Milwaukee

This entry is part 2 of 7 in the series Interpore 2014


1er juin 2014, 1836 (GMT-5)
Nuageux
Vol MSP-FAI, Survol du Canada

Je l’avais promis, le voici. J’avais espéré pouvoir commencer à rédiger et poster mes histoires un peu plus rapidement. Mais à peine rentrer à Fairbanks qu’il m’a fallut m’occuper de mon jardin. L’été est déjà là, les journées sont longues, la plupart des potagers sont déjà plantés, et il faudrait m’activer pour pouvoir récolter avant les prochains frimas. Et rien n’est prêt, lundi et mardi ont été dévolus à amener de la terre, la mélanger au composte afin de remplir les trois lits supplémentaires, portant à cinq le nombre d’espace à cultiver. Ce soir Five Colors Swiss Chard, colards, radis, céleris, tomates, poivrons, salades, basilics, thym et autres plantes aromatiques ont été planté. Il ne reste plus qu’à semer carottes, courgettes et pomme de terre afin que mon jardin soit digne de ce nom.

4 petites heures et demie de vol et me voilà déjà arrivé à Minneapolis. Avant le décollage, j’étais déterminé à récupérer quelques heures de sommeil. Rapidement, j’ai laissé de côté cette bonne résolution lorsque j’ai découvert que je pouvais regarder « Lego – the movie » [footnote] Il est sans doute trop tard pour le voir au cinéma, mais je ne peux que vous conseiller d’admirer ce film qui saura vous faire retomber dans votre enfance. [/footnote]. La longue sieste s’est transformée en un petit ro upillon de deux heures, et soudain les gratte-ciels du centre-ville de Minneapolis surgisse à travers le hublot. L’avion s’enroule autour des tours, dressées fièrement au milieu de cette étendue où scintille de milles feux les nombreux lacs. Deux heures d’escales sont suffisantes pour apprécier un café (Caribou), accompagné d’un muffin au chocolat et d’un scône au beurre en guise de petit déjeuner et de faire un petit tour dans cet aéroport, qui remporte la palme de mon plus grand nombre de visites, si j’ignore Fairbanks et Barrow.

Minneapolis
Minneapolis

45 minutes de vol plus tard, nous approchons de Milwaukee. Survolant la côte bordant Michigan Lake, j’aperçois la silhouette blanche et triangulaire d’un bâtiment. Avec cet élancement immaculé qui scinde la structure en deux, il ressemble à un signe, ou même à un bateau aux voiles déployées. Ravivant un souvenir, le doute n’est pas permis. Pareil élégance ne peut être que le fruit de Santiago Calatrava, un de mes architectes préférés. Adolescent je m’étais intéressé à l’architecture ; j’avais même hésité ent re cette faculté ou les sciences des matériaux. Le nombre d’étudiants en première année (plus de 200) m’en avait tout simplement dissuadé, alors que l’institut des matériaux se targuaient d’un peu plus de 150 étudiants sur les cinq ans du cursus. Parmi mes architectes préférés (Gaudi, Horta, Franz Lloyd Wright), Calatrava occupe une position de choix. Sa formation d’architecte et d’ingénieur lui permet de concevoir des structures extraordinaires qui tiennent la route (non pas comme le catasrophique cabinet d’architecture japonais SANAA qui a dessiné le Rolex Learning Center et plus ou moins laissé les ingénieurs se débrouiller avec le design). Trêve de digression, revenons à nos moutons (qui fleurissent à la surface de l’étendue aqueuse quelques centaines de mètres en contrebas). Atterrissage sans soucis, récupérer les bagages se passa un peu plus dans la cacophonie, les bagages de 3 avions se retrouvant sur le même tapis roulant.

