Gogeage à Tolovana Hot Spring

Le soleil est loin d’être lever quand les premiers bruits d’étirement et grognements matinaux se font entendre. Dans la pénombre de la cabine, je ranime les dernières braises, le feu est rapidement ravivé, dévorant à pleine flamme les bûches. Andy admire le paysage éclairé par la lueur blafarde de la lune. Dans le silence, sans un mot, nous quittons la cabine de concert pour profiter d’un bain. Avec le vent qui a cessé de souffler, les températures sont plus qu’agréable : cheveux et barbes ne se couvrent pas d’une once de condensation givrée. Peu à peu les premiers rayons du soleil nimbe d’une aura orangée le sommet des collines. Petit à petit, les couleurs mordorées s’emparent des flancs des coteaux. Intemporelle, nous apprécions le moment présent, sans un bruit nous admirons les arbres calcinés, pointant à différents angles, contrastant avec les trois sapins rescapés qui se dressent autour de nous.

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Les gargouillements de nos estomacs nous tirent de notre rêverie, il est temps de rejoindre la table pour le petit déjeuner. Jenna, Andy et moi se délectons d’eggs et bacon – aurais-je oublié de faire état des 4 livres de lards et de la dizaine d’œufs?–, un peu de fromage et quelques tranches de pains. Rien de tel qu’un robuste premier repas pour affronter notre futur dur quotidien.

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Une petite plongée dans la piscine supérieure est nécessaire pour activer la digestion. Il est peut-être temps de vous (re)décrire ce coin de paradis, qu’est Tolovana Hot Spring. Une quarantaine de miles au Nord de Fairbanks, en amont de Tolovana Creek, des sources d’eaux chaudes furent découvertes. Le propriétaire du terrain a décidé d’en faire profiter la communauté en ériger trois cabines. En échange de la location, bois et gaz sont mis à disposition des hôtes. Pour y accéder tous les moyens sont bons, spécialement en Alaska. Si la majorité des gens effectuent à pied, à vélo, à ski les 10 miles du chemin, d’autres préfèrent venir en moto-neige ou en chien de traîneaux, en empruntant le même itinéraire, ou en bravant la forêt boréale s’étendant entre Fairbanks et Tolovana. Enfin, quelques rares personnes apprécient la voie des airs et se posent en bush plane sur l’airstrip de Tolovana situé 1 mile et demi au sud des cabines. À l’inverse de maintes autres sources d’eau chaude laissées à l’état sauvage, où, au mieux, un barrage de pierre délimite un bassin peu profond, Tolovana Hot Spring possède trois bassins. Le bain supérieur et inférieur sont construit dans l’un de ces réservoirs d’eau en plastique : un peu plus de 2 mètres de diamètres, 1 mètre de profond. Spacieux, mais ils ne partagent guère le confort du bassin intermédiaire : un rectangle de bois d’environ 2.5 par 1 mètre de large, profonds d’un peu plus de 50 centimètres. Les dimensions idéales pour s’immerger complètement, s’abandonner à la tiède chaleur ambiante. Tous ont en commun un rustique système de gestion de température constitué de deux tuyaux, l’un amenant l’eau chaude, l’autre délivrant l’eau tiède. Il ne reste plus qu’au baigneur de laisser l’un ou l’autre dans le bassin pour affiner la température. En fonction du vent et de la température extérieur, les bassins refroidissent plus ou moins rapidement.

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En fin de matinée, Andy et moi remontons les tuyaux jusqu’aux captages : le talus est recouvert de givre, sauf où l’eau chaude s’écoule, dessinant des triangles, dans le ruisseau. Les troncs qui délimitent un petit bassin de rétention, d’où partent les tuyaux, disparaissent sous les algues vertes, virant par endroit sur le brun. Magnifiques formes convolutées que ses végétaux aquatiques prennent, membranes à l’aspect luisant arborant quelques trous. Géométrie et texture me fascine, oscillant entre dégoût et admiration.

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La randonnée nous entraîne les vestiges de l’ancienne forêt, zigzaguant entre les aspens nous nous frayons un chemin. Troncs calcinés, silhouettes d’arbre déshydraté, herbes séchées par l’automne, … J’apprécie particulièrement l’un des sapins, dont l’écorce brûlée décorent les branches dénudées, comme des lambeaux de peaux après un coup de soleil.

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De retour, les températures sont si douce, qu’une courte immersion d’un petit quart d’heure est plus que suffisante pour pousser hors du bassin. Alors qu’Andy est plutôt partant pour un en-cas, je lui propose de profiter de la dernière heure de soleil pour faire un tour jusqu’à l’airstrip, distant d’1.5 miles. Chemin faisant, nous admirons l’une ou l’autre ancienne trappe, une simple boîte de café, rouillée par les ans, accrochée au tronc. Au milieu de nulle part, une simple coupe rase au milieu de la forêt, orientée nord-sud délimite l’aérodrome de Tolovana Hot Spring. En guise d’instrumentation météorologique, un manche à air est placé au milieu du terrain, indiquant les conditions locales du vent.

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Alors que nous nous éloignons de la plate étendue, un ronronnement retient notre attention. La silhouette d’un avion se découpe entre les cimes : noir, avec une bande de rouge, il ne peut s’agir de Martin Truffer, l’un des professeurs du groupe des glaciers, collègue d’Andy, membre de mon comité, mais aussi valaisan. Suite à la défection de Skye et d’Alessio – ce dernier s’étant distendu les ligaments d’un genou -, de Simon et Sarah – cette dernière est à l’inauguration de son exposition à Anchorage -, Andy avait invité Martin et sa famille à nous rejoindre. C’est ainsi que je fais connaissance de Dana, sa femme, d’Émilie, une grande fan de bacon, et de Sonia, qui aime le chocolat.

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De retour à la cabine, Andy et moi ayant un petit creux, nous décidons de fêter l’arrivée d’un autre suisse en préparant un petit en-cas. Les Américains présents (Jenna, Constantine, Beth) esquisse un grand sourire à la vue de la fondue, arrosée d’un coup de blanc. Il faut dire que cela ne corresponds guère à leur vision d’un en-cas. Je mets à profit le temps de marinade du poulet avec moutarde, oignons, tomates, cilantro, pour une petite immersion.

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À l’heure du souper, le curry de poulet à la trinidienne et la bolognaise d’élan trônent sur la table. Un bruit se fait entendre à la porte, révélant la tête de Brittany et Lisa, Lacey et Jojo ses deux chiens ont tôt fait de rejoindre à l’intérieur Saphira, le labrador de Martin. Excellente soirée durant laquelle les bouchons sont expulsés à rythme régulier des bouteilles, rires et sourires échangés. Toutes choses ayant une fin, après avoir attribué les places de couchage, il est temps de goger une dernière fois.

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