Premier camping hivernal

3 mars 2014, 11h40
Fairbanks, UAF

-16°C, claire

Comme l’année dernière, le semestre d’hiver est l’occasion pour certains étudiants, ainsi que quelques fairbanksiens, de suivre un cour d’introduction au ski de haute montagne. J’avais suivi ce cours l’année dernière, enseigné les notions élémentaires pour retrouver une victime ensevelie et ce weekend, avec Grant et Wayne, nous menons ces mêmes étudiants pour ce qui est, pour la plupart d’entre eux, leur première nuit de camping hivernal, ainsi que développer leur habilité à prussicker une corde dans le froid, ou installer une poulie en Z pour ressortir quelqu’un d’une crevasse. Je conserve d’excellente souvenir de cette petite expédition. La météo s’annonce clémente, avec un ciel dégagé, peu de vent et des températures devant osciller entre 20°F (-6°C, la journée) et 5°F (-15°C, la nuit). Jeudi soir après le cours, les étudiants tentèrent tant bien que mal de s’organiser en cordée afin de réunir le matériel nécessaire (tente, réchaud, …). Malgré une fin un peu chaotique, nous possèderons finalement la liste des inscrits, ainsi que la composition des différentes équipes et les moyens de locomotions.

Samedi matin, lever à 6h00, rendez-vous à 7h00 sur le campus, devant le SRC. Une petite demi-heure plus tard, tout le monde est présent et nous nous mettons en route pour les Delta Range.  Sous un soleil radieux, nous descendons la Richardson Highway; les miles défilent; les hauts-parleurs résonnent du son des Doors, ZZ Top, la bande originale de Flashdance; les discussions avec Louise, ma copilote, se suivent et ne se ressemblent pas. 9h00, nous arrivons à Delta Junction pour la traditionnelle halte à l’IGA afin de rassembler les étudiants avant de s’élancer pour la dernière ligne droite. Il est temps de vider sa vessie, acheter un morceau de saucisson pour le soir, (re)faire connaissance avec les étudiants, mémoriser tant bien que mal leur nom. Une petite heure plus tard, nous passons le pont enjambant Castner Creek, 100 mètres plus loin sur la droite se trouve le parking. Une petite heure est nécessaire pour que les gens aient finis de préparer leur sac à dos. L’équipe des scandinaves n’a finalement pas besoin de mon réchaud, que je laisse dans la voiture, mais j’emporte toutefois la bouteille de fioul avec moi. Une grande discussion sur l’utilisation des peaux de phoques ou de kick-wax pour parcourir le plat premier mile et demi jusqu’au terminal du glacier. Mon expérience me poussent à préférer les peaux de phoque, alors que Wayne considère que la kickwax est tout aussi performante.

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Wayne, tractant la luge où se trouve les piquets métalliques, les cordes et autres matériels nécessaire au cours, s’élance en premier, suivi peu à peu des étudiants dont la ribambelle s’étire sur un bon mile. Je m’élance en dernier, afin de fermer la marche et m’assurer que pas un ne manquera à l’appel à l’arrivée et assurer un minimum de service techniques. Régler correctement les fixations, expliquer comment tendre les peaux de phoques – après avoir gratter la kick wax -, donner quelques trucs et astuces sur la façon de randonner. Au fur et à mesure de la montée, mes compagnons de routes ne cessent de changer, au gré de leur difficulté, arrêt, forme physique, ou habilité à skier. Si l’année dernière un épais manteau neigeux recouvraient la vallée, aujourd’hui le lit de la rivière révèle toute ses proéminences, les rochers affleurent, le sable emporté par le vent laisse une trainée grisâtre sur la neige, menant jusqu’à un banc de limon. Au loin, sur les moraines, saules et autres arbrisseaux sont visibles par centaines. De part et d’autre, les flancs de la vallée laisse apparaitre les flancs rocheux. L’hiver passé, je m’étais promis de revenir durant l’été pour voir Castner Glacier, dans sa livrée verte. Aujourd’hui je ne peux qu’imaginer sa livrée verte estivale au vue des nombreux saules qui recouvrent les moraines et la surface rocheuse du glacier.

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Petit à petit nous avançons dans les moraines collinéennes; arrivé au sommet d’une bosse nous apercevons le camp, encore éloigné d’un petit mile, qui disparait aussitôt lorsque nous redescendons dans la dépression suivante. L’un après l’autre, nous gravissons les crêtes bosselées pour finalement arrivé au camp. Une dizaine de tentes multicolores s’élèvent à l’abri des murs de neige; j’ai presque l’impression de me trouver sur le camp de base du Denali tant l’endroit est peuplé.

