Poulets fermiers

Fairbanks, 28 août 2017, 21 h 36, ciel dégagé

Après être revenu chocolat de Chitina, je m’étais rendu à l’évidence qu’il n’y aurait que peu de chance que j’y retourne pour remplir mon congélateur de saumon. Quelques semaines plus tard, mon amie Nita postait sur Facebook qu’elle recherchait de l’aide dans les jours à venir pour égorger, plumer et vider les 38 poulets qu’elle avait élevés durant l’été. À peine avais-je lu le billet, que j’étais bien décidé à y participé. Vendredi en fin d’après-midi, il fut décidé que les poulets verront leur dernier lever de soleil le dimanche matin.

Le poulailler empli de délicieux volatiles

En début d’après-midi du jour dit, je débarque à son chenil. Deux cônes de circulations sont cloués à l’envers au tronc de deux sapins. À l’intérieur de chacun, les pattes en l’air, un poulet se vide de son sang. Au pied du tronc, la mousse est couverte de gouttelettes encore écarlates. De l’autre côté du chemin, un rectangle de contreplaqué installé sur deux morceaux de poids, posés eux-mêmes en équilibre entre une remorque et une échelle, fait office de table. En contrebas, une énorme marmite trône sur un réchaud à gaz pour ébouillanter les poulets avant de les plumer. À son côté, le plucker, l’instrument magique qui permet les plumer sans effort. Imaginez un cylindre vertical équipé de doigts en caoutchouc, un plancher rotatif muni des mêmes embouts plastiques qui entraîne deux volatiles. Lubrifiez avec de l’eau, ils s’entrechoquent, rebondissent contre les pointes élastiques. De temps à autre, un sonore squick émane de l’un ou l’autre.

Un poulet après l’autre. Égorgé. Ébouillanté. Plumé. Vidé. Empaqueté. Congelé. 38 poulets, un peu moins de 4 heures de labeur pour 5 adultes. L’affaire est rondement menée. Durant l’après-midi, une ribambelle d’enfants, pas moins d’une dizaine sont venus depuis les cabines voisines pour observer le travail. Aucun d’entre eux effarouchés ou dégoûtés.

Le cône d’égorgement

Andy et moi avions imaginé recevoir un, éventuellement deux, poulets chacun pour notre effort. À l’heure du partage, Nita compte : « 38 poulets. Disons 35 pour simplifier, diviser par… un, deux, trois, quatre, cinq. Alors 7 chacun ça vous va ? » Nous tenterons bien de refuser, proposant d’en emmener quatre chacun. Mais à quoi bon essayer de discuter avec Nita ? Ayant ouï de nos déboires à Chitina, elle ajoute deux filets de sockeys et trois morceaux de kings au-dessus des sept carcasses installées dans une glaciaire. Son explication : « Il fait chaud aujourd’hui, mieux vaut les garder au frais ! » Nita, sa générosité n’a pas d’égale et c’est ainsi que j’ai rempli mon congélateur de poulets fermiers.

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