Mon gîte pour quelques nuits
Mon gîte pour quelques nuits

La ligne verte m’emporte de l’aéroport situé au sud de Milwaukee presque jusqu’à l’université, située quelques miles au nord du centre. Chemin roulant, je découvre peu à peu la cité, dont la majorité des bâtiments, à l’instar des autres villes américaines, construits en brique, ne dépasse guère les 2 à 3 étages. Chaque rue transversale possédant son arrêt, par moment le bus effectue des stops en séries, éloignés d’à peine 100 mètres les uns des autres. Encore cinq cents mètres de marche et je rejoindrais le numéro 2534A, sis à Prospect Avenue. Lors de mon dernier voyage dans les Lower 48, si le Six South Hotel était aussi confortable que somptueux, j’avais quand même trouvé l’endroit un peu morne et triste. Heureusement que Jessica [footnote]je vous la présenterai dans un des futurs billets récapitulant la réunion à Hanover [/footnote] était là pour partager les petits déjeuners et égayer le matin.A mon retour, j’étais convaincu qu’au lieu de descendre dans un hôtel pour ma prochaine conférence, je tenterais d’abord l’option du couchsurfing, ou éventuellement d’une auberge de jeunesse. C’est ainsi que je fais la connaissance de Shane, mon hôte pour les trois prochaines nuits, de son colocataire Myles et de Bo, son chat, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Chatmael, tant par sa coloration et que son épaisse fourrure.

Au long de Water Street
Au long de Water Street

Le tour du propriétaire me dévoile un agencement tout en longueur allant avec le salon donnant sur la rue verdoyante et la cuisine à l’opposé, avec sa porte de fonction donnant la ruelle de service. Reliant l’un à l’autre, le couloir est bordé d’un côté par deux alcôves et distribués sur trois chambres et la salle de bain. J’apprécie le vieux plancher aux claires lames vernies, contrastant avec le bois sombre des encadrements des portes. J’ai l’impression d’être à l’intérieur de l’une de ces maisons citadine des séries américaines. Alors que Shane part au travail, je me dirige vers le supermarché du quartier, un Whole Food, dont la sélection est principalement issue du marché locale, organique ou équitable. Vous l’aurez deviné, mon premier arrêt est pour l’étale fromagère. Les présentoirs, disposés en ovale dont la circonférence s’inscrit dans un rectangle de 3 par 5 mètres, sont garnis de fromages : pâte dur, bleu, chèvres, vaches, brebis… Je tombe presque en pâmoison, devant tant de délicatesse. A côté des productions européennes – dont du raclette Valdor à 15.99/livre –, les locaux constituent la grande majorité. Le choix est difficile et me prend presque une demi-heure, lissant une à une les étiquettes arborant le label Wisconsin. Je finis par sélectionner un bleu (Roth Käse, Moody Blue), un cheddar (cranberry-chipotle Cheddar), un gouda (Roth Käse, Vintage VanGogh) et un chèvre (Vermont Creamery, bonne bouche). J’ai opté pour ce dernier malgré son origine, car il présentait la surface ridée et surtout la souplesse au touché d’un Saint-Marcellin bien fait. Mis à part ça, j’achète un pain aux graines à la croûte dorée d’un brun foncé, un paquet de saucisses fumées locales, et quelques pommes (pour la santé). La tradition du souper pain-fromage-saucisse est à nouveau d’actualité. J’allais presque oublier que j’ai aussi profité pour récupérer 8 bières locales en guise de petite sélection.

Fromages...
Fromages…

Après un rapide passage par la maison pour y déposer mes commissions, il est temps de s’élancer à la découverte de Milwaukee, seulement quatre petites heures sont à ma disposition avant que la cité ne soit recouverte de son voile nocturne.Sur les conseils de Myles, je rejoins Milwaukee River. En chemin j’admire les arbres encore en fleur. Après deux printemps à Fairbanks, j’avais presque oublié qu’ils pouvaient se parer d’une robe aux couleurs éclatantes. J’hume la senteur entêtante et fortes des pollens qui se dégagent de milliers de fleurs. Les eaux brunes et calmes de Milwaukee River occupent la moitié d’un canyon verdoyant ; à l’intérieur de la courbe, séparée par une rangée d’arbres, une prairie est parsemée de petites roselières. Peu à peu la ville s’approprie les droits de la nature, la rivière est canalisée, bordée par de larges quais, surplombé par d’anciens entrepôts reconvertis en logements. Sur la rive gauche, un ruban arborisé résiste encore, s’étendant sur quelques encablures avant d’être remplacé par un mélange de briques, bitumes et ciments. Je laisse sur ma droite Lakefront Brewery, l’une des nombreuses micro-brasserie dont la production a encore lieu en ville. Peu à peu l’un après l’autre, je découvre les nombreux ponts qui traverse la rivière, reliant les deux rives à chaque rue transversale. Le plus impressionnant est que tous sont mobiles pour laisser passer une barge : pont-levis, pont-tournant, pont-rotatif, et tous sont en états de marches.