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Dans le soleil de l’après-midi, je sonde la neige : environ 70 centimètres, 80 dans les endroits les plus profonds. Mon idée était de m’enneiger dans un abri creusé pour la nuit, je revois les plans architecturaux de ma demeure : il s’agirait plutôt d’une tranchée recouverte d’un toit construit à la manière d’un igloo. Les conditions de neige ne sont guère idéales. Si les 20 premiers centimètres sont formés par une compact couche de neige, parfait pour tailler des blocs, dessous se trouvent deux fines couches de glaces (3-4 mm), héritages des deux évènements de pluies givrantes, séparés par une demi-dizaine de centimètre de gros cristaux compactés et soudés par l’humidité. Enfin la sous-couche, épaisse d’une quarantaine de centimètre est composé de depth hoar, ces gros gristaux de fond, qui forment un parfait rouleau à billes pour les avalanches. Une bonne heure et demie plus tard, je pose la dernier brique sur mon toit. Le temps de déployer mon sac de couchage sur une couverture réfléchissante et mon matelas de sol, et voilà que mon abris fait déjà des envieux.

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Enfin d’après-midi, Grant et Wayne installent les cordes pour l’exercice de Prussick, je m’assure que tout le monde est bien installé avant de les rejoindres prêt de la falaise de glace. Elle s’élève au même emplacement que l’année dernière, mais par contre l’été passé n’a guère été clémente avec elle: son faîte a perdu quelques mètres, la lèvre s’est effondrée. Augmentant l’aspect dramatique, l’espace plat où nous avions monté le camp dans le passé, n’est qu’un champ de bosse : l’absence de neige ne comblant aucunement les méandres de la goulotte et autres dépressions. Peter Illig, l’un des instructeurs du week-end dernier, et aussi étudiant en géologie, nous survole dans son avion jaune poussin, avant de poursuivre sa route en direction de Blackrapides Glacier

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Le soleil se couche déjà derrière les montagnes de l’Alaska Range. La neige se pare de ce bleu crépusculaire. De retour au camp, je trouve Jim, un professeur d’Anglais, ayant enseigné deux ans à Genève, en train de faire fondre de la neige. Il l’heure de l’apéro : une bouteille de blanc, le sauciflard acheté à Delta Junction. La vie est belle. Au menu du soir, Louise, Jim et moi nous nous partageons le curry de bœuf et couscous que j’ai cuisiné deux jours avant. Un vrai régal, dont ils n’ont guère l’habitude, car il préfère transporté de la nourriture déshydratée et congelée. Il est vrai que sur un long périple j’en vois l’utilité, mais pour le premier soir, éloigné de quelques miles, je préfère un bon plat réchauffé. Le tout fut arrosé de quelques bières, que j’avais empaqueté hier soir, me souvenant qu’il ne fallait les transportés que sur quelques miles.

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Nombreux sont les étudiants qui au vu des conditions presque printanières de cette journée, ne s’attendaient pas à ce que les températures chutent si rapidement en soirée. Une fois le soleil disparu derrière la crête, une dizaine de degré celsius sont perdus en l’espace d’une demi-heure. La plus grosse surprise est sans doute lorsque je vois six d’entre eux sortir un jetboil, réchaud à propane, de leur sac pour préparer le repas du soir et faire fondre la neige. S’il y a bien un détail mis en évidence durant la classe sur le camping hivernal est que ce type de réchaud ne fonctionne pas. Dû à la chute de température généré par la dépressurisation du gaz à l’intérieur, le gaz est liquéfié et le réchaud arrête de fonctionner. Aucun fil de cuivre pour créer un Denali Bomb 1, la bonbonne est mise à tremper dans un bain d’eau chaude pour tenté de maintenir le gaz dans son état gazeux. Le débit est toutefois faible, et faire chauffer de l’eau prends du temps, beaucoup de temps. En désespoir de cause, Jim, Wayne, Grant et moi finissons par utiliser nos réchauds pour faire fondre un peu plus de neige et leur fournir de quoi s’hydrater un minimum. Je fus bien content d’avoir emporté cette bouteille de fioul supplémentaire, car au lieu de fondre de la neige pour huit, nous chauffons de l’eau pour une quatorzaine de personnes. Un rapide tour dans le camp, m’apprends que ce ne furent pas les seules. Même l’équipe des scandinaves, qui n’avaient finalement pas emportés mon réchaud, galèrent avec un autre modèle de bruleur à propane, mais réussirent toutefois à préparer leur repas.

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La soirée s’écoulent doucement. Peu à peu les derniers lueurs du jour disparaissent laissant les premiers astres apparaitre: mars la rouge, puis l’étoile du berger. Peu à peu la voute s’étoile. Par cette nuit sans lune, les étoiles sont myriades. A passé huit heures, tout le monde a rejoint leur tente, disparu dans leur sac de couchage. Grant, Wayne, Signe et moi restons assis sur l’un des matelas de sol, finissons de faire fondre un peu de neige pour remplir nos gourdes d’eau chaude pour la nuit et surtout apprécions l’atmosphère cristalline au dessus de nous. Bien avant minuit, je regagnerais mon trou, après avoir fermer l’entrée avec mon sac à dos et ma veste suspendue, je me glisse dans mon sac de couchage.

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Notes:
1. le fil de cuivre est enroulé autour de la bonbonne et l’une des extrémités est mise en contact avec la flamme, afin de créer un mini radiateur pour réchauffer le container.

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