En route pour Tolovana Hot Spring

16 novembre 2014 , vol FAI-ANC

Tout d’abord quelques petites nouvelles. Alors que les Lower 48 sont réfrigérés par une vague de froid, les températures Alaskiennes ne sont tombés qu’à de rares occasions sous la barre des 0F (-18C). D’une dizaine de centimètres de neige qui est tombé il y a 4 ou 5 semaines en arrière, seuls 2 ne se sont pas encore sublimés. Dehors, sur les versants nords, les cristaux de givres sont immenses, grandissant jour après jour. La table du jardin en est tout hérissées, que l’on dirait presque une reproduction à grande échelle de la peau d’un requin.

Question travail, la thèse avance petit à petit. Une semaine pour rédiger un rapport, une semaine pour le peaufiner avant d’atteindre les standards d’Hajo. Combien de fois n’ais-je pas entendu : « Il pourrait être envoyé ainsi, mais peux-tu modifier cette phrase, rajouter un peu plus d’information sur la méthode utilisée pour l’analyse, ou encore ». Entre la préparation d’un article pour la classe « Sea Ice », l’analyse des données pour le poster d’AGU (une conférence à venir en décembre), les discussions et le suivi d’une expérience à Hanover, je suis bien occupé. Mais de temps à autre, il est temps de profiter de la vie et de quitter Fairbanks le temps d’une fin de semaine.

C’est ainsi que la semaine dernière, après avoir transmis la version définitive de mon rapport à Hajo, envoyé mes dernières recommandations pour l’échantillonnage de l’expérience à Hanover, je rejoins Andy, Jenna, Constantine et sa copine Beth sur le parking du GI. A l’instar des années précédentes, le mois de novembre rime avec une excursion à Tolovana Hot Spring. Certains d’entre vous se souviendront que j’avais parlé l’année dernière de ces sources d’eaux chaudes perdues au milieu de la nature.

Avec un peu plus d’une heure de retard sur le planning, nous quittons Fairbanks. Elliot Highway, miles 93, il est temps de quitter la chaleur de la voiture pour affronter les rigueurs du climat. Les derniers kilomètres nous ont amenés au sommet d’une colline : à mesure que nous gravissions ses flancs, les sapins se paraient d’une robe de givre. Dehors, le vent souffle avec force, des filets d’air glacé s’insinuent à travers les habits. Rapidement, écharpes, cagoules, bonnets couvrent nos faces, doudounes et vestes aux couleurs criardes sont lestement enfilées. Mais une fois à l’abri de la forêt, il faut nous rendre à l’évidence, les températures sont douces pour la saison (-10C) et seul le vent est responsable de cette glaciale sensation.

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A l’inverse de l’année dernière, seul un fin manteau neigeux recouvre le seul, à peine plus de 10 centimètres aux endroits les plus profonds. Nous avançons rapidement, les souvenirs reviennent peu à peu : mile 3, fin du premier replat ; mile 5, fin de la côte et arrivée au dôme. La neige est damée, les congères sont à peine marquées, les sapins n’arborent pas leur blanc manteau. Je me remémore que l’an passé une heure et demie nous avait été nécessaire pour passer le sommet de la colline, tant la neige profonde ralentissait notre progression. Les magnifiques lumières crépusculaires de ces latitudes septentrionales ont précédés l’arrivée de la nuit. La pleine lune, cachée par le dôme, apparaît soudainement à travers les cimes pointues des conifères, luisant d’une teinte mordorée.

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Peu après huit heures, après 4h30 de marche nous arrivons enfin à Tolovana Hot Spring, comme l’atteste le panneau de bienvenue. Quinze minutes plus tard, un feu ronfle dans la cheminée de Cedar Cabin. Lestement, nous déballons nos affaires et faisons l’inventaire de nos victuailles : 2 bouteilles et un cubi de vin, 4 livres de pilons de poulet, 1kg de ragoût déshydraté, 500g de couscous, 500g de riz, 2 belles portions de fromages suisses (500g chacun), un paquet de fondue Alpina (600g) et du pain. Je tiens à remercier mes parents en tant que mécène gastronomique avec un colis qui m’est parvenu à point nommé pour cette excursion. L’inventaire ne tient pas compte des différents en-cas que constituent chocolats, biscuits et barres de céréales. A mon humble avis, partagé avec Jenna et Andy et moi, nous ne devrions pas mourir de fin avant dimanche soir.

Il est temps toutefois de se conformer à l’emploi du temps du weekend établi avant notre départ. Entre deux activités de type dormir, manger, ou se balader, il est obligatoire de se relaxer dans l’une des sources.

Un important feu de forêt a dévasté la vallée de Tolovana Hot Spring et les environs en 2004. Aujourd’hui la lune illumine les collines hérissées des troncs calcinés et des trembles qui ont remplacé la forêt boréale. Verticales silhouettes sombres se détachant sur le blanc d’une mince couche neigeuse. Un léger biset souffle dans le fond de la vallée, soulevant des volutes de vapeurs de la surface à peine ridée du bain. Peu à peu la chaleur de l’eau diffuse à travers les muscles, les épaules endolories par le lourd sac à dos se relâchent peu à peu, loin de Fairbanks et du travail, nos esprits se relaxent, les pensées vagabondent par monts et par vaux.

Les minutes s’écoulent, la lune décrit une portion d’arc à travers le ciel, les ombres se raccourcissent. Le temps est venu de regagner la cabine. Au menu du soir, coups de rouge et ragoût à l’éthiopienne. Marche, chaleur et bonne bouffe ont raison de nous. Morphée nous accueille à bras ouvert et tous, sombrons rapidement dans un profond sommeil.

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