Downtown Milwaukee en canoe
Downtown Milwaukee en canoe



5 juin 2014, 23h00 (GMT-8)
Nuage et moustique
113 Roxie Road, Fairbanks

 

Alors que j’attendais que le tapis roulant délivre mon bagage, en bon touriste, j’ai regardé le présentoir sur lequel s’amoncelle des prospectus et autres publicités. Intriqué par celui illustré par une Harley Davidson, j’apprends que Milwaukee est sa cité natale. De l’autre côté du canal, à la lisière de l’ancienne zone industrielle, s’élève un bâtiment aux lignes épurées ornés dont l’un des murs est orné de la marque. Une superstructure en poutrelles métalliques, dans laquelle vient s’enchâsser un cube anthracite dont les quatre faces sont ornées du logo, domine la cour intérieure séparant le musée du restaurant. Au milieu, les chromes de plusieurs motos, alignées en rond d’oignon, étincellent. L’endroit est baigné par le son brute de décoffrage d’un de ces vieux groupes de rocks.

Harley Davidson Museum
Harley Davidson Museum

Trois portes à double battant, quatre fois plus haute que large, donnent sur le saint des saints. Au fond de l’immense et sombre vestibule servant de guichet trône une reconstruction du célèbre chopper d’Esay Rider, dont les chromes brillent de milles feux et illuminent la pièce. L’histoire commence à Milwaukee, qui tout au long du XIX ème siècle, n’a cessé de grandir, de s’industrialiser ; la ville compte plus un si grand nombre d’atelier, d’usine, d’industrie qu’elle est surnommée Machine Hop of the World (L’atelier du monde).Travaillant dans une de ateliers mécaniques, inspiré par l’esprit inventeur de la cité, à l’aube du XXe siècle, les amis d’enfance Bill Bill Harley et Arthur Davidson rêve de construire une bicyclette à moteur. Rapidement, ils décident d’expérimenter avec les moteurs à essence. En 1903, dans une grange de 10 par 15 pieds, la Harley Davidson, dont certaines pièces du châssis sont marquées du n°1, est assemblée et reconnue comme le premier engin assemblés par les frères, alors âgés de 22 ans. En 1904 le garage double de taille, et la Harley Davidson Motor Compagny est fondée. En 1914, 1570 employés produisent 20’000 motos dans l’année. Réputée pour ses qualités tant économique, performance et fiabilité, elle survit au crash des années ’30 en revisitant le design. En pleine guerre mondiale, elle se joint à l’effort américain en innovant des modèles destinés à l’armée. Pour le désert, un nouveau moteur est dessiné, avec deux cylindres opposés pour améliorer le refroidissement. Moteurs après moteurs, les innovations se succèdent, mais tous arborent le célèbre V à 45°, qui donne la sonorité si particulière aux Harley-Davidson. Le réservoir à essence en forme de goutte d’eau reste un symbole de la marque, tout comme la lampe arrière et le support de plaque en forme de pierre tombale. Année après année, les couleurs changent, les designs évoluent, le logo se transforme. En 1969, la compagnie fusionne avec American Machine and Foundry (AMF), une compagnie manufacturière qui veut s’étendre au domaine récréationnel. Mais le marché des motos a du plomb dans l’aile et le mariage perdure à peine une douzaine d’année. Le 1er juin 1981, Harley-Davidson redeviens indépendant au son de « The Eagle Soars Alone ». Il s’ensuit encore quelques années difficiles, durant lesquelles la dédiction du personnel et les aides de l’état aide la compagnie à survivre. Mais quand l’économie rebondit au milieu des années ’80, Harley-Davidson est prêt à prendre son essor. Ainsi naquit la légende des Harely-Davidson.

