Morphologie glaciaire (J8)

23 mai 2013, UAF, Fairbanks,

Pour notre dernier jour de travail sur le terrain, Andy a pour mission de nous instruire sur la morphologie de la glace de mer, notammen en faisant des topographiques des différentes surfaces. Derrière ce nom barbare, se cache en fait une série de mesure qui vise à déterminer l’épaisseur du manteau neigeux,  celle de la glace de mer, le franc-bord[footnote]hauteur de glace dépassant au dessus du niveau de la mer[footnote] ainsi que la profondeur de l’eau. Mesurée à intervalle régulier, ces données permettent ensuite de dresser un profile des différentes couches.

Relevé topographique, transport des outils nécessaire à la calibration de l'EM-31
Relevé topographique, transport des outils nécessaire à la calibration de l’EM-31

La rugosité et les traits caractéristiques de la glace de mer, telle que les ridges [footnote]crête de pression, formé lorsque deux floes se rencontre [footnote] ou les étendues planes, peuvent être quantifiée depuis l’espace à l’aide d’imagerie radar. Sans rentrer dans les détails, en couleur directe, les surfaces planes apparaitront foncées, les grands ridges presque blanc, tandis que les zones accidentées, composées de petits ridges ou de glace fracturée seront rendus en gris. Si ce type d’observation permet d’observer une large étendue en peu de temps, elle ne permet ni d’apprécier la rugosité locale, ni mesurer l’épaisseur de la couche de neige ou de la glace. Pour ce faire, deux autres instruments sont appelés à la rescousse. L’EM-31 est un appareil qui mesure l’intensité d’un champs magnétique qui varie en fonction de l’épaisseur de la glace.

Calibration de l'EM-31
Calibration de l’EM-31

Pendant qu’une partie du groupe s’affaire à la calibration sous sa direction, Andy, connaissant mon passé d’aide géomètre durant de nombreux étés avec mon père, me charge de commencer le relevé d’un profile avec les autres étudiants. La technologie ayant évolé, au lieu d’un antique niveau à lecture optique, nous bénéficion d’un niveau laser. Il suffit alors de faire coulisser un détecteur le long de la mire, qui se met à bipper de plus en plus fort à mesure que l’on s’approche du plan du laser. Une fois à niveau, il ne reste plus qu’à lire la mesure.

Installation du laser
Mise à niveau du laser

L’après-midi, l’EM-31 est installé sur une luge, puis tracté depuis la rive jusqu’au ridge situé à un peu plus d’un miles au large. La subduction de nombreux floess ont fait croite le ridge au point qu’il se trouve ancré au fond de la mer, par plus de 15 mètres de fond, et qu’une montagne de glace s’élève au dessus des flots. Le but de cette excursion, en plus d’acquérir un long relevé avec l’EM-31 est d’acquérir un profil sur un terrain accidenté en mettant en pratique les connaissances acquises ce matin sur le plat.

Une petite campagne de mesure, un relevé long de 1.8 kilomètre
En campagne de mesure, il suffit simplement de tracté la luge. Les données sont acquises automatiquement chaque seconde : position et conductivité

A peine arrivé au pied du ridge, sous le regard bienvaillant de notre bear guard qui nous signale aucune présence d’ours, Andy nous amène au sommet pour discuter des traits caractéristiques de la glace de mer. Au large, cette dernière est bien plus fracturée, des floess se dressent verticalement, de longues fissurent zigzaguent sur les plaques, de petits ridges sont formés, … Je comprends de mieux en  mieux les récits des explorateurs polaires qui narraient leur difficulté à avancer sur une pareil surface. De ce côté la glace est vivante, aucun ancrage ne la retient immobile, elle suit le vent et les courants, se cassant en milliers de morceaux pour se soumettre aux caprices tourmentés de la nature. Hier, la banquise n’a pas cessé de bouger, à  créant tour à tour de large espace de mer ouverte, ou de nouveaux ridges. La vitesse moyenne était de 3 à 4 km/h, soit bien plus élevée que celle que peut atteindre un humain marchant sur ce type de terrain (2 km/h maximum). En deça du ridge protecteur, la surface est plus douce, abritée des mouvements océaniques, elle n’est pas amenée à bouger.

La banquise au-delà du ridge protecteur
La banquise au-delà du ridge protecteur

Afin de suivre l’évolution du ridge, et d’observer sa forme sous-marine, le relevé commence à une septentaine de mètre de sa base. Alors que nous progressons plutôt rapidement, Andy reçoit un appel radio de l’UMIAQ, un ours polaire a été repéré entre nous et la rive. Quelques minutes plus tard, nous apprenons qu’il s’agit d’un jeune mâle. Ces derniers étant plus curieux, mais aussi plus agressifs, comme nous nous déplaçons à pied, la décision a été prise de nous évacuer. 10 minutes plus tard, le temps d’empaqueter nos affaire, quatre motoneiges, dont trois tractant des luges, arrivent. Le materiel est vite entassé sur les lugesavec deux ou trois étudiants, puis nous gagnons rapidement notre base terrestre. Ainsi va la vie à Barrow, la nature dicte la loi. Il ne nous reste plus qu’à retourner au BARQ, le bâtiment abritant les labos, pour traiter nos données.

Evacuation en motoneige
Evacuation en motoneige

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