En conférence

8 juin 2014, 2100 (GMT-8, AKDT)
Barrow, UIC-NARL, Building 166A

Le building 166 n’est sans doute pas le plus cosy dans lequel j’ai été logé à Barrow. Partagé en deux, les logements A et B sont petits, des quatre lits, deux occupent la moitié du séjour. L’autre moitié est dévolue à une cuisine très peu fonctionnelle, sans plan de travail, et à la table à manger, minuscule. Heureusement que nous n’y séjournerons pas trop longtemps.

Le deuxième jour de conférence s’ouvre avec la session plénière dont le sujet des filtrations ne m’intéresse qu’à moitié. La matinée s’annonce par contre des plus intéressantes avec le symposium sur l’imagerie 3D de milieux poreux non-traditionnelles. Elle ne tiendra qu’à moitié ses promesses. Après une excellente présentation d’Adrian sur l’influence des rayons de courbures des pores sur l’écoulement, la voie monotone de Gezici n’arrive guère à pimenter la platitude de sa présentation sur le papier. Plus intrigué par le titre d’une session parallèle, Hélène et moi changeons de salle pour écouter un discours sur la caractérisation des pores à l’aide d’imagerie issus de micro-tomographie et d’imagerie NMR [footnote]Nuclear Magnetic Resonance Imagery, le fameux IMR[\footnote]. Bref, comme hier, je naviguerais de salle en salle pour suivre les présentations aux titres les plus alléchants. Telle la couverture d’une bande dessinée ou le lancement d’un film, elles ne tiennent que très rarement leur promesse.

Midi, présentation de poster, et il est temps de défendre le mien. A la lecture du programme, je m’étais aperçu que la majorité des présentations se divisaient en quatre grands groupes : l’extraction de pétrole, le stockage du CO2, les cellules à hydrogènes et le domaine biomédicale. Je pourrais encore rajouter une dernière catégorie, celle des matériaux de construction, en l’occurrence la recherche sur les bétons. Karen, une étudiante de Purdue University, travaillant sur des mousses micro-structurée pour l’amélioration d’échangeur thermique, et moi, avec la glace de mer, ayons un matériau quelque peu exotique. Excellents feed-back, intéressantes discussions, spécialement avec les ingénieurs de SkyScan et Zeiss, deux producteurs de X-Ray micro CT[footnote]Il s’agit du microscope que j’utilise pour observer la glace de mer et reconstruire la structure tridimensionnelle des pores. X-ray fait référence à la longueur d’onde utilisée pour l’observation, tout aussi bien que la technique ; microscope, car j’observe à l’échelle microscopique ; CT pour Computed Tomography, ou tomographie assistée par ordinateur qui consiste à reconstruire une représentation virtuelle en 3D d’un objet [\footnote].

Au Hilton, un buffet nous attend dans la Diamond Room. L’épaisse moquette rouge au décor d’or fait pendant au haut plafond bordé de moulures rococos. Les majestueux lustres éclairant la salle me font instantanément penser à ma sœur qui a toujours eu un petit penchant pour ces imposants objets. Partageant la table avec deux pontes de Procter & Gamble, les étudiants de Purdue University, seuls les deux doctorants de Suède assis côte à côte discutent dans leurs langues natales sans se mêler aux discussions qui s’enchaînent les unes après les autres. Cette après-midi peu de conférence me semble digne d’intérêts, à l’inverse de la session du soir dont plusieurs titres ont éveillé ma curiosité. Dommage que les deux sessions ne soient pas inversées, car le mercredi soir le Milwaukee Yacht Club tient sa régate hebdomadaire et j’aurais pu comme à Auckland et Sydney essayé de me faire embarquer le temps d’une navigation. Je peste silencieusement l’après-midi. Deux des trois présentateurs de la session du soir se révèlent d’excellent orateurs et leur expertise sur le sujet rend leur discours des plus pertinents.

Pour fêter la mi-conférence, Hélène et moi allons boire un verre dans le bistrot attenant le Cheesemarket qui propose pas moins d’une soixantaine de bières toutes issues du Wisconsin. Après avoir essayé trois d’entre elle, je me décide pour une Red, accompagné d’un morceau de cheddar, affiné 3 ans en caves. Laissant le boulot derrière nous, nous parlons de nos périples, elle de ses 3 ans en Égypte et 3 mois en Australie, moi des 4 mois en Nouvelle-Zélande et de 14 mois en Alaska.

De retour à la maison, nous poursuivons notre discussion de la veille avec Shane qui s’était arrêtée sur les webcomics. Il m’avoue qu’il crayonne quelques strips depuis plusieurs mois, mais qu’il s’agit plus de bonhomme en fil de fer que de véritable personnages. Avec un peu beaucoup de persuasion, il me montre finalement l’un d’entre eux. A sa lecture, je ne peux m’empêcher d’esquisser un grand sourire, tant le fil rouge de ces quatre cases me correspondent. Je lui dit qu’il devrait simplement tenter de les publier en ligne, car je connais plusieurs webcomics au graphisme minimale (abstruse goose, la bande pas dessinée), mais à l’humeur noire et aussi acide que du vitriol. Alors que je finis d’entasser délicatement mes affaires dans mon sac à dos, Shane revient au salon et m’offre l’original du strip qui m’a fait tant sourire. Touché, je lui promets qu’il occupera une place de choix dans mon salon. Et une fois que je serais de retour à Fairbanks, je prendrais le temps de le scanner pour vous faire profiter du contenu.

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