Variations
Variations

Le musée en lui-même est des plus fantastiques, il nous plonge dans l’histoire des Harley-Davidson de la n°1 construite dans le garage, jusqu’à l’atelier de design de l’année 2013 qui a vu une refonte complète de leur gamme. Des dizaines de moto sont présentées, des origines jusqu’aux dernières nées de 2014. Des monocylindres jusqu’au custom possédant deux moteurs couplé longitudinalement, en passant par les side-cars. L’une des pièces est dédiée au moteur, expliquant son fonctionnement, la provenance du murmure d’une Harley, et présente sur l’un des murs tous les moteurs qu’ils ont inventé. Une autre paroi est ornée d’une centaine de réservoir à essence aux graphismes différents. J’ai un petit faible pour les modèles noirs mates, ou ornés de quelques flammes. A l’étage inférieur, une salle est consacrée aux rebelles, telles Marlon Brando dans l’envolée sauvage, ou Terminator. Il ne faudrait pas non plus oublier les Hells Angels, Evel Knieviel qui sauta au-dessus de 13 bus londoniens en 1975, ou encore les divers modèles customs entre dragster à double moteurs ou ornées de milliers de perles de verre. J’arrête ici la description du musée, et vous laisse vous régaler avec les photographies de cette galerie spéciale.

Quittant le musée, j’erre dans le Third Ward, l’ancien quartier industriel. Entre terrain vague en attente de réhabilitation, immeubles de briques, anciennes fabriques reconvertis en hôtel de luxe ou restaurant branché. J’ai parfois l’impression que la cité renaît peu à peu de ses cendres. Chemin faisant, je découvre l’imposant Hôtel de ville, la Cathédrale Saint-John, construite en briques jaunes et d’autres batîments à fiere allure. Je passerais à côté du célèbre bronze Fonz, représentant Arthur Fonzarelli le caractérie d’une série célèbre aux USA.Il est déjà bientôt 19h00, et à l’inverse de l’Alaska, la nuit pointe déjà son nez. La brasserie où je voulais m’arrêter est déjà fermée en l’honneur du Memorial Day. Qu’à cela ne tienne, je décide de rentrer en longeant Michigan Lake : marina, plage, enrochement… bien peu d’endroit sont encore laissés à l’état naturel. La côte me rappelle celle du Léman à Lausanne, sauf que la vue sur les montagnes est remplacée par un lac qui se perd à l’horizon dans les brumes nocturnes. Aucune topographie ne vient briser la monotonie de la courbure terrestre. Michigan Lake, tu gèles en entier pendant l’hiver ; tes eaux ne semblent guère tempérée en ce milieu de printemps. Point n’est besoin d’atteindre l’été, pour que ton attrait soit des plus élevés. Loin d’une glorieuse journée ensoleillé, dans la pénombre du crépuscule, je me glisse dans ses eaux froides. Le temps de nager trois ou quatre centaines de mètres et me voilà de retour sur le rivage, me frottant vigoureusement dans ma serviette.

La côte de Michigan Lake
La côte de Michigan Lake

Sur le chemin me ramenant à la maison, un petit détour m’amène jusqu’à l’ancien phare marquant la pointe nord de la baie de Milwaukee. Il est la parfaite carte postale, l’excellente représentation de ces phares du nouveau-monde : une tourd’une taille raisonnable, surmontée d’une lanterne, est rattachée au grand logis des gardiens, aux toits aux pans enchevêtrés, et ornés d’une véranda donnant sur le lac. L’ensemble est intégralement peint en blanc ; seuls les toits sont ornés d’un rouge profond. Une petite dizaine de minutes plus tard, je suis de retour à la maison, presque en même temps que Shane. Autour d’une bière, il me conte Milwaukee, son travail. Je lui explique les raisons de ma présence. Excellente nuit sur un futon, avec Bow, le chat des plus câlins, qui n’a pas cessé de tenter et réussi à se pelotonner entre moi et le canapé.

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