Augustana Glacier

20 mars 2014, 20h00 Lodge at Black RapidsCiel degagé, vent nul

Les semaines passent, aussi chargées les unes que les autres. Les weekends passés, aussi occupés les uns que les autres. Bref, je n’ai peu le temps de prendre la plume pour rédiger l’un ou l’autre article de ce blog. De mémoire, il me reste à conter l’histoire d’un weekend à Mary Shield’s Cabin avec Anita, la tentative d’ascension d’Item Peak, la visite au concours de sculpture de glace, un cours d’avalanche le weekend dernier. Bref, une petite demi-douzaine d’histoires en suspension. Pour commencer, voici la fin d’Augustana Traverse.

La nuit est fraiche. Hier soir, déjà nous avions senti le mercure descendre dans les négatifs sur l’échelle Fahrenheit. Emmitouflé dans mon sac de couchage, je regarde la ciel étoilé à travers la porte de la tente restée ouverte, pour éviter toute condensation à l’intérieur. Aucun nuage, aucune aurore boréale, seule la lueur de la lune à moitié pleine illumine la neige d’une couleur blafarde. Au petit matin du givre  s’est formé sur la minuscule ouverture dans mon sac de couchage me permettant de respirer. Dehors, une légère couronne orangée ceint les sommets. Jon et moi mettons à fondre de la neige. Dehors, étendu sur nos tapis de sol, à nouveau blottis dans nos sacs de plume, à l’abri du froid mordant admirons le lever du soleil. Peu à peu la limite ombre/soleil s’approche du camp. Et soudain, le paradis lorsque les rayons, gorgés de chaleurs, dardent nos visages et dégelent nos barbes. Porridges pour le petit déjeuner.

[singlepic id=1110 h=450 float=center]

Pendant qu’Eva et Andrew prépare leur affaires et apprécient le soleil, Jon et  moi ne résistons pas à l’attrait de la pente recouverte d’une voluptueuse poudreuse que nous avons gravi la veille. Cinq minutes de bonheur, quelques dizaines de courbes  dans la lumière rasante de la matinée, laissant derrière nous un nuage de fines suspensions cristallines dans l’air. Si la descente est courte, j’en garde un souvenir inoubliable. Jon qui m’affirmait la veille n’effectuer que rarement des virages le talon libre, me laisse admirer son style télémark coulé, esthétique. Arrivé au fond du bol, appartenant encore à l’empire de l’ombre, nous attaquons la montée, suivant la trace cholée hier dans le goulet. De retour au camp, un petit quart d’heure est nécessaire pour démonter la tente et empaqueter nos affaires. Il est temps de se mettre en route, deux cols, une descente sur un glacier et un long plat nous sépare de la voiture.

[singlepic id=1113 h=450 float=center]

Le ciel est bleu, à peine strié de quelques nuages. Le vent qui soufflait hier du Nord, à tourner plein Sud. Le mercure affiche quelques degrés en moins que les prévisions de vendredi après-midi. La brise souffle dans la combe, forcit à mesure que nous prenons de la hauteur. Derrière nous, le panorama est splendide, sur les montagnes des Delta Range. Longeons les pieds d’Halcyon Peak, nous progressons à flanc de montagne en direction du premier col, surmonté d’une corniche. Avançant sur une neige, parfois croutée qui casse sous notre poids, parfois glacée, sur laquelle seule nos carres ont prise. Finalement, n aval d’une petite bande rocheuse, nous déchaussons nos skis. La suite de l’ascension se fera les crampons au pied, le piolet à la main et les skis sur le dos. Je trace verticalement, laissant l’emprunte d’un véritable escalier. Derrière moi, Jon me suit, en tête de cordée avec les deux novices, Eva et Andrew dans son sillage. Une dizaine de minutes me seront nécessaire pour hisser les 45 livres de mon sac à dos et moi-même jusqu’au col. Une fois Jon m’ayant rejoins sur le replat, nous laissons glisser nos deux piolets le long de la corde jusqu’à Eva et Andrew, pour faciliter leur ascension.

[singlepic id=1118 h=450 float=center]

Le col est balayé par un vent glaciale, transperçant. Rapidement, nous nous laissons glisser dans le fond de la vallée nous séparant du deuxième col, au pied de Peak 6686, nommé ainsi en raison de son élévation. Le ciel est maintenant à moitié voilé; les nuages sont poussés par le vent du sud, s’accrochant au sommet de Bivouac Peak. La neige est froide, trop froide pour glisser efficacement. Balayée par les vents, sa surface est recouverte de sastrugis et de longue barcanes. Sur la crête reliant Halcyon Peak à Peak 6686, les protubérances rocheuses sont recouvertes d’une épaisse couche de givre les faisant ressembler à des meringues glacées. La progression est lente sur cette neige dure; peu à peu, nous nous élevons, avançons en direction du col. Les deux-tiers de la montée s’effectue en équilibre sur nos carres. A l’approche du col, la surface dure est recouverte d’épais sastrugis qui glissent sous notre poids. Nous devons terminer l’ascension les skis sur le dos. La progression est lente, difficile, à chaque pas, je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse dans cette neige compacte, mais prompte à céder sous la contrainte locale de mes bottes. A quelques dizaines de mètre du col, alors que la pente s’élève plus raide, je retrouve la surface nue de la neige, dans laquelle il est plus aisé de marcher.

