Retour à Mt Prindle

Fairbanks, 24 août 2017, météo changeante, ondée

L’été est déjà bien avancé sans que ne me soit aventuré où que ce soit en Alaska. La honte pourrait est presque être sur moi, si je n’avais pas passé de nombreuses journées dans les entrailles d’Aegi. Avec la splendide météo de cette fin de semaine, l’aventure m’attends. Enfin, il ne s’agit pas vraiment d’une aventure, car une fois encore je retournerais dans une région qui m’est bien connue.

À l’instar d’un périple automnal à l’Arpille, Mt Prindle avec sa crête garnie de tours granitiques est l’une de mes destinations estivales préférées en Alaska. Il n’y a pas une année depuis que je suis arrivé à Fairbanks que je n’ai pas foulé l’herbe du vallon y menant. Le paysage est magnifique, véritable archétype des White Mountains. Aujourd’hui, il ne reste qu’une étendue collinéenne au relief usé par les millénaires, parfois hérissés de vestiges de remontée magmatique.

La mécanique est bien rodée. À peine en ai-je parlé vendredi soir à Andy, Chris, Eyal, Federico… en discutant de nos plans pour la fin de semaine autour d’un cocktail à Ursa Major, que les deux premiers se soient montrés intéressés. Le départ est prévu pour le lendemain en milieu d’après-midi, puis une bonne heure de route pour arriver à destination.

La Steese Highway est toujours aussi magnifique. La route de côté pour gagner Cleary Summit, puis l’interminable descente dans la vallée de la Chatanika. La route suit en longues courbes le long de la montagne, avec quelques virages un peu plus secs, est un vrai plaisir à conduire, quelques miles par heure en dessus des limites. Qu’importe, pas une voiture, seuls quelques motards nous dépassent. De longues portions rectilignes s’ensuivent dans la plaine au milieu d’une forêt de bouleaux, grandissant sur les gravats dragués lors de la ruée vers l’or, remplacés par des conifères à mesure que la route gravit l’autre versant de la vallée. Par monts et par vaux, la route chevauche les reliefs du terrain, grimpant les vallons latéraux l’un après l’autre.

Enfin, le numéro 57 apparaît en blanc sur vert, sur la borne mile. Peu après, sur la gauche une grande aire de garage et un chemin de terre battue qui s’élance à l’assaut des collines. Encore une douzaine de miles à parcourir avant que nous parquions la voiture. J’entends le ruissellement familier de la rivière qu’il faut traverser à gué.

Un premier demi-kilomètre parcouru dans une forêt dense puis la vue s’étend, imprenable sur le vallon qui mène à Mt Prindle. Marqué par le passage répété des randonneurs, le chemin est comme une balafre dans la toundra. Rhododendrons, herbes, buissons, myrtillers… piétinés à de nombreuses reprises ont lâché prise. Il ne reste qu’une terre grasse, presque tourbeuse, parfois détrempée par la pluie des derniers jours.

Je caracole en tête, accompagné de Nuna et de Louis, le labrador de Chris, et celui de son ancien amoureux. À plusieurs dizaines de mètres derrière moi, Andy et Chris me suivent. Par moment, je m’arrête. Immobile, j’admire le panorama, alors qu’ils me rattrapent.

Nuna

Quelques heures après être parti, nous montons le camp dans un petit col qui rejoint une vallée parallèle plus au Nord. Un mince filet d’eau s’écoule près des tentes. L’eau s’accumule dans de petites gouilles peu profondes dans lesquelles nous remplirons nos gourdes, non sans avoir filtré les bactéries.

Après un en-cas, Chris reste au camp avec Luna et Louis, tandis qu’Andy et moi nous nous élançons à flanc de coteau pour rejoindre l’une des têtes dominant la crête menant à Mt Prindle. Nous crapahutons entre quelques blocs granitiques, à travers plusieurs pierriers, et gravissons la pile de cailloux qui forment le dôme. D’ici haut la vue est magnifique. Dans notre dos, la vallée par laquelle nous sommes venus, devant nous, le val où s’écoule American Creek, et au nord la large vallée de Quartz Creek. Dans le lointain, une succession de collines qui s’estompent les unes après les autres dans des nuances bleutées qui se confondent de plus en plus avec l’horizon. Et surtout, sur notre gauche, la crête hérissée des tours granitiques drapée dans les dernières lueurs du jour. Jamais, je ne me lasserais de ce spectacle magique.

American Creek Valley et les Tours Granitiques de Mt Prindle

Finalement, les nuages l’emportent. Apparus dès le milieu de la journée, ils s’étaient accumulés sur l’horizon, obstruant peu à peu les rayons dorés du soleil. Caressés par une brise pénétrante, nous rebroussons chemin. Au menu du soir, fondue, baguettes maison et riesling. Un vrai régal.

Une bonne nuit de sommeil, l’air matinal est rempli d’une légère odeur âcre. Un parfum bien familier, celui des incendies de forêt. D’ailleurs, l’atmosphère n’est pas aussi limpide qu’hier. Le paysage est drapé d’une nuance bleutée.  Nous faisons grise mine ; aucun d’entre nous ne souhaite rentrer dans une ville enfumée. Chris, sujette à l’asthme, toussote quelque peu.

Café et porridge pour le petit déjeuner, un grand classique toujours aussi lassant. Comme au premier matin de chaque périple, je regrette de ne pas avoir empaqueté un morceau de beurre et deux petits pots, l’un rempli de confiture et l’autre de miel. Qu’importe le supplément pondéral, le déjeuner n’en serait que plus agréable.

Le col, la descente sur la rive gauche, la traversée de la forêt, le passage de la rivière et nous voici de retour à la voiture, puis quelques heures plus tard à Fairbanks, le sourire aux lèvres, avec le souvenir d’une exquise promenade à Mt Prindle. C’est promis, l’année prochaine je reviendrai.

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