Algues et planctons (J7)

22 mai 2013, UAF, Fairbanks

L’ours polaire aperçu ce matin m’a fait presque fait rêver toute la nuit. Mon espoir maintenant est d’en apercevoir un de plus près, alors que je travaille sur la glace. L’impression de majesté et de force doit être tout autre, si surpris en plein travail j’aperçois une telle bête à quelques dizaines de mètres de moi. Perspective effrayante, mais au combien attirante. Capturer l’animal en pleine action, alors qu’il remplirait les deux tiers de mon objectif doit être impressionnant. Trêve de rêverie, ce matin il est temps de retourner sur la glace de mer. Au menu du jour, le deuxième module traitant de biologie : lieu de s’intéresser aux microbes, les observations porteront sur le plancton et les algues.

Sur le terrain, nous extrayons trois premières carottes. A la vue de la première, le site s’annonce riche en vie aquatique, les 10 centimètres inférieurs sont teintés d’une belle coloration ocre. Rapidement, la température est mesurée, avant d’être découpée, comme d’habitude, en tronçon de 10 centimètres pour le profil de salinité, tandis que seules les sections inférieures de 0 à 1, 1 à 5 et 5 à 10 centimètres sont conservées sur les deux autres pour observer le fort gradient de salinité au niveau de l’interface avec l’océan. Trois autres carottes, destinées à fournir les échantillons biologiques, sont prélevées délicatement. A nouveau, seules les trois tronçons inférieures sont conservés. En fin de matinée, nous profitons des trous pour prélever des échantillons d’eau de mer, ainsi que de pêcher, à l’aide d’un petit filet, le plancton à une profondeur de 3 mètres.

Glace de mer teintée par la présence de nombreux bio-organismes
Glace de mer teintée par la présence de nombreux bio-organismes

L’après-midi, afin de gagner un peu de temps, nous roulons  doucement les échantillons biologiques. La simple advection, transport de soluté ou de chaleur (dans notre cas) dans un fluide, accélère la fonte. La salinité de chaque échantillon est mesurée, avant que son taux de chlorophylle soit déterminé. Un petit tube contenant un peu de liquide est placé dans la chambre obscure d’un appareil. La lumière bleu émise est absorbée par la chlorophylle présente dans les organisme; excités, ces derniers réémettent une partie de l’énergie sous forme de lumière dans le spectre des rouges. La différence d’intensité, passé au filtre de quelques calculs, permet de déterminer la concentration en chlorophylle, qui est dépendante de la concentration en algues et phytoplanctons. Et enfin la glace est devenue vivante en fin d’après-midi. Observé aux microscopes, les échantillons révèlent une quantité impressionnante de microorganisme grouillant : copepodes sautillant, nauplii agitant leur pattes, nematodes ondulant, turbellaria, … Des noms qui m’étaient jusque là inconnu, prennent tout leur sens. J’aurais même le plaisir de découvrir l’unique pteropod de cours. En terme moins scientifique, il s’agit simplement du nom donné aux escargots de mer. L’expression “excité comme une puce (de mer)” me convenait à merveille. Imaginez moi ainsi,  n’omettez pas d’incorporer dans l’image mon calme légendaire, et vous aurez une petite idée de mon état d’esprit, mon cerveau bouillonnant à la vue de cette foisonnante vie. Si certaines personnes pourraient être dégoutée à la vue d’un pareil échantillon, je ne cesse de m’émerveiller à la vue des différents organismes.

Un véritable bouillon, grouillant de vie
Un véritable bouillon, grouillant de vie (photographie de Brandon Hassett=

Un court métrage fut même réalisé mettant en scène, Freddy, le nom de baptême de l’un des tubellaria, qui s’est révélé d’une vivacité étonnante.

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