[singlepic id=1120 h=450 float=center]

Enfin, nous voilà sur le deuxième col, des plus venteux. La vue est exceptionnel sur l‘Alaska Range, avec  Augustana Glacier au premier plan, dominé au sud par le massif Bivouac Peak. Dans le lointain, le sommet sud du Hayes et la crête du Little Anapurna avec sa forme en “S” si caractéristique. Le temps de ranger nos peaux de phoques dans nos sacs à dos, de prendre quelques photographies, d’admirer une dernière fois le paysage et il est temps de s’élancer. Une centaine de mètres de dénivelée pour rejoindre la surface plane du glacier, balayée par le vent. Une demi-douzaine de virages, puis une longue traversée sur cette slug, terme utilisée pour qualifié une neige froide et recouverte d’une croute limitant grandement la glisse. En tête, je trace la route, laissant deux longues lignes parallèles. La pente s’accroit, laissant une crevasse sur notre droite, nous traçons quelques courbes allongées. Le paysage est magnifique: les volutes de neige, emporté au dessus de la crête dentelée menant à Bivouac Peak étincellent au soleil, les nuages dessinent des ombres chinoises et une légère brume nimbe les sommets. Difficile de saisir pareil contre-jour avec un appareil photographique.

[singlepic id=1122 h=450 float=center]

Rare sont les jours où je peux avouer avoir eu froid. Mais aujourd’hui sous l’action combinée de l’ombre et du vent, la morsure glaciale du froid me pousse à mettre mes mitaines, enfiler une deuxième fourrure polaire, à cabuchonner ma tête et à remonter mon col. Au terminal du glacier, quelques grottes s’ouvrent dans ses flancs, dévoilant une rivière souterraine. Signe d’un glacier en passe de trépasser, elles me subjuguent. Mais transis par le froid, fatigué par le vent ininterrompu, je ne sortirais l’appareil photo qu’à une seule occasion.

[singlepic id=1125 h=450 float=center]

Devant moi s’élance la longue vallée dans laquelle s’écoule Augustana Creek. Elle disparaît au détour d’un coude, mais je peux l’imaginer continuer au pied de la montagne dont la crête s’avance dans le lointain. L’après-midi est déjà bien avancé lorsque nous entamons les six derniers miles. Dimanche dernier, Jon avait littéralement volé sur la neige tempérée. Il faisait alors -5°C. Aujourd’hui, les -25°C la rendent aussi glissante que de la glace recouverte de gravillon. Un pas après l’autre, nous avançons mécaniquement. En tête, je m’arrête régulièrement, mile après mile. Mes compagnons, fatigués, demeurent derrière, caché par l’une des protubérance. Nous avançons lentement et il est temps de prendre une décision. Soit nous montons le camp maintenant alors qu’il ne fait pas encore nuit et rentrons demain matin à Fairbanks, soit nous continuons coute que coute malgré la fatigue et arrivons à la voiture d’ici quelques heures.

[singlepic id=1126 h=450 float=center]

La deuxième option est retenue. Jon, qui me semblait si fringuant la veille, m’avoue être un peu fatigué. Pourtant il prends le relai en tête pour le prochain mile. Peu à peu la neige se fait plus rare à la surface de la glace, et la progression devient un peu plus rapide. Encore deux petits kilomètres avant de recouper notre trace de la veille. Alors que le soleil a disparu depuis longtemps, que même la pointe se Silvertip est dans l’ombre, nous nous accordons une pause pour se gorger de nos dernières réserves d’eau, grignoter chocolats et autres sucreries. Je reprends la tête, glisse entre cailloux, trous à la surface de la rivière gelée et banc de sable.

Enfin je recoupe la trace, un dernier mile nous sépare de la voiture. A la lumière de la lampe frontale nous avançons le long de la lisière. Le vent a changé le paysage, a soufflé au loin la neige qui s’était accumulée ces derniers jours. Seul par endroit, je distingue encore la trace de la neige compactée par nos skis. Arrivé au bord de Delta Rivier, il ne reste plus qu’à remonter un peu le long de la rive gauche, puis à taverser pour rejoindre l’embouchure de Michael Creek. Le souvenir de la fin est confuse entre glace vive, banc de gravier. Nous porterons nos skis sur l’autre rive pour rejoindre la voiture. Une longue route nous attends jusqu’à Fairbanks. Andrew et moi se relayons au volant sur la longue route qui nous ramène à Fairbanks.

Il est 1h00 du matin lorsque, après avoir ramené Jon, Eva et Andrew chez eux je rejoins mes pénates. Éreinté mais heureux, à peine la porte ouverte, je découvre une assiette m’attendant sur la table et une tortilla dans la poêle. J’adore Florian, mon nouveau roomate.

[nggallery id=20131270 template=player  images=0]

 

Series Navigation<< Halcyon PeakBackcountry Babes >>

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *