En route pour Hanover

Boston, Logan Airport, 7h00 (East Coast Time)

Désolé pour ce long billet plein de texte et de péripéties que peu illustrée.

Une nouvelle semaine de travail qui est passée bien trop rapidement à mon goût. Présentation lundi matin du laboratoire et des deux tanks où croît se la glace de mer à certains membres du workshop organisé à Fairbanks sur le développement de l’industrie pétrolifère dans l’Arctique. A l’occasion de cette visite des membres du National Petroleum Coucil, des Native Corporation et autre cliques d’importantes natures, j’ai troqué mes pantalons/t-shirt à la mode d’Alaska contre quelques choses de plus habillé, aux grands sourires de mes collègues. Mardi midi, j’ai appris que pendant la coupure de courant planifiée pour la nuit, ma chambre frigorifique n’allait pas être alimentée. Bref, quelques sueurs froides, une course à travers la hiérarchie a sauvé deux expériences en cours. Toutefois, ce ne fut pas avant 21h00 que j’ai quitté les locaux du GI pour rejoindre mes pénates. Mercredi et jeudi furent un peu plus calme, j’ai réussi à accomplir quelques tâches importantes et surtout réserver mon avion et mon logement pour ma prochaine visite au CRREL, dans quatre jours. Enfin le vendredi est arrivé, avec lui quelques derniers intenses moments pour peaufiner le déplacement professionnel. Mais je dois être tout bon.

Vendredi en fin d’après-midi, je rejoins l’atelier Beer-30. Chaque deux semaines – à l’occasion du jour de paie –, à 16h30, quelques étudiants et parfois un professeur ou l’autre de SFOS [footnote] School of Fishery et Ocean Science, connue sous le nom de School of Fish, département des poissons[/footnote] pour déguster quelques bières (2$). Comme à mon accoutumée, après avoir partagé une ou deux avec l’équipe des biologistes, je file au Pub rejoindre le Friday Beer des géoscientistes.

Peu avant 7h00, Eyal et moi laissons ces joyeux lurons finirent les derniers pichets, passons récupérer Mirjam et filons chez Anita. À l’occasion de la visite de sa maman elle a organisé un feu de camp/souper canadien. Anita, sweet Anita, l’une des personnes les plus généreuses qui j’ai connu en Alaska, a le don pour organiser des fêtes qui regroupent des personnes de tous horizons : étudiants, musher, alaskians nés, artistes ou voyageurs. Entre bonnes bouffes, tout un chacun tente d’amener un plat des plus délicieux, et bonnes compagnies, la soirée culminera lorsqu les aurores boréales illumineront les feux d’un danse rapide et colorée, d’un vert brillant aux mauves nuancés de pourpres. Anita, Mirjam et moi, les derniers encore dehors auront le droit à une magnifique corona en guise de bouquet final.

Dartmouth Coach, Boston-Lebanon, 10h00

Nous nous lèverons quand le soleil illumine le sommet de la colline. La fin de matinée arrive bien trop rapidement, à peine avons eu le temps de faire la vaisselle, de flatter les chiens de traîneaux. J’apprécie toujours autant le bondissant Leavitt, Burl le géant, qui dressé sur ses pattes arrières me domine d’une bonne dizaine de centimètres. J’essaie de me faire accepter par Clyde, le grand timide, mais cette n-ième tentative est toujours couronnée par l’absence de succès.

Peu après 11h00, nous décidons de redescendre sur Fairbanks ; décision que j’appréhende quelques peu en raison de ma voiture. La nuit dernière, alors que nous gravissions le dernier mile de l’avant dernière côte menant à Murphy’s Dome, ma voiture a réagi des plus bizarrement : soudainement, elle a perdu de la puissance. Mettre les gaz ou rétrograder n’en changeait en rien le comportement : le moteur s’emballait, montait en révolution sans pour autant accélérer. Nous avions terminé notre route à une petite vingtaine de miles per hours, en cinquième, le moteur à 2500rpm, avec une légère odeur de plastique brûlé.Ce matin, ma Subaru n’est pas guérie, dès que je dépasse les 2000rpm, le moteur monte en régime sans que la voiture n’accélère. Après avoir déposé Mirjam et Eyal, je file directement au garage. Avec un peu de chance à mon retour dimanche prochain, ma voiture sera réparée.

En fin d’après-midi, j’accompagne Simon chez Andy pour finir de faire boucherie sur les deux pattes arrières du caribou que John, the Hunter, et Andy ont tué il y a une semaine et demie en arrière. Que du bonheur que de dépiauter gigots et mollets. Simon, me regardant tripatouiller la viande, m’averti que j’ai des véritables doigts de bouchers, légèrement boudinés. Deux bonnes heures seront nécessaires pour sortir quelques beaux rôtis, une dizaine de petits steaks, le reste de la viande est dévolue aux ragoûts et chaire à saucisses. En fin de soirée, une partie du filet mignon du caribou finit dans une poele, cuisson saignante accompagnée d’une sauce morille-crème-échallotte, de quelques carottes au beurre et d’une bonne purée. Le tout est arrosé de deux bonnes bouteilles de rouge, car il est dommage de se laisser aller.

