CRREL

CRREL

BOS-FAI, flight 15, 19h50 (GMT-9)

Point n’est besoin d’entrer dans les détails pour vous narrer mes trois derniers jours à CRREL. En voici le résumé dans cet unique billet.

Mercredi, jeudi, deux journées consécutives qui ressemblent à celle du mardi. Je me consacre principalement à la tomographie de mes échantillons et des carottes extraites pour l’expérience ; discute longuement de glace de mer avec Zoe, qui est bien plus familière avec neige et ferne; rejoints mes collègues qui mesurent la présence de pétrole avec plus ou moins de succès.

Mercredi, suite à quelques difficultés techniques, l’injection de pétrole sous la hoop 4 (zone délimitée par une robe pour éviter que le pétrole se disperse dans tout le réservoir) et 4A est repoussée au lendemain. Angine, l’une des scientifiques de Woodshole, situé à 4heures de voitures, est un peu déçue par se déplacement inutile. Toutefois, elle est plus que satisfaite des idées que nous avons échangés, et surtout de voir, pour la première fois, à quoi ressemble tant la glace de mer, ainsi que la distribution de saumure, glace et pétrole, dans un échantillon contaminé. Le soir venu, Ted, l’autre scientifique de Woodshole, qui avait prévu de passer quelques jours à CRREL, me propose d’aller manger à Worthy Kitchen, un restaurant situé à une quinzaine de miles. Autant profiter d’être prêt de la côte ouest et manger des coquilles Saint-Jacques, arrosée d’une excellent Harpoon Hefenweizer.

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Jeudi matin, je profite de m’être levé aux aurores pour prendre mon petit déjeuner chez Lou’s. Lou’s que j’avais découvert avec Jessica en mai passé, où nous avions pris notre premier en-cas matinal. Quand je parle d’un en-cas, il s’agit plutôt d’un copieux premier repas quotidien, arrosé de café, servi à volonté. Je me remémore un excellent hamburger matinal, une darne de saumon nappé de sa sauce au beurre et accompagné de toast. Bref, mes papilles ont salivé tout au long du trajet me menant jusqu’à Hanover. Ce matin, je me délecte d’œufs pochés nappé d’une sauce moutarde sur jambon de campagne. Un véritable délice.

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La journée continue d’être un véritable succès, en plus de rattraper le retard, nous complétons les objectifs du planning avec l’injection de la hoop 4B. Pour ma part, j’observe Zoe, accompagnée de Bruce et de Kerry, extraire les différentes carottes pour les analyses que nous effectuons lors de l’injection : salinité, température ainsi que coupe horizontale et verticale. Tout semble marcher comme sur des roulettes, tant carottage que documentation, tant écrite que photographique. Je n’aurais quelques remarques de faible importance à émettre. Pour midi, Zoe m’amène à Big Fatty’s, spécialisé dans les barbecues. Je ne résiste pas à un sandwich au pulled pork, toujours un véritable régale. Nous consacrons l’après-midi à l’optimisation des paramètres pour reconstruire les coupes tomographiques de glace de mer.

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Arrivé de bonne heure à CRREL, comme à mon habitude, je préchauffe le tube à rayon X, prépare l’un de mes échantillons pour l’observation et finalement lance une première acquisition de donnée. Ce n’est qu’après avoir effectué ma routine matinale que je rejoins le hangar où se déroule l’expérience. A peine la porte franchie, Zab et les techniciens sont agités: point n’est besoin d’être un devin pour deviner qu’un incident s’est produit. Suite à la coupure de courant de hier soir, un problème est survenu avec le groupe de réfrigération et la température de la chambre s’est anormalement élevée, au point de permettre au pétrole de percoler à travers la glace à certain endroit. Le problème est toutefois partiellement réglé et la chambre affiche à nouveau -8°C, et le mercure devrait tomber à -20°C en fin de journée. Zoe et moi avons l’autorisation de prélever des carottes où le pétrole brut a percolé en dehors des coops. Lors de ma précédente expérience à Fairbanks, j’avais utiliser un bain d’azote liquide dans lequel la carotte était immédiatement plongée après extraction. En plus de prévenir l’écoulement du pétrole et de la saumure, la manipulation de la carotte est bien plus aisé – le pétrole brute est un excellent lubrifiant – et moins salissant – le pétrole brute tâche –. A mon grand désespoir, impossible de s’en procurer en si peu de temps. Zoe me propose d’utiliser du Cilox refroidi avec de la neige carbonique. A défaut d’autres solutions, pourquoi ne pas essayé cette technique, qu’elle a déjà utilisé cette combinaison par le passer pour conserver un bain à -50°C. Le temps de réunir tous les instruments nécessaires, de se préparer à extraire cette première carotte dans une zone contaminée, quelques heures passent.

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L’opération se déroule presque sans accroc. L’extraction s’effectue en douceur : à mesure que le corer – tube utilisé pour prélever la carotte – s’enfonce dans la glace, un monticule de particules s’amoncellent autour du tube, virant doucement du blanc au beige, du beige au brun, avant d’être finalement recouvert d’une fine couche de pétrole. A ce point de l’opération, le seul bémol est que le Cilox est devenu de plus en plus visqueux dont la surface a gelé. Tant bien que mal, la carotte est recouvert d’un mélange de particules de neige carbonique, poudre de Cilox geler et liquide visqueux. La température est tout juste suffisante pour fermer la porosité et manipuler l’échantillon sans problème. Travailler avec l’azote liquide est un peu moins trivial en raison de sa basse température, mais par contre permet une opération bien plus propre et efficace.Photographies et sectionnement, avant de placer les précieux échantillons dans un frigidaire à -35°C. Le débriefing avec l’équipe de carotte débouche sur l’ébauche du protocole expérimental pour ce type de carottage. Suite à l’opération, Ted et Chris me racontent qu’il valait la peine de voir le sourire qui éclairait mon visage.

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La fin de journée s’organise autour du rangement de mes affaires, empaquetage des échantillons. En début de soirée, Ted et moi quittons le CRREL, direction Woodshole. Ted m’apprend qu’il a obtenu son doctorat en même temps que Martin Truffer, un de ses bons amis. Nous évoquons l’Alaska et Fairbanks, puis les Lower 48 avant de se remémorer l’Europe où il a travaillé pour le BAS (British Antarctic Survey) durant 4 ans. Arrivé à Boston, il me dépose au centre-ville. 40 minutes de métro et bus plus tard, je suis arrivé en face du 222 North Harvard Street à Allston, où réside maintenant Jericho. Jericho est une ancienne du LTC (Laboratoire des Polymères et Technologie des Composites) que j’avais rencontré à mon retour de Nouvelle-Zélande. Alors que je me posais la question si je devais partir pour l’Alaska, Paul m’avait conseillé de discuter avec Jericho, qui est née et a grandi à Anchorage.

A peine arrivé, elle me propose un bol d’une excellente soupe, une bière – Fenway IPA – et nous discutons tant de l’Alaska, de Boston que de tomographie, une méthode qu’elle utilise couramment pour son travail. Peu après minuit, il est l’heure de se glisser sous la couette. Boston attend ma visite.

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