Lower Canwell Hut

Canwell Glacier, hut, cabane, Delta Range, Alex, Sarah, Simon

Alaska Airlines AS15, BOS-SEA, 20:13 (Eastern Time)

Encore une fois j’ai laissé mon blog à l’abandon. Aucun article sur la Norvège, aucune histoire de mon expédition à Barrow, où je me suis rendu une semaine et demie après être revenu d’Europe, ni sur les quatre semaines d’expériences qui se sont ensuivi. Sans compter mon travail qui me tient bien occupé, l’arrivée rapide du printemps qui m’invite à m’activer autour de ma cabine, une charmante demoiselle a fait son apparition dans ma vie. Mais point d’excuse, ici le récit de la dernière de mes aventures.

Venteux ou pas venteux tel fut la principale question qui tarauda l’esprit de Simon et moi durant la semaine. Avec la bénédiction d’Éole, peut-être pourrions-nous nous offrir une petite virée à ski dans les Delta Range. Les jours passent, les plans changent. Entre Simon, venant tout juste de rentrer d’une longue traverse en moto-neige dans le Grand Nord (1 moins à explorer la neige des Brooks Range et de North Slope), qui se doit de passer un peu de temps avec Sarah, notre envie de skier, les incertitudes éoliennes, les différentes habilités personnelles de se déplacer sur terrain enneigé, une nuitée à la Lower Canwell Glacier Hut semble des toutes indiquées. Érigée sur la moraine nord à un peu plus de 7 miles de la route, Simon et moi pouvons y accéder à peau de phoque, alors qu’Alex et Sarah s’y rendrons en raquettes à neige.

Vendredi après-midi, Sarah et Simon quittent Fairbanks pour passer une première nuit dans la cabine de Michael Creek, un petit joyau situé à quelques centaines de mètres de Richardson Highway. Ils ouvriront la première trace sur le glacier quelques heures avant nous. Alex et moi planifions de quitter nos pénates entre 8 et 9 le lendemain, ce qui devrait nous permettre d’entamer notre excursion peu après midi.

L’attrait de la couette duveteuse fut plus forte que moi ce matin et nous paresserons quelques peu avant de préparer un frugal petit déjeuner : French Press et expresso, pains, confitures d’orange, crème de sirop d’érable, miel de sarrasin du Québec et miel de sapin du Vermont. Peu après neuf heures, il est temps de finir d’empaqueter nos sacs à dos : le cubi de vin, les bars de céréales, le fromage, le pain et le saumon fumé rejoignent sac de couchage et autres vêtements. Skis, bâtons, raquettes sont déjà dans la voiture, il ne me reste plus qu’à attraper mes peaux de phoques. Le drame, elles ne sont pas sur l’étagère à côté du réchaud et des crampons, non plus suspendues à côté du piolet et du matériel de montagnes. Je retourne la cabine sens dessus-dessous, peine perdue, impossible de mettre la main sur ce petit sac sombre orné du label « Black Diamond ». Avec philosophie, Alex qui commence à me connaître quelque peu affirme qu’elles sont sans doute dans mon bureau. Peut-être, peut-être pas, je n’ai point l’impression d’y avoir entreposé du matériel de ski dernièrement.

Trois-quart d’heure plus tard, après avoir conduit une recherche à travers tout le bureau WRRB 101, ouvrant les nombreux tiroirs, inspectant les étagères et cassiers à document, je dois me rendre à l’évidence que j’ai belle et bien égaré mes peaux de phoque quelques parts. Qu’à cela ne tienne, il me faut me trouver une solution, car je ne m’imagine pas marcher sur le glacier et percer à travers la neige à chacun de mes pas. Jon, la solution est Jon. Jon le montagnard, Jon le navigateur, Jon le charpentier, Jon avec qui j’avais escaladé deux pics l’année dernière doit sans doute avec une paire de peaux de phoque à me prêter. 10 minutes de conduite et nous voici devant à la porte de sa cabine. Lou, son épouse, et lui finissent tout juste de déjeuner. Je lui raconte notre plan et la raison de ma présence. Parmi son équipement, nous dénichons une vieille paire de peaux de phoques de couleur violette, légèrement trop courte pour mes skis. Alors que Jon et moi modifions l’attache arrière afin de rendre la paire compatible avec mes skis, Alex engage la conversation avec Lou. Je ne sais toujours pas comment leur sujet de discussion est passé d’étoiles de mer à mes barres de céréale maison en moins de cinq minutes.

Finalement nous quittons Fairbanks à l’heure de l’apéro. Au sud, les montagnes de l’Alaska Range se diluent dans les nuages, la silhouette massive du Mt Moffit, du Mt Hayes se dressent comme des fantômes au-dessus de Piano Keys. Les eaux de la Tanana River son ouverte, la débâcle a eu lieu la semaine dernière, d’énorme blocs de glaces s’accumulent par endroit sur la rives. Oies et aigles pécheurs se partagent les cieux. Derrière le pare-brise, la chaleur du soleil nous arrivent décuplée, la bande original du Roi Lion résonne dans les haut-parleurs. Peu avant d’arriver à Delta Junction, emporté par cette vivifiante ambiance printanière, me voilà en excès de vitesse, et les lumières bleues et rouges d’une voiture de police me ramène à la dure réalité.