En ce dimanche matin, jour de mon départ pour les Lower 48, je m’étire doucement dans ma cabine. Dehors le mercure indique quelques degrés en dessous de 0F, j’ai l’impression que le froid irradie à travers les murs. Il est temps d’allumer un bon feu dans la cheminée et aviver une chaleureuse atmosphère pour le brunch de 10h00. Au four, cuit ma deuxième tentative de pannetone, alors que je prépare la pâte pour les scones et celle des pancakes. Eyal arrive avec un peu d’avance pour cuisiner une shakshouka. Je met le bacon a griller dans un poele, tandis que le cacao mijote sur le fourneau. Alors que d’agréables fumets envahisse la cabane, Simon, Sarah, Andy, Matthew, Lisa arrivent les uns après les autes, accompagné de Lila, Lacey et Jojo. Excellent petit déjeuner que ne peux que donner lieu à une excellente journée.

Sans voiture, Matthew se propose de mon conduire à l’aéroport. Proposition acceptée, à la condition d’effectuer un petit détour par le GI pour profiter d’une douche avant mes douzes de voyages. Alors que je patiente à l’aéroport, j’aperçois la frêle silhouette bien connue de Liza [footnote] une étudiante de SFOS au passeport américain mais d’origine russe, à ne pas confondre avec Lisa, un étudiante d’anthropologie d’origine allemande mais parlant le russe [/footnote]. Il s’avère qu’elle s’envole pour Woodshole dans le Massachussett, deux heures au sud de Boston. Mis à part l’itinéraire de liaison pour Anchorage, nous partageons les mêmes vole jusqu’à notre destination finale.

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Sous un ciel bleu nous nous envolons de Fairbanks. La vue est des plus inprenables sur les serpents entrelacés que forment la Tanana River. Je déchante rapidement : à mesure que nous approchons de l’Alaska Range, les nuages font leur apparition et le Denali, ce grand timide est caché comme à son habitude, dans le brouillard. La météo s’éclaircit rapidement à l’approche d’Anchorage, me laissant apercevoir les rives de Cook Inlet. La côte de Washington, Seattle et la traversée des Etats-Unis se feront dans le noir. 6h00, à l’approche de Boston les premières lueurs du jour illumine l’horizon, mais un épais rideau de pluie réduit le champs de vision à quelques centaines de mètres.

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Avec Liza, nous plaistons sur la météo de la côte est : heureusement que nous avons l’entraînement cette été à Fairbanks pour faire face à cette pluie. Aucun bus n’apparaît à l’heure indiqué sur l’horaire, d’autres chauffeurs me disent de patienter un peu car les conditions routières ne sont pas excellentes. Après une bonne demi-heure je lance un coup de fils à la centrale : en raison de la neige matinale, l’état des routes fut quelque peu chaotique et en raison du retard accumulé, le bus de 855 a été annulé. Il ne me reste plus qu’à patienter une heure et demie pour prendre le prochain.

Hanover (NH), 16h30

Finalement, j’arrive à Lebanon sans trop de problème et avec une ou deux heures de someil en plus à mon actif. Une petite heure plus tard me voici aux portes du CRREL (Cold Regions Research and Engineering Laboratory). Que ce soit les USA, la Suisse ou tout autre pays, la paperasse militaire se ressemble : rien n’est transmis à l’échelon inférieur et me voici à patienter une bonne demi-heure sous la pluie que le papier justifiant mon autorisation arrive finalement au portier. 5 minutes plus tard, Zoe me récupère car en aucun cas, un dangeureux individus en puissance, n’est autorisé à entrer sans escorte. A l’intérieur tout devient plus facile, l’ambiance est bien plus relâchée qu’au niveau des barrières et je peux me balader plus (ou moins) librement.

Je ne vais pas vous faire un long descriptif de mon travail, d’ailleurs jusqu’à 6 mois après le rapport, je ne suis même pas censé vous en parler. Toutefois en quelques mots, je peux vous expliquer le but de l’expérience. Après quelques mois de discussions, puis de mise-au-point du chariot d’instrumentations, la température de la chambre froide a été abaissée de quelques degrés. Le thermomètre y affiche maintenant entre -15 à -20°C. A l’intérieur de cette enceinte frigorique, un immense réservoir, approximativement 30×10 m, rempli d’eau salée où croit de la glace de mer. De temps à autres, lorsque la glace de mer atteint une épaisseure determinée, du pétrole est injecté dessous à certain emplacement, délimité par une robe afin d’empècher l’épanchement du fluide. Une multitude d’instruments, aérien et sousmarin, sont alors utilisés pour sensé la glace et detecé, si possible, la présence de pétrole. Mon rôle constitue uniquement à suivre l’évolution de la glace de mer, et surtout savoir si elle corresponds plus ou moins à celle que l’on pourrait trouver à l’état naturel quelques parts dans l’Arctique. D’un autre côté, je peux prélever presque autant carotte de glace et aussi observer comment le pétrole interacte avec la glace, quelles sont les conditions qui provoque la percolation du pétrole à traver la glace lorsque cette dernière se réchauffe, … Bref, cette expérience pourrait m’apporter un nombre non négligeable de donnée pour ma thèse.

Allez, je vous laisse ici, en espérant que je ne vous ai pas perdu.

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