Minto Flats

Fairbanks, 23 septembre 2015, UAF

Alors que les premiers rayons obliques du soleil éclaire l’herbe du petit parc, Alex et moi gagnons la rive pour y admirer les brumes s’élever là où les eaux  du petit ru provenant des sources d’eau chaude rencontre les froids courant de la rivière Manley. Le spectacle est magnifique, pas un souffle d’air ne vient trouble la surface des flots qui s’écoulent lentement. Bouleaux et trembles se mirent à la surface, dans une symétrie parfaite. Seul, parfois, une bois flotté vient casser le miroir. Le fond de l’air est frais. Alex est emmitouflée dans doudoune. Mains dans les poches, seules mes mollets exposés se recouvrent d’une légère chaire de poule. La petite promenade nous ramène vers l’auberge, où Yolande, André, Valérie et Ozgür nous attendent pour déjeuner. La table du parc encore dans l’ombre, nous retournons sur les rives de la Tanana: le soleil brille par intermittence, parfois caché par quelques stratus. Excellent petit déjeuner, où beurre confitures de myrtille ou d’épilobe, et miel sont étalés sur la baguette maison. Pour la petite histoire, le miel provient de rucher Suisse. Quelques jours avant le départ de mes parents, Mathieu avait juste fini de mettre en pot la récolte 2015, et il eut la diligence d’en apporter un à Riddes. Je ne saurais que vous recommander d’en acheter un ou deux pots, tant son délicieux gout de chêne laisse une impression de reviens-y, sans parler de sa texture que j’apprécie énormément, un mélange équilibré entre granuleux et soyeux.

 

Miel de Mathieu
Miel de Mathieu [http://louvriere.weebly.com/]
Peu avant 10h00, nous voici de retour près de la serre de Manley Hot Spring. En ce dimanche matin, Gladys jouant au scrabble avec une visiteur, me laisse prendre la clé suspendu au même clou qui hier. A l’intérieur de la serre, rafraichie par les frimas nocturnes, le thermomètre n’affiche que 26°C. J’apprécie cette atmosphère moins suffocante: la température des bassins est plus tiède que hier, l’un d’eux est même rempli d’eau presque froide. Un vrai régal, j’y terminerais mes ablutions et ressortirais de cette session des plus revigorés. Malgré l’interdiction de gouter aux grappes des treilles, Ozgür me précède dans la tentation d’en dénicher l’une ou l’autre. Le raisin a sans nul doute atteint sa maturité il y a déjà quelques semaines, et seuls quelques grappes aux fruits ridés demeurent accrocher aux sarments. Rien à redire de ces graines de muscat, vendange tardive.

Treille
Treille

A contre-cœur, nous quittons Manley. J’y serais bien resté un ou deux jours de plus pour explorer ces collines qui dominent le village, et le soir venu me prélasser à nouveau dans les bassins. Retour à l’auberge pour empaqueter les affaires, remiser la tente, et partager entre les deux voitures le contenu du jerricane de réserver. Empruntant la route inverse, un petit détour nous amène jusqu’à Eureka, l’ancienne région minière qui a participer jadis à la grandeur de Manley. Les rondes collines environnantes recouvertes de forêt peu dense invitent le quidam à de longue randonnée, c’est sur que je reviendrais l’été prochain. Eureka, un simple nom sur une carte, une piste atterrissage, quelques chemins s’embranchent, menant sans doute chez un musher ou un chercheur d’or. Arrivé à Boston Creek, nous regardons deux chercheurs d’or tamiser le sable de la rivière pour en retirer des fines paillettes. L’or un nom porteur de magie pour certains Alaskiens. Or, un métal devenu une obsession pour d’autre. Jour après jour, au même endroit, cherchant leur fortune au fond d’un ruisseau. L’or, de Blaise Cendrar, décrit la ruée vers l’or en Californie et chaque fois que je fois un chercheur, je me rappelle ce livre que j’ai lu adolescent décrivant la joie et la malédiction du précieux minerais.

Colline dominant Eureka
Colline dominant Eureka

Notre chemin est parsemer d’arrêts: tantôt pour des admirer le paysage, tantôt pour ramasser quelques airelles – pour en faire de la confiture -. Peu avant de bifurquer sur la route nous menant à Minto, papa me fait signe de m’arrêter car a veille, dans cette zone en travaux, il a aperçu ce qu’il croit être de la glace. Dans le bas-côté du talus, d’un blanc éclatant sous le soleil de midi, brille un morceau de glace. Ses strilles verticales m’indique qu’il s’agit plutôt d’un permafrost wedge – coin de glace – plutôt qu’une lentille. Le gel saisonnier fend le coin en son centre, qui au printemps venu se rempli d’eau. Année après année, une nouvelle cerne est ajoutée. Soudain, au travers de la tranchée de la route dans la forêt une myriade de lacs se révèle à nos yeux. Minto. Cette version anglicisée de Menh Ti signifie “au milieu des lacs” en dialecte athabscan de la Tanana inférieure. Si aujourd’hui le village éponyme est situé sur un promontoire, autrefois les indiens vivaient sur le rivage des lacs, et leurs villages furent à maintes reprises inondés. L’absence de vent transforme les lacs en de véritable miroir. Du haut du promontoire, le panorama s’étend à perte de vue. Dans le lointain, la silhouette bleutée des collines qui entourent Fairbanks s’élèvent, surmontée de quelques nuages. La présence d’une table nous invite à prolonger notre arrêt pour y casser la croute.

Minto Flat
Minto Flats

Pour clôturer cette longue excursion en beauté, nous nous arrêtons à la brasserie de Silvergulch à Fox. Je n’y étais plus retourné ces derniers mois. La présence de Hoodoo Brewery à Fairbanks, dont les brassins sont excellents, a peu à peu éclipsé Silvergulch, dont je m’étais lassé des bières, que je trouvais peu typée. Je serais surpris par la RFA (Red Flag Ale), une bière de seigle, balance saveur maltée et houblonnée, ainsi que la Lemongrass Wheat Lager, aromatisée à la citronnelle, que Valérie a dégusté, est des plus rafraichissante. La Old 55 et l’Epicenter Ale restent deux valeurs sûr, alors que leur Pilsner me laisse toujours aussi froid.

Vous pouvez à nouveau retrouver le récit de ma sœur ici.

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