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Quelques miles après avoir empruntés le pont au-dessus de la Tanana River, nous glissons dans le parc d’IGA. Le seul et unique supermarché entre Fairbanks et Paxson représente un arrêt traditionnel sur le chemin des montagnes. La légende veut qu’un montagnard ou randonneur se rendant dans les Deltas sans s’arrêter à IGA n’est jamais sûr de revenir. La réalité est plus terre à terre, IGA est le dernier arrêt avec toilettes et café jusqu’à Paxson, de l’autre côté de la chaîne.

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Il est 14h00 lorsque je me gare sur le bas côté de la route. Le soleil est encore haut dans le ciel, et à cette époque de l’année ne devrait pas se cacher à l’horizon pour ses six prochaines heures. Nous nous mettons rapidement en route, Alex tente de marcher sans raquette, mais la neige ramollie par la chaleur printanière est trop molles pour supporter elle et son sac à dos. Rapidement elle chausse ses raquettes et nous avançons petit à petit.

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Nous suivons les méandres glacés de la rivières. 2.5 miles d’approche presque plat. La météo est juste fantastique, pas une brique de vent alors que les prévisions avait annoncé une bise d’une douzaine de kilomètres par heure. Le ciel est bleu, le soleil brille, la température dépasse allègrement les 10°C. De part et d’autre les rives s’ouvrent sur la vallée : le terminal du glacier est en vu, Rainbow Mountain et McCallum Peak se dressent au sud, la cime affûtée d’Institute Peak pointe à l’horizon.

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Suivant les traces laissées par Simon, Sarah et Lila, leur chienne, nous entamons l’ascension du glacier, zigzaguant entre crevasses, grottes et parois glacées, sans trop savoir si nous progressons sur la moraine ou le glacier. Alors que nous grimpons à travers une succession de têtes, combes, bosses et replis neigeux, j’avise quelques rocs, ou plutôt monticules de gravier pour casser la croûte. La vue est tout simplement magnifique, de l’autre côté de cette langue de glace tourmentée de crêtes et dépressions se dresse une formation géologique qu’Alex nommera « Witch Hat », le chapeau de la sorcière.

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Une araignée printanière surgit à travers les cristaux de neiges arrondis et soudés les uns aux autres par les cycles de fonte et de gel. Une abrupte montée nous amène sur la crête de la moraine médiane : devant nous s’étend jusqu’à l’horizon la longue et plane langue du Canwell Glacier. Dans le lointain, un petit point retient mon attention sur la moraine, à travers l’objectif de mon appareil photographique, je l’identifie comme la cabane.

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Nous avançons au bruit des roches qui dégringolent le long de la moraine, délogée par le dégel. De temps à autre, nous distinguons le nuage de poussière soulevé par la coulée de débris. Sur cette vaste plaine dont seule une trace rectiligne déforme l’uniformité blanche, il me semble que nous ne progressons guère. Pourtant l’arrête enneigée menant à Minya grandit peu à peu, Institute Peak se dressent de plus en plus haut. Peu à peu je distingue les nombreux séracs et glacier suspendus ornant sa face sud.

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Le soleil est toujours aussi dans le ciel, bien que nous avancions dos à l’ouest, nos ombres sont encore projetées est-nord-est. D’aucun pourrait distinguer une silhouette à cette distance, mais la cabane est visible. À mesure que nous nous approchons, je suis pris de doute quant à l’ascension de la moraine : sa pente, son exposition plein sud, les cailloux qui ne cessent de rouler sur ses flancs. Un seul fait me rassure, nous n’avons pas croisé Simon et Sarah revenir sur leur pas.

Alors que le toit métallique a disparu derrière la crête, nous nous accordons une ultime pause avant d’entamer la dernière ligne droite. Nous quittons la moraine centrale, traversons en une longue diagonale le glacier pour rejoindre le flanc nord de la vallée. Se détachant au sommet de la moraine qui s’élève dru, une silhouette nous surplombent de quelques centaines de pieds. Alors que nous avançons à travers la morphologie tourmentée du flanc du glacier, l’escarpement un peu moins raide que j’avais distingué auparavant se révèle une approche des plus acceptables pour grimper le raidillon amenant au refuge.

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La neige est complètement fusée sur les flancs de la moraine, par deux fois l’un de mes skis s’enfoncent jusqu’au terrain, me laissant enfoncer jusqu’à mi-cuisse. Alex progresse en bordure du névé entre neiges et cailloux et rapidement se défait de ses raquettes. Skis sur l’épaule je ne tarderais pas à l’imité. A mi-hauteur, le corps blanc d’un ptarmigan se détache sur le terrain morainique. Il cherche refuge sur le névé, où sa tête ornée des premières plumes brunes de sa livrée estivale le trahi.

