ne fait aucun doute que lors de mon prochain passage par Valdez, nous nous retrouverons.

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Avec Marc, nous errons un peu dans les rues de Valdez, à la découverte de quelques maison à la décoration particulière, avant de rejoindre à nouveau le musée pour en finir la visite. Si l’origine de Valdez coïncide avec la découverte de l’or, son histoire moderne est liée au pétrole. Occupant le fjord le plus au nord exempt de glace en hiver, Valdez est l’endroit parfait pour y construire le terminal du pipeline transalaska. Bon gré, mal gré, l’or noir a apporté son lot de richesse, tout comme ses malheurs. Qui ne se souvient pas de la catastrophe de l’Exxon Valdez, le 24 mars 1989, lorsque le pétrolier heurta le récif de Bligh Reef peu après minuit, laissant s’échapper 260’000 tonnes de pétrole dans les jours qui suivirent. Si l’un des plus grand désastre écologique conduisit à la création de nouvelle norme pour les navires pétrolier, de nos jours certaines populations piscicole et avicole ne sont pas toujours remises de la catastrophe. Pour la petite histoire, l’Exxon Valdez, aujourd’hui naviguant sous le nom d’Oriental Nicety, est toujours en service, mais est à jamais banni des eaux alaskiennes.

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Alors que le soir tombe, nous retournons sur les lieux d’Old Valdez. A marée basse, le reflux des flots laissent à découvert quantité d’artéfacts: élévateur électrique à moitié embourbé, rangées de pilotis, … tuyaux, rails et autre objets en métal rouillés jonchent l’estran. Recouvert d’une fine couche de neige fraichement tombée, laissant à découvert les rivets, la surface arrondie d’une chaudière est des plus photogénique sous ce ciel plombé. Ainsi s’achève cette première visite à Valdez, couronnée par un plat de sauce carbonnara pour souper.

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