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10 minutes plus tard nous arrivons à destination, Sarah et Simon profitent du soleil, 3 paires de peaux de phoque, mises à sécher au soleil, ornent l’unique fenêtre frontale de la cabane recouverte de plaque métallique. Alors que nous prenons nos aises, James, le copain de Rafaelle, une collègue d’Alex, sort du refuge pour retourner ses chaussons et ceux de son collègue. Affamé, Simon prépare le couscous aux bolets et met presse de lui remettre le ragoût aux poivrons que j’ai amenés pour le mettre à réchauffer. Ne perdant pas le nord, Alex met en perce le cubi de vin rouge, tandis que Sarah tends son verre.

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Dans une ambiance bon enfant, Simon me raconte qu’il n’espérait même plus me voir, quand peu avant 18h00 il vit deux silhouettes s’avancer sur le glacier. Ils ne peuvent s’empêcher de sourire et rire quand je leur raconte nos, ou plutôt, mes épiques péripéties matinales. Alors que le soleil commence sa lente descente et que la vallée se pare de nuance orangée, nous apprécions goulûment et gaiement un chaud repas.

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Profitant des derniers rayons du soleil qui disparaît derrière Mt Moffit, Simon et Sarah remisent chaussons, peaux de phoque et autres affaires mises à sécher à l’intérieur de la cabane. Rapidement, ils y rejoignent les deux autres montagnards. Bien que le frais nocturne descends rapidement des sommets, emmitouflé dans ma veste et mon pantalon duvet, j’admire les montagnes se draper de nuances bleutées. À mes côtés, seul le ronronnement puissant du réchaud sur lequel j’ai mis à fondre de la neige trouble le silence. Alex vient me rejoindre alors que les dernières nuances pourpre disparaissent à l’horizon.

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La vallée appartient maintenant à la nuit, il est temps de se réfugier dans le refuge et d’apprécier une dernière goulée de vin. Six sacs de couchage sont alignés à même le sol. Serrés les uns contre les autres, au moins nous n’aurons pas froid.

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Au milieu de la nuit, ou peut-être déjà au petit matin à juger de la luminosité à l’intérieur de la cabine, les mouvements d’Alex me réveille. Elle murmure avoir entendu des craquements sur la neige dehors, identique à ce que ferait un animal marchant sur une neige croûtée. Lower Canwell Hut ayant déjà eu quelques histoires avec des ours – les marques des griffes sont visibles à plusieurs endroits sur ses parois extérieures –. J’écoute attentivement, distingue les respirations de Lila et quelques bruissements à l’extérieur. L’esprit encore embrumé par le sommeil, je glisse un mot à Simon qui sort des bras de Morphée. Une attentive observation à travers les deux fenêtres ne révèle rien d’inquiétant. Alex se confond en excuse, mais Simon et moi lui répondit qu’il n’en n’est rien, car tous nous préférons ne pas avoir la surprise d’un ours éventrant la porte.

À nouveau endormi, j’entends quelques bruissements. Simon est à nouveau debout, regardant à travers les fenêtres. Il me rassure, rien à l’horizon, avant d’ajouter qu’Alex lui a fouté les jetons et qu’il peine à retrouver le sommeil. Quelques heures plus tard, j’ouvre mes paupières et voie la paroi illuminé par un carré de soleil. Il est l’heure de se lever pour préparer le petit déjeuner. Je rejoins Alex qui vient tout juste de se lever.

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Peu à peu tout le monde s’est extrait de son sac de couchage, alors que Sarah, Alex, Simon et moi dégustons café, porridge et biscotti, James et son collègue s’élance à l’assaut de la montagne pour retrouver le téléphone qu’ils ont égaré la vieille. Sarah esquisse l’arrête est menant à Institute Peak dans l’un de ses carnets, tandis que nous apprécions le paysage. Trop rapidement il est temps de quitter ce petit coin de paradis. Simon et moi empaquetons la majorité du poids dans nos sacs à dos, car à ski, nous n’avons qu’à glisser sur la moitié du trajet. Alex et Sarah s’élancent en premier pour leur longue marche. Simon et moi chaussons skis et peaux de phoques et remontons dans le vallon à l’arrière de la cabine. Aux trois quarts du chemin après avoir pesté tous les deux contre nos peaux trop étroites pour nos skis qui n’offrent aucune adhérence sur cette neige croûtée, poursuivons l’ascension à pied. Du sommet, Simon aura tout juste le temps d’apercevoir les demoiselles disparaître derrière l’une des têtes.

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La descente est parfaite : les premiers millimètres de la surface ont eu le temps de ramollir, fournissant juste l’accroche nécessaire pour tracer d’élégantes petites courbes. Leste, nous sommes déjà de retour à la cabane. La légère pente du glacier est juste suffisante pour nous propulser à une agréable vitesse. La pente fut-elle légèrement moins raide, la glissade aura requis bien plus de plantés du bâtons. Une demi-heure plus tard, nous rejoignons Alex et Sarah alors qu’elles viennent tout juste de descendre du glacier.

Un peu plus de vingt-quatre heures plus tard, Alex et moi sommes de retour au point de départ de notre excursion. Excellente fin de semaine dans les montagnes, comme j’en rêvais depuis quelques